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Géopolitique

A lire : Les sept cités du savoir (note 1/2)

By 9 mars 2023mars 12th, 2023No Comments
Les sept cités du savoir

J’ai lu et beaucoup aimé : « Les sept cités du savoir » de Violet Moller. Comment les plus grands manuscrits de l’Antiquité ont voyagé jusqu’à nos jours ? Le livre est édité en 2020 par Payot. Voici une note de lecture en deux parties.

Je suis en plein dans des lectures historiques sur la jonction entre l’antiquité et le monde médiéval.

Voici un billet sur la préservation des savoirs antiques … via sept cités du savoir au Moyen-Âge !

Présentation : Les sept cités du savoir

L’ouvrage est réellement passionnant. L’auteure explique, à partir de trois manuscrits antiques, comment les savoirs et les connaissances ont été préservés de la Grèce Antique jusqu’au Moyen Âge. Ces manuscrits sont les Éléments d’Euclide, l’Almageste de Ptolémée et les textes d’études médicales, d’anatomie et de pharmacologie de Galien. L’auteur les a choisis, car ils sont fondateurs des sciences exactes : les mathématiques, l’astronomie et la médecine.
Ces ouvrages vont être protégés, recopiés, partagés au sein de grandes capitales culturelles et scientifiques : Alexandrie, Bagdad, Cordoue, Tolède, Salerne, Palerme et Venise.
Les acteurs de cette épopée sont des Hommes avides de connaissances, copistes, des humanistes, parfois de « simples » commerçants qui se sont pris de passion pour la préservation des savoirs.

L’ouvrage fait une large place à l’âge d’or du monde arabe représenté par trois villes : Bagdad, Cordoue et Tolède. Elles appartiennent aux empires abbassides, puis Al Andalous (pour les deux dernières). Salerne, Palerme et Venise (toutes trois en Italie) sont des villes cosmopolites proches du monde musulman.

Présentation par chapitre

Destruction

Dans le premier chapitre, « la grande éclipse » Violet Moller rappelle la richesse intellectuelle de la Grèce antique et dans une moindre mesure de l’Empire romain, puis la destruction de cet héritage par les invasions barbares. Puis elle présente les sept cités du savoir.

Alexandrie, première des sept cités du savoir

Alexandrie a hébergé une des plus grandes bibliothèques du monde antique. Mais à la fin du cinquième siècle, la bibliothèque n’était plus que l’ombre d’elle-même. Et ce n’était pas la faute des barbares. La jeune religion chrétienne a lutté contre les lieux de savoir et de pouvoir associé au monde païen. Violet Moller rappelle par exemple qu’en « 415 une poignée de moines fanatiques avait assassiné la philosophe et mathématicienne Hypathie ».

Bagdad

Bagdad devient le centre du savoir entre le IXe et le XIIe siècle. Les califes éclairés de l’époque sont Al Mansour, Al Rashid (celui des Mille et Une nuits) et Al Mamoun. Les Abbassides vont récupérer les savoirs grecs (à l’Ouest) et indiens (à l’Est). On attribue au monde indien l’invention des chiffres (encore utilisés de nos jours), du zéro et de la virgule. L’auteure rappelle néanmoins que la Mésopotamie avait été un foyer de culture mathématique. Pour preuve « le premier symbole écrit du zéro que nous connaissons a été gravé sur une tablette de cire vers 3000 av. J.-C. à Sumer, juste un peu plus haut sur la route de Bagdad ». Les Abbassides fédèrent les meilleurs savants de l’époque. Peu sont arabes, beaucoup sont Perses à l’instar de al-Khwarizmi qui élabora le concept d’algorithme (tiré de son nom) dans son Kitab al-jabr (qui a donné le mot algèbre). On compte quelques Berbères. Il n’y a pas que des musulmans, quelques-uns sont chrétiens (nestoriens) ou zoroastriens.

Le travail de compilation est essentiel. On lit « Al-Razi, comme Galien avant lui, avait rassemblé toutes les connaissances médicales disponibles, avant de les évaluer, de les organiser et de les classer de manière en à faciliter l’utilisation et l’application »… Cela m’a fait penser aux moteurs de recherche, qui sont les nouveaux détenteurs du pouvoir de compilation, évaluation, organisation, classement, et mise à disposition du grand public !

Cordoue

Les noms des califes éclairés de cette période sont faciles à retenir : Rahman I, Rahman II et Rahman III. On peut souligner le brassage culturel, à l’image du juif Hasdaï ibn Shaprut qui est devenu indispensable à la cour.
Les bibliothèques de Cordoue et de Tolède éclipsaient celles du monde occidental. Bernard de Chartres, érudit du XIIe siècle « était fier des 24 livres qu’il possédait » ! « La plus grande bibliothèque de l’Europe Chrétienne, celle de l’abbaye de Cluny, contenait quelques centaines de livres, alors que la bibliothèque royale de Cordoue en comptait 400 000 » …

Tolède

Cette partie présente notamment l’itinéraire de Gérard de Crémone, qui aura accès et traduira l’Almageste de Ptolémé. Il est sans doute passé par le monastère de Bobbio en Italie cadre du célèbre roman d’Umberto Ecco, Le nom de la rose.

Salerne

Cette partie commence par la présentation de Constantin l’Africain, qui introduisit le savoir médical en Occident. Il ramena des cargaisons de livres d’Afrique du Nord vers la ville du sud de l’Italie. Salerne acquit une réputation internationale en la matière. On y fabriquait notamment la grande Thériaque de Galien, véritable panacée, censée guérir de nombreuses maladies.

Palerme

Palerme va prendre la relève. Les deux villes sont étroitement liées, notamment parce que la même dynastie normande (Robert et Roger de Hauteville) règne sur ces deux villes. Roger II commanda notamment à Al Idrîsî un traité de géographie.

Lire la suite des « sept cités du savoir » ..

Jérôme Bondu

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