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Le transhumanisme de Google serait-il une opération de diversion ?

By 1 avril 2015janvier 20th, 2022No Comments
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On parle beaucoup du transhumanisme de Google. Et les titres fleurissent sur la volonté de Google de porter la vie à plus de 1000 ans. Cela interpelle forcément. Et l’on pourrait se demander si cet objectif affiché est bien réel, ou si ce ne serait pas une belle opération de diversion pour des desseins plus mercantiles.

Quelques éléments de réflexion sur le transhumanisme de Google

– Écartons du sujet un avis « médical » sur la possibilité de vivre 1000 ans. Par contre il est à la portée du premier venu de déduire qu’une vie quasi éternelle signifie tout simplement la fin de la procréation, des naissances, du rapport à Dieu et aux cosmogonies, … bref d’une bonne partie de ce qui constitue le fondement actuel de la vie. Sans compter les problèmes de surpopulation de la terre et de sous-alimentation d’un sixième de l’humanité. La vie à 1000, quand bien même cela serait médicalement possible, me semble être une véritable bombe dont la puissance ferait passer Tchernobyl pour un pétard mouillé.

Régie publicitaire

– Ceci étant dit, analysons plutôt le modèle économique de Google. Actuellement le métier de Google est de vendre des espaces publicitaires judicieusement placées parmi les réponses de son moteur de recherche. Google est une régie publicitaire, à l’instar de TF1 ou 20 minutes.
– Parallèlement Google a développé une myriade de services attractifs, qui nous ont plus ou moins rendus dépendants. L’utilisation de ces services a renseigné Google de nos moindres faits et gestes : Ce sur quoi nous nous interrogeons, donc ce que nous pensons (le moteur de recherche), les sites que nous consultons (via Chrome), où nous allons (via Androïd dans les smartphone), nos wi-fi (captés par un mouchard dans les Google cars), nos photos (Picassa), notre agenda (Calendar)… Google a échoué à capter même ce que nous voyons (Google Glass) mais ce n’est que partie remise.
Google constitue donc une superbe base de données sur … nous. Notre vie, nos pensées, nos cheminements physiques ou intellectuels. Cela va aller de plus en plus loin. Et cela peut valoir de l’or.

Reproduire un cheminement intellectuel

A partir de ces gisements d’or, on peut envisager deux politiques de monétisation :

– Premièrement : Ne donnerait-on pas beaucoup pour recueillir aujourd’hui la vision d’un de Gaulle ou d’un Churchill, d’un Einstein d’un Gandi ou de Marie Curie ? Actuellement seules les biographies nous donnent une approximation de ce qu’ils pourraient penser.
– Mais projetons-nous dans 100 ans : les leaders au pouvoir auront eu internet entre les mains depuis leur plus petite enfance. Google aura pu suivre (et enregistrer) leur cheminement intellectuel. Google aura emmagasiné tout ce qui constitue l’expression d’un cerveau humain. Google sera capable de reproduire leur cheminement intellectuel.
Ne serait-il pas tentant alors pour Google d’utiliser ou de commercialiser une sorte de « vision » de tel ou tel grand homme ou femme. Google deviendrait un nouvel oracle en quelque sorte. Vous interrogez le moteur de recherche qui pourrait alors reproduire l’avis d’un tel en analysant votre demande au regard de la somme d’information collectée sur lui. Ce ne serait plus le « bête » moteur. Ce serait la vision de tel cerveau … qui serait bien sûr payante !

Accès aux informations payante

– Deuxièmement : Projetons-nous à nouveau dans quelques générations. Nos arrières petits enfants sont aux commandes. Leurs recherches sur internet leur permettent de retrouver des choses sur nous … ou pas ! Ils tapent votre nom, et Google leur offre des informations sur vous… ou rien.
– Cela demande un effort d’imagination, mais tentons de se mettre dans la peau de nos arrières petits-enfants. Ils n’ont pas gardé grand-chose de nous, nos PC actuels sont morts ou inexploitables. Ils n’ont pas de photo papier. Par contre Google a gardé toutes nos traces de vie sur internet. Voudront-ils les retrouver ? Si oui, ils dépendront entièrement de cette société privée. Et l’accès à ces informations sera aussi bien sûr payante.

– D’autres options sont bien sûr possibles, notamment celles liées au monde du Renseignement et de l’espionnage, mais que je laisse volontairement de côté dans cet article.

Qu’en déduire du transhumanisme de Google ?

– Il me semble que l’idée que le corps physique puisse dépasser 1000 est au mieux parfaitement farfelue, au pire hallucinante dans les modifications que cela pourrait induire. Par contre, j’imagine très bien ce que pourrait faire une société qui aurait la puissance de garder toutes nos traces de vie. Et de les commercialiser pour longtemps ! A ce titre parler de transhumanisme masque ce que l’on pourrait baptiser plus finement transmonétisme(1).

– Est-ce une opération de diversion de la part du géant de MountainView ? Impossible à dire. Il semble que les deux fondateurs de Google croient dur comme fer à une sorte d’immortalité. Mais cela ne les empêchent pas d’avoir aussi une politique commerciale long terme.

Pour conclure, et quel que soit la réponse donnée à la question énoncée dans le titre, il serait temps que l’Europe se réveille de sa torpeur et créé enfin les outils de protection de ses citoyens : un navigateur et un moteur de recherche européen ! Pour apporter une vision Européenne du monde. Et pour sauvegarder intelligemment nos données personnelles.

Pour en savoir plus sur les GAFAM :
Quel est le problème avec les GAFAM ? Entretien avec Idriss Aberkane sur la souveraineté numérique.
Cartographie des ouvrages sur les GAFAM.

Jérôme Bondu

(1) : je suis assez fier d’avoir « inventé » le mot « transmonétisme« 🙂 qui semble ne donner aucun résultat sur Google

Image : l’âge d’Or de Lucas Cranach

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