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Stratégie

La création d’entreprise, une aventure humaine…

By 9 octobre 2007novembre 22nd, 2022No Comments
La création d'entreprise

La création d’entreprise, une aventure humaine…

 

Dans le cadre du Club IES, une conférence a été organisée en juillet 2007 sur la création d’entreprise. Cet article en est la continuité.
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La mise en valeur de la création d’entreprise, ne portera réellement ses fruits en France qu’en mettant en avant toutes les vertus de cette aventure. Elles sont multiples, et plus profonde que ce que l’on pourrait penser de prime abord !

La création est difficile en France, mais essentielle

La création est un parcours du combattant. Et c’est vrai, surtout si l’on est jeune.
Difficile, car les démarches administratives sont énormes. Le « patron » est mal perçu en France. Etre patron, implique une connotation d’exploitation des autres. Difficile, aussi car les aides sont difficiles à obtenir, voir même inexistantes quand on ne rentre pas dans les « clous » administratifs (pour les moins de 25 ans par exemple).
Mais la création est essentielle, ? c’est le moteur même de la croissance !

Toutes ces informations sont classiques. Tous les articles qui traitent de ce sujet les mentionnent. Par contre, ce que l’on trouve moins, c’est que la création d’entreprise est un véritable bouleversement à tous les niveaux pour celui qui saute le pas.

La création d’entreprise est aussi une « création » de soi. Comment cela se vit ? Témoignage d’une jeune entrepreneuse :

La création se caractérise dans un premier temps par une « décision ». Le fait de se dire « oui », un accord unilatéral. C’est la première étape dans le processus de création. Elle est variable en terme de durée selon les individus. Personnellement, cette « décision » m’a demandé une réflexion de plusieurs semaines. Je me suis réveillée un matin, le 10 juin 2007, et ma « décision » était prise, j’allais créer mon entreprise?

C’est alors que le mode de réflexion se métamorphose, toute décision est prise en fonction et pour le projet. On commence par se débarrasser des obligations professionnelles afin de pouvoir y consacrer un maximum de temps. On cherche à se décharger de toute occupation pouvant nuire au bon développement du projet. Il devient LA priorité.

De cette nouvelle organisation naît un sentiment nouveau, assez complexe à déceler, mais tellement agréable ! Une sensation de liberté où le travail n’est plus une contrainte mais un réel plaisir. L’expression peut paraître « fleur bleue » mais la vie prend une nouvelle direction, un tournant radical. Toute démarche liée au projet est portée par la volonté, et la volonté donne un goût différent au travail. Ce goût est très agréable, il produit un sentiment rare, le sentiment que votre vie a un sens.

Naissance du projet

L’étape suivante est d’autant plus riche et prenante ! Une fois que le projet commence à prendre forme, on assiste alors à une naissance. Le fait de lui donner un nom et d’avoir projeté une activité sur 3 ans le rend légitime. Il existe et on ne peut pas l’abandonner ! On se sent responsable de cette personne morale, on ne veut pas la décevoir, ni se décevoir?

Ces précédentes étapes donnent des ailes, elles sont toutes plus enrichissantes les unes que les autres. Cependant, de temps à autre, un sentiment beaucoup moins agréable surgit : le DOUTE. C’est un sentiment que l’on ne peut pas ignorer, il faut savoir l’analyser, connaître son origine, dans le but de l’anéantir. Ce fâcheux sentiment a le pouvoir d’absorber toute l’énergie et la volonté d’un créateur. Certains facteurs peuvent en être l’origine, comme la fatigue? Elle laisse souvent place aux idées noires : Ai-je fait le bon choix ? Vais-je réussir ? Ai-je les capacités de? ? Le doute peut avoir des vertus positives quand les questionnements qu’il engendre sont justifiés, le cas échéant, une bonne nuit de sommeil et le moral est au beau fixe le lendemain !

Cela transforme le rapport que l’on a avec beaucoup de choses, dans tous les domaines de la vie :

Dans son rapport au travail, d’abord, bien évidemment. Le travail n’est plus vu comme une contrainte, un mal nécessaire pour survivre dans un monde où l’argent est roi, mais comme une chance. Il est utile de rappeler que l’origine étymologique du mot travail est à recherche dans le latin tripalium, qui était un instrument de torture à trois pieds, et dans certaines acceptions, un instrument pour enserrer les animaux pour les marquer. Travail rime souvent avec souffrance. La création casse ce lien.

Le temps est géré différemment. Les journées sont souvent trop courtes. Les notions de soirées et de week-end sont abolies. La frontière avec la vie privée n’existe plus, ce qui peut être dangereux s’il n’y a pas de garde-fou.

