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Intelligence Economique

Histoire de l’intelligence économique (3/8): Japon et Venise

By 10 octobre 2008juin 24th, 2022No Comments
Histoire de l'intelligence économique - Miyamoto Musashi

Jean-Pierre Bernat est intervenu le 23 septembre au Club IES pour une conférence sur l’histoire de l’intelligence économique. Il nous a laissé la liberté d’utiliser son texte. Le paragraphe ci-dessous correspond à la troisième partie sur l’histoire de l’intelligence économique (sur 8).

Musashi : le penseur

Escrimeur le plus célèbre du japon, Miyamoto Musashi (1584-1645) est contemporain de d’Artagnan et aussi, sinon plus, célèbre que ce mousquetaire. Pour information sa biographie romancée s’est vendue au Japon à plus de 120 millions d’exemplaires.

Après une jeunesse tumultueuse au cours de laquelle ce samouraï rédige ses « Trente cinq leçons de tactique » c’est vers la fin de sa vie qu’il se retire sur la montagne Kimpô et trouve le calme nécessaire pour écrire son fameux « Gorin-no-Sho » (Ecrits sur les cinq roues). Le titre de cet ouvrage se réfère à une symbolique d’origine bouddhiste : la roue symbole traditionnel, le nombre cinq renvoyant aux cinq éléments de la cosmologie bouddhiste qui représentent la nature entière et figurent les étapes du progrès spirituel. Il y développe sa philosophie de la tactique fondée sur une vie basée sur la pratique de l’escrime et du combat armé.

L’escrime y est analysée comme exercice d’habileté, de vitesse et de maîtrise de soi et vise à obtenir cette libération de l’esprit qui seule garantit le succès non seulement dans les arts martiaux mais dans tous les domaines des arts, y compris dans celui des arts du management. C’est pour cette approche qu’il demeure une référence des managers japonais.

Venise la sérénissime

Venise, et par delà l’Italie sont restées présentes dans l’esprit des gens par des oeuvres majeures dont la plus accomplie reste « Le Prince » ouvrage écrit par Nicolas Machiavel de juillet à décembre 1513, alors qu’exilé en ses terres de San Casciano, à une dizaine de kilomètres de Florence, il supporte difficilement cet isolement. Il dédie cet ouvrage à son maître Laurent de Médicis.

Dans cette vision et après avoir classé les Etats selon leurs types (démocraties,..) Machiavel examine comment les conquérir et surtout les conserver. C’est d’ailleurs le principal mérite de cet ouvrage, s’éloignant des traités utopiques qui dans la lignée de « La République » de Platon ne cessaient de décrire un état idéal. Il essaye de développer une vision lucide, faite de tensions, de compétitions et de luttes plus ou moins loyales, entre les différents princes italiens et en tire une suite de méthodologies propres à rendre plus efficaces les visées de ces princes.

Ces « théories » furent reprises et mises en application par la sérénissime république de Venise où les doges organisèrent la collecte et le traitement de l’information – via une cohorte de prostituées – dont l’objectif assigné était de capter le maximum d’informations auprès des marchands étrangers de passage pour affaire dans la capitale, en une quasi religion d’état au seul but de conforter et d’étendre la puissance commerciale de l’empire vénitien sur l’ensemble des territoires alors connus.

Dans le même esprit on trouve également « Le livre du courtisan » de Baldassar Castiglione. Résultat d’un travail de quinze ans et publié à Venise en 1528 quelques mois avant la mort de son auteur, cet ouvrage connu un succès immédiat et durable qu’attestent les dizaines de traductions et de rééditions.

Même s’il est de peu d’intérêt direct dans l’esprit de notre propos, il en reste utile car il est à l’origine de « L’art de la prudence » de Baltasar Gracian qui s’inspira, pour rédiger son ouvrage, des deux « classiques » de l’époque à savoir les écrits de Machiavel et de Castiglione. Cet ouvrage vise à formuler pour le lecteur un manuel pratique pour l’aider à vivre sans se perdre dans un monde dont les conjonctures, toujours changeantes et relatives, exigent une capacité d’adaptation infinie.

Jean-Pierre Bernat (Veille Mag)

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Voir les autres articles sur histoire de l’intelligence économique :

Histoire de l’IE (1/8): Sun Tzu

Histoire de l’IE (2/8): Attila et la ligue hanséatique 

Histoire de l’IE (3/8): Le Japon et Venise 

Histoire de l’IE (4/8): De Richelieu à Bonaparte

Histoire de l’IE (5/8): L’Angleterre victorienne

Histoire de l’IE (6/8): Mao et la stratégie chinoise

Histoire de l’IE (7/8): La guerre de l’info

Histoire de l’IE (8/8): L’hyper connectivité

Voir aussi nos formations sur l’intelligence économique.
Jérôme Bondu

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