cher pays de notre enfanceJ’ai lu et beaucoup aimé « Cher pays de notre enfance », de Etienne Davodeau et Benoit Collombat. Je ne ferai pas de résumé car de nombreux billets sont déjà disponibles sur la toile :
- Le plus structuré
- Le plus court
- Le plus audiophonique

En deux mots :
La BD illustre deux sombres affaires de la 5ème république naissante : l’assassinat du juge Renaud et la mort du ministre du travail Robert Boulin en 1979. Le lien entre ces deux affaires est un hold-up commis à Strasbourg en 1971 : 11 millions de francs de l’époque sont dérobés. C’est le casse du siècle.

Leur enquête est vraiment passionnante : Collombat apporte sa fine connaissance de ces affaires et Davodeau retranscrit en dessins sa compréhension des faits. Ils se mettent en scène pour illustrer leur enquête. Ils décortiquent minutieusement ces deux affaires, et notamment celle du « suicide » étonnant de Boulin. Pour les auteurs l’affaire est claire : le hold-up a servi à financer un certain parti de droite… Et a été couvert / commandité par le SAC : service d’Action Civique, sorte de milice de droite, véritable Etat dans l’Etat.
La BD est richement documentée. Plus on avance dans la lecture, plus on s’enfonce dans le sordide. Si la politique n’est déjà pas un exercice vertueux, son financement l’est encore moins. Un ouvrage hautement instructif !

NB : Un seul bémol ! Pourquoi avoir mis de Gaulle en couverture, et de surcroit éclaboussé par des tâches, ... alors qu'il n'a rien à voir avec ces affaires. Est-ce qu'une photo d'un grand brun qui aime la bière (non cité mais clairement visé par les auteurs) n'aurait pas été plus judicieux. Ont-ils eu peur d'aller jusqu'au bout de leur raisonnement ? Est-ce que présenter le général était plus vendeur ? Décidément, cette affaire est pleine de mystères ;-)

Jérôme Bondu




general desportesLe jeudi 31 mars 2016 à 19H30
Le Club IES de l’IAE de Paris Alumni
En partenariat avec le réseau Inter-Ligere Paris
Vous invite à sa 125ème conférence-débat sur le thème :


GAGNER LA DERNIERE BATAILLE DE FRANCE


Les défis à relever par la défense française

Par le général Vincent Desportes

Inscription en ligne

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THEME :
Le général Vincent Desportes s’interrogera sur les défis à relever par l’armée française.
Il évoquera :
- Les menaces à l'échelle nationale et internationale, et l’effort de mobilisation de l’armée que cela entraine.
- L’évolution des moyens budgétaires de l’armée.
- L’importance d’un renouveau de la réflexion stratégique française.

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INTERVENANT :
- Le général Vincent Desportes, Saint-cyrien, a été à la tête du Collège interarmées de défense (CID) de 2008 à 2010.
- Il est aujourd'hui professeur associé à Sciences Po et enseigne la stratégie à HEC. Conférencier international, il s'exprime sur les thèmes de la géostratégie, de la stratégie et du leadership. Il est régulièrement consulté par les pouvoirs publics et les grands médias sur les affaires internationales et militaires.
- Vincent Desportes est aussi directeur de la collection « Stratégies & doctrines » aux éditions Economica.
- Il est auteur du livre "La dernière bataille de France". 

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants par Jérôme Bondu
19h30 - 20h15 : Intervention de Vincent Desportes
20h15 - 21h00 : Débat avec la salle
21h00 – 21h45 : Cocktail dînatoire

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LIEU :
IAE de Paris - 21 rue Broca - Paris 5ème

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE :
Inscription en ligne ou par chèque.
- 6€ pour les membres de l’AAE IAE.
- 16€ pour les non membres, dont 10 € remboursés aux IAE en cas de cotisation payée sur place ou dans la semaine qui suit l'événement.