On a le sentiment de contribuer à l’enrichissement de la société, à son développement, et non plus seulement d’en profiter. Nous nous responsabilisons.
Et nous voyons les autres différemment. Comme de possibles collaborateurs, des partenaires, des clients, ? Cela ne dénature pas les relations d’amitié désintéressées que l’on peut avoir, au contraire, cela apporte de l’importance aux autres. On est vu aussi différemment. Le regard des autres est plus interrogatif « Comment elle a fait ? », voir admiratif « Il a osé ! ». Cela va parfois jusqu’à « De toute façon, il va se planter ! »

Dans son rapport à ? soi : On se réalise. On exprime ce que l’on est.

Bien sûr, cette description idyllique doit être nuancée.

C’est un investissement sans fin. C’est un risque que l’on prend pour soi et sa famille, notamment un risque financier. Néanmoins, s’il y a des pistes d’amélioration à tracer, l’acceptation de l’échec en est sûrement une des plus importantes. Le magazine l’Entreprise de septembre 2007 revient sur le sujet dans différents articles. D’abord, par la voix d’un jeune chef d’entreprise qui après une carrière de trader à la City de Londres compare les deux pays : « En France, l’échec n’est pas toléré. Alors que dans les pays anglo-saxons, on apprécie les gens qui ont eu des « blessures de travail » et ont su trouver la force de rebondir. » Ensuite par la présentation du directeur du cabinet Microstructures (société dans la gestion de crise des très petites entreprises) qui fustige la peur de l’échec et le poids social qu’il comporte. Il espère « que le nombre de faillites augmente jusqu’à 80 000, voire 100 000 dépôts de bilan par an » et l’arrêt des aides artificielles. Cela signifiera « qu’il y aura eu beaucoup plus d’entreprises créées, mais aussi que de nombreuses sociétés, non redressables, qui s’acharnent à survivre en créant du passif, des dommages commerciaux et des risques personnels pour leur dirigeant, auront enfin compris que l’échec est un droit, que la faillite n’est pas une honte, qu’essayer est admirable, que recommencer est encore mieux ».

Environnement complexe

C’est un environnement complexe. Comme le soulèvent Bruno Barandas et Martine Bertrand, créateurs de sociétés, lors d’une conférence sur la création d’entreprise organisée par le Club IES* : Une des difficultés les plus importantes est de savoir prendre des décisions. Savoir trancher. Soit parce que l’on est seul à diriger. Il est donc difficile de partager ses doutes. Ou à l’inverse, parce que l’on est nombreux à partager la direction. Et là, cela soulève d’autres problèmes. L’indépendance de décision, quand on travaille seul ne permet pas
de confronter (conforter) ses décisions avec des collègues. Cette « solitude du décideur » requiert une réelle force de caractère.

C’est une sorte de marginalisation. Un des intervenant du Club IES développait ce point : « D’une manière générale, innover c’est choisir la difficulté. Parce que l’innovation c’est proposer un nouveau produit ou service, c’est donc sensibiliser à quelque chose qui n’existait pas, faire naître un besoin là où il n’y avait rien, parfois utiliser des mots nouveaux. Les créateurs ont forcément une vision différente, et sont -dans un sens- des gens à la marge. »*

Conclusion

Il y a un travail important à faire sur la société. Comment expliquer que nos meilleures formations ne produisent pas plus de créateurs d’entreprise ? Jean-Marie Descarpenteries, président de la FNEGE, dans le numéro de septembre du magazine l’Entreprise, déclarait : « 80% des étudiants qui sortent de Havard créent leur entreprise tandis qu’en France seulement 6% des étudiants qui sortent de HEC le font. Ce chiffre tombe à 1% pour les sortants de Polytechnique et à 0% pour les étudiants de l’ENA ».

Faisons mentir les chiffres !
Faites le premier pas, et le monde s’ouvrira à vous?

Jérôme Bondu & Charline Prunier.

A lire aussi :

Jérôme Bondu, 35 ans, est consultant en intelligence économique. Il est président du Club Intelligence Economique à l’association des anciens élèves de l’IAE de Paris. Dans ce cadre, il a organisé une conférence sur « La création d’entreprise ».

Charline Prunier, 23 ans, créatrice de WENES (Worldwide Event and Exhibit Solutions). Elle est diplômée de l’ESM-A, Marne la Vallée. www.wenes-event.com

* Pour lire le compte rendu :  http://jerome-bondu.over-blog.com/article-6966928.html

Source image : Pôle Entrepreneuriat & Innovation de l’Ecole polytechnique… 

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