Inscription en ligne

 

 

 alain juilletLe jeudi 26 mai 2016 à 19H30
Le Club IES de l’IAE de Paris Alumni
En partenariat avec le réseau Inter-Ligere Paris
Vous invite à sa 127ème conférence-débat sur le thème :


Vers un bouleversement des équilibres économiques mondiaux

Par Alain Juillet

Informations et inscription

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THEME :
Partant de son expérience de chef d’entreprise, de directeur de la DGSE puis de haut fonctionnaire, Alain Juillet analysera les bouleversements en cours des équilibres mondiaux.
Il évoquera notamment :
- L’adaptation des entreprises françaises à la transformation géopolitique constante.
- Les aspects offensifs et défensifs.
- La place de l’intelligence économique en France.

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INTERVENANT :
- Chef d'entreprise, Alain Juillet a été notamment PDG de Marks et Spencer lors de la liquidation des activités en France, et a assuré le reclassement de tout le personnel.
- Il a été directeur du Renseignement au sein de la DGSE.
- Puis a été Haut Responsable pour l’Intelligence Économique auprès du premier Ministre jusqu’en 2009, date à laquelle il intègre le cabinet d’avocats international Orrick Rambaud Martel en qualité de Conseiller Senior.
- Depuis 2011, il est président du CDSE (Club des Directeurs de Sécurité des Entreprises) et de la revue Sécurité & Stratégie à la documentation française. Il est en outre président de l'Académie de l'intelligence économique. Voir notamment son interview sur ActuEntreprise.

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants par Jérôme Bondu
19h30 - 20h15 : Intervention d’Alain Juillet
20h15 - 21h00 : Débat avec la salle
21h00 – 21h45 : Cocktail dînatoire

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LIEU :
IAE de Paris - 21 rue Broca - Paris 5ème

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE :
Inscription en ligne ou par chèque.
- 6€ pour les membres de l’AAE IAE.
- 16€ pour les non membres, dont 10 € remboursés aux IAE en cas de cotisation payée sur place ou dans la semaine qui suit l'événement.


Jérôme Bondu

 

fabien girardLe mercredi 18 mai 2016 à 19H30
Le Réseau Inter-Ligere Lille, en partenariat avec l’ISA Lille
Vous invite à sa 17ème conférence-débat sur le thème :


Entreprises et ONG : de la défiance à la confiance

Par Fabien Girard

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THEME :
Durant cette conférence, Fabien Girard présentera l’évolution des rapports entre les ONG et les entreprises : des relations conflictuelles à une collaboration efficace. En partant de son expertise dans le commerce de l’huile de palme et du charbon de bois, il présentera trois phases successives :
- La situation initiale où les ONG critiquent sans moyens réels d’actions.
- Le tournant des campagnes de communication (Greenpeace, TFT, …) et le soutient des internautes.
- L’objectif d’entretenir des relations apaisées et productives.
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INTERVENANTS :
Fabien Girard est directeur France de TFT. The Forest Trust (anciennement Tropical Forest Trust) ou TFT est une ONG internationale dont le but est d’accompagner les entreprises et les communautés vers la mise sur le marché de produits responsables (huile de palme, charbon de bois, …).
Il a auparavant été Category manager et Department manager dans différentes entreprises du secteur de la grande distribution. Il est titulaire d’un master en biologie (Lille I) et en administration des entreprises (IAE Lille).

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants par Jérôme Bondu
19h30 - 20h15 : Intervention de Fabien Girard
20h15 - 20h45 : Débat
21h :         fin de la réunion
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LIEU :
ISA Lille 48 bd Vauban Lille www.isa-lille.fr

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE :
Entrée gratuite sur pré-inscription obligatoire sur MeetUp.

Cette conférence est organisée par le Réseau Inter-Ligere Lille, en partenariat avec l’ISA Lille.

 

 

histoire mondiale guerre economiqueLe jeudi 15 décembre 2016 à 19H30
Le Club IES de l’IAE de Paris Alumni
Et le réseau Inter-Ligere Paris
Vous invitent à la 132ème conférence-débat sur le thème :


HISTOIRE MONDIALE DE LA GUERRE ECONOMIQUE

Par Ali Laïdi

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THEME :
Durant cette conférence, Ali Laïdi revisitera les grandes étapes de l’histoire mondiale sous le prisme de la guerre économique.
- Les grandes guerres économiques du Moyen-Age
- La guerre froide et la guerre économique chaude
- L’Europe désarmée dans la guerre économique actuelle


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INTERVENANT :
- Ali Laïdi est journaliste et chercheur, spécialiste de la guerre, de l’intelligence économiques, et du terrorisme islamiste.
- Il est chroniqueur à France 24, responsable du Journal de l’Intelligence économique. Il a travaillé pour différents médias (Le Figaro, Le Nouvel Observateur, L’Express, TF1, France Télévision notamment) où il a couvert les questions relatives au terrorisme islamique et à la guerre économique.
- Auteur de nombreux articles dans des revues spécialisées, Ali Laïdi est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont Aux sources de la guerre économique (Armand Colin, 2012), Retour de Flamme (Calmann-Lévy, 2006), Les secrets de la guerre économique (Seuil, 2004). Il vient de publier Histoire mondiale de la guerre économique, un ouvrage de 500 pages consacré à la violence des rapports économiques dans le monde, du Moyen Age à nos jours.
- Il est docteur en science politique (relations internationales) de l’Université Paris-2 et diplômé de l’Ecole de journalisme de Paris.
 

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants par Jérôme Bondu
19h30 - 20h15 : Intervention d’Ali Laïdi
20h15 - 21h00 : Débat avec la salle
21h00 – 21h45 : Cocktail dînatoire

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LIEU :
IAE de Paris – Bâtiment D – 1er étage – Salle D5
12 Rue Jean Antoine de Baïf – 75013 PARIS
Métro : Bibliothèque François Mitterrand

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE EN LIGNE (lien)

- 6 € pour les membres de l’AAE IAE.
- 16 € pour les non membres, dont 10 € remboursés aux IAE en cas de cotisation payée sur place ou dans la semaine qui suit l'événement.

Jerome Bondu

Jerome Bondu NB3Le mardi 13 décembre 2016 à 19H30
Le Réseau Inter-Ligere Lille, en partenariat avec Skema Lille
Vous invite à sa 20ème conférence-débat sur le thème :


Google - le monopole de la recherche  


Par Jérôme Bondu


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THEME :
Durant cette conférence, Jérôme Bondu évoquera les problématiques de la recherche d’informations sur internet. Sa présentation s’articulera en trois points :
- Quelle place a pris Google dans la recherche d’informations sur internet ?
- Quels sont les dangers du monopole ?
- Quelles sont les solutions alternatives ?
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INTERVENANT :

Jérôme Bondu exerce depuis 15 ans dans le domaine de l’intelligence économique.
- Il a dirigé l'Institut Français d'Intelligence Economique, puis été responsable marketing-communication chez un éditeur de logiciel de veille, avant de fonder début 2008 son propre cabinet de conseil: Inter-Ligere.fr
- Dans le cadre d’Inter-Ligere il travaille ou a travaillé avec de nombreux leaders mondiaux.

En outre :
- Il est ancien auditeur de la session IE de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.
- Il préside le Club IES sur Paris au sein duquel il a organisé depuis 15 ans plus de 120 conférences.
- Il est animateur de l’émission « Stratégie et Intelligence Economique » de la Web TV ActuEntreprise.

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants
19h30 - 20h15 : Intervention de Jérôme Bondu
20h15 - 20h45 : Débat
21h :         fin de la réunion
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LIEU :
Skema - Avenue Willy-Brandt 59777 Lille
Accès possible par le bâtiment d’Euralille (à côté de la gare Lille Flandre)

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE :
Entrée gratuite sur pré-inscription obligatoire sur :
- MeetUp
- Jamespot

Cette conférence est organisée par le Réseau Inter-Ligere Lille, en partenariat avec Skema Lille.

 

 

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walter

J’ai lu "Le Coran révélé par la Théorie des codes" de Jean-Jacques Walter.

Le livre est très difficile à lire, et je dois avouer avoir passé pas mal de paragraphes très techniques sur les calculs mathématiques de l’auteur. Mais si l’on passe outre, la démonstration et ce qu’elle implique sont passionnants.

En effet l’auteur a réalisé une thèse sur les origines du Coran.
Comme vous le savez sûrement, l’origine divine du Coran est un tabou en Islam.
Selon la tradition musulmane, il a été dicté par Dieu* aux anges avant la création du monde. Dieu parlant arabe, … le Coran est naturellement écrit dans cette langue.

Si depuis des siècles, les savants européens (y compris les théologiens catholiques) se sont « attaqués » à la Bible et en ont décortiqué tous les versets, le tabou est encore très fort à propos du Coran. On sait donc que la Bible est une construction humaine, compilation de textes issus de périodes très diverses. Mais qu’en est-il du Coran ?

L’auteur utilise la théorie des codes et l’analyse ADT (analyse des données textuelles). Si vous voulez avoir une petite illustration de ce que peut faire un outil de ADT téléchargez Tropes (lien). Mais attention, les calculs de l’auteur vont 100 000 fois au-delà de ce que fait Tropes, et sont du niveau d’un normalien en mathématique. L’auteur, lui-même agrégé en math, avoue humblement avoir dû soutraiter pas mal de calculs.

Passons donc sur la méthode, je vous livre directement quelques-unes de ses conclusions :
- Il y a 19 auteurs clairement identifiés.
- 27% du Coran trouve sa source dans des écrits chrétiens (Bible, apocryphes, …). Ceci explique au passage que Jésus soit beaucoup cité (il l’est d’ailleurs plus que Mahomet).
- Ces écrits d’origine chrétienne sont des traductions de l’araméen. Et d’ailleurs le mot Coran ne vient pas de l’arabe mais de l’araméen !
- Les autres parties du Coran sont des textes plus tardifs écrits eux en arabe.
- L’ensemble est donc très hétérogène. Ce qui explique que certaines sourates se contredisent très clairement : certaines appellent par exemple aux respects des autres religions monothéistes (écrits dits de Médine), et d’autres à les combattre (dits de la Mecque).
- Le Coran est une compilation réalisée par des Califes autour du 9ème siècle à des fins politiques. Cette compilation a été imposée, et a remplacé les Corans antérieurs qui au passage ont tous été détruits ! Notons qu’actuellement détruire un Coran tient du blasphème.
- « L’auteur » de cette compilation avait bien conscience de l’hétérogénéité des textes. Pour la masquer aux yeux des lecteurs, le choix a été fait de classer les sourates par … taille décroissante ! Pas très logique me direz-vous. Exact, mais cela permettait de brouiller efficacement les différentes origines du texte.

Quel que soit votre position par rapport aux religions et à l’Islam en particulier, c’est une lecture passionnante. Elle jette un regard scientifique, d’une rigueur et d’un rationalisme absolu. Dans cette période où l’irrationnel occupe un espace médiatique bien trop important, cela fait du bien.

D’ailleurs, je suis persuadé que le terrorisme actuel en Europe vise notamment à casser le rationalisme occidental. Si les objectifs sociaux, politiques, économiques, … des terroristes sont clairement affichés, la volonté de saper de fondement de la culture rationaliste européenne ne doit pas être bien loin. Car un des dangers qui guette l’obscurantisme islamique réside dans cette arme imparable qu’est la science.

Que nous apprennent en effet les différentes formes de science ? Citons quelques exemples :
- L’archéologie montre les racines païennes, chrétiennes ou juives de la péninsule arabique.
- L’étymologie explique la construction de l’arabe… qui n’a rien de divin mais est une langue sémitique parmi d’autres.
- La sociologie explique les rapports entre les genres et la place des femmes dans les civilisations.
- L’analyse historique explique la construction des religions.
- La mythologie comparée analyse la construction des mythes.
- La génomique analyse la répartition des populations…

Le Savoir est une arme de destruction massive pour les obscurantistes qui dans leur propagande utilisent à forte dose l’irrationnel. Et à ce titre, on peut voir le livre de Walter sur l’origine du Coran comme une puissante munition. A lire donc …

Jérôme Bondu

*: j’utilise le mot Dieu (plutôt qu’Allah) volontairement car l’islam ne prétend pas remplacer le Dieu des Chrétiens ou des Juifs. Allah étant la traduction du mot « Dieu » en arabe. D’ailleurs les Chrétiens arabes prient Dieu avec le mot « Allah ».
Et pour ceux qui s’intéressent à l’étymologie, le mot Dieu vient d’une racine indo-européenne qui signifie « briller ». Dieu signifie donc … littéralement « lumière ». Cf les travaux du linguiste Alain Ray.

Acheter le livre

On pourra lire en complément le résumé plus détaillé que le lien sur le site Riposte Laïque, qui est clairement un site anti-clérical.

Et écouter l’auteur sur Radio Notre Dame, qui est clairement une radio pour les croyants.

 

 

desportes salle                        Club IES salle
Vincent Desportes durant le cocktail suite à sa conférence    

 

En plus de la vidéo, voici quelques notes personnelles sur la conférnece du général Vincent Desportes, intervenu au Club IES le 31 mars 2016. 

Ce compte rendu est parcellaire et ne reflète que ma compréhension de ses propos.


Introduction
Il y a une extravagante contradiction entre :
- Des menaces en hausse
- Des moyens militaires en baisse

Les menaces sont en hausse :
- Il y a moins de guerre, mais le monde est plus belliqueux.
- Le monde manque de régulation. L’Amérique ne joue plus son rôle régulateur (le G20 ne prend pas le relais).
- Entre deux périodes de domination par une superpuissance, on rentre toujours dans une période de trouble. Ce qui est le cas actuellement.
- Il y a un ré-enrôlement de Dieu dans la guerre. Ce qui provoque toujours de la « barbarie ».

Les moyens militaires sont en baisse depuis 25 ans :
- L’équipement de l’armée française est en dessous des normes de l’OTAN (un avion, un bateau, un char… sur deux ne peuvent pas être utilisés).
- Il y a une baisse de la formation des cadres (la formation est toujours une variable d’ajustement court terme, mais qui a des conséquences long terme).
- Le taux d’encadrement est deux fois inférieur aux armées anglaises ou américaines.
- Les budgets OPEX sont sous dimensionnés.
- Quand on dimensionne une opération, cela est fait non plus en fonction des besoins, mais en fonction du budget disponible.
- Il y a une discontinuité capacitaire : Par exemple il n’y a pas de capacité à détruire les forces anti-aérienne (en Lybie les Américains ont dû passer avant les Rafales pour les détruire) ; Par exemple sur l’utilisation des drones ; par exemple sur le ravitaillement - 80% du ravitaillement des avions est américain ; par exemple sur le renseignement qui est essentiellement d’origine américaine, …
Au final : Les missions demandées à l’armées sont difficilement remplies. Les soldats sont en danger.

Les Français ont deux illusions :
- La première est qu’en cas de conflit grave, les USA viendront les sauver. Les Etats-Unis sont venus deux fois dans un passé récent parce que nous partagions des valeurs communes et aussi par intérêt (car il fallait remettre de l’ordre dans « leur marché »). Or ces deux motivations ne seront bientôt plus : D’une part l’Europe ne sera bientôt plus leur marché principal. Et d’autre part en 2040 la majorité des américains seront d’origine africaine, Sud-américaine et Asiatique. Donc il n’y aura plus de tropisme vers l’Europe en tant que « mère patrie ».
- La seconde est qu’il y a une « force européenne ». Or accoupler des faiblesses ne produit par de force. Il n’y a pas de cohésion / intégration au niveau militaire en Europe.

La France a des valeurs et des intérêts à défendre :
- Une nation est posée sur des piliers : citons les médecins, les avocats, … et l’armée. C’est un pilier important qu’il ne faut pas perdre.
- Vis-à-vis du monde maritime : La France a la seconde zone économique maritime. C’est une richesse que la France doit protéger.
- Vis-à-vis de l’Afrique : S’il n’y a pas de développement économique en Afrique, nous pourrions faire face à un afflux important de migrants. De par sa présence historique en Afrique, la France a un rôle à jouer.

Parmi les solutions préposées par l’intervenant :
- Il faut qu’un budget militaire soit égal à 2% du PIB pour que l’armée ait des capacités convenables : Si l’on intègre les budgets des anciens combattant et de la gendarmerie nous sommes à 2,2%. Mais si l’on prend le périmètre « sec » de l’armée nous sommes à 1,5%. En outre, la France ne peut pas être comparée à des pays isolationniste (comme la Finlande ou la Suisse) dont l’empreinte internationale est moindre.
- Il faut arrêter la « réformite ». L’armée a réalisé toutes les réformes demandées par les politiques, et cela n’a pas été dans le bon sens : La LOLF a fait du mal en faisant disparaitre les chefs d’Etat-major. La RGPP a fait aussi beaucoup de mal avec la « civilianisation » à outrance, et la « matricialisation » des armées.
- Il faut arrêter de suivre le « technologisme » américain : on suit depuis longtemps le modèle américain. On l’a fait avec une bonne raison durant la guerre froide car il fallait une bonne intégration avec l’armée US. Mais maintenant la création d’engins toujours plus chers n’a plus de sens.
- Il faut que les militaires puissent s’exprimer : La société post-moderne ne veut plus voir le « soldat » qui rappelle le tragique du monde. On l’empêche donc de parler. Or l’expression des militaires est importante car elle permet l’innovation. En outre, on va vers une syndicalisation des armées, ce qui empêche l’action. C’est l’Europe qui l’impose à la France. Il faut que l’Etat écoute les militaires, qui sinon vont se syndicaliser.

Conclusion : face à cette montée en puissance des dangers, il faut redonner à l’armée une profondeur stratégique. La baisse des moyens face à la montée des menaces va avoir tôt ou tard un effet « ciseau » qui risque d’être dramatique.

Jérôme Bondu

 

 

 

guerre eco
J’ai assisté au 100ème séminaire de l'EGE le 8 mars 2018 avec Christian Harbulot, Nicolas Moinet, Olivier de Maison Rouge, Eric Delbecque et Ali Laidi comme animateur. Le thème : « une école de pensée sur la guerre économique ».

Je livre quelques réflexions qui n’engagent que moi, et qui ne prétendent pas résumer cette réunion passionnante.

La conférence a commencé par une définition de ce qu’est la guerre économique. Pour Christian Harbulot la « guerre économique est l’expression des rapports de force non militaire ». Eric Delbecque renchérit et la présente comme « l’extension du domaine de la guerre au milieu économique ». Nicolas Moinet insiste lui sur le couple agilité-paralysie, qu’il précisera durant la soirée. Olivier de Maison Rouge relève pour sa part que nous sommes dans une « paix improbable où les Etats sont à la manœuvre », et il cite comme exemple l’extraterritorialité du droit américain. Tous font la différence entre intelligence économique et guerre économique.

Une partie de la conférence a consisté à discerner sur qui l’on peut compter, et par effet miroir, sur qui l’on ne peut pas compter pour développer cette école de pensée !

La frilosité du monde universitaire a d’abord été pointée du doigt. Petit florilège des réactions des quatre intervenants :
- Il y a une absence de pensée de la conflictualité dans le champ universitaire.
- La spécialisation inerrante aux filières doctorales est contraire à la pensée de la guerre économique, car pour comprendre ses enjeux il faut être transdisciplinaire.
- Le monde universitaire fonctionne en circuit fermé. Il y a des tabous, d’ailleurs relayés dans le monde de l’édition.
La conclusion est partagée par tous les intervenants : Il faut donc penser la guerre économique en dehors du monde universitaire.

Malheureusement il semble que l’on ne puisse pas non plus s’appuyer sur les politiques ni sur la structure étatique.
- Les orateurs ont rappelé que l’on ne manquait pas de soldat de la guerre économique mais de généraux. Nicolas Moinet a ironisé en rappelant que lors de guerres militaires perdues il y a toujours un changement des élites. Malheureusement nos défaites économiques n’entrainent aucun limogeage!
- Le quinquennat Hollande a été mainte fois écharpé pour avoir affaibli la France. A titre d’illustration Olivier de Maison Rouge explique que la loi Sapin 2 est une soumission au droit américain. L’idée initiale était qu’en condamnant une entreprise avec « notre droit européen », l’entreprise ne soit plus attaquable par le droit américain. Or cela ne marche pas comme le prouve l’affaire Siemens. La loi Sapin 2 est donc une sorte de double peine.
- Eric Delbecque soutient cette vision et souligne que l’Etat se désintéresse du concept de guerre économique, qui ne touche réellement que la société civile. L’Etat sent que c’est un terrain brûlant. Il y a des enjeux corporatistes qui bloquent une remise en cause de la vision classique. Delbecque a cette formule lapidaire « Comme en juin 40 l’Etat n’est plus dans l’Etat ».
- Le positionnement politique de la guerre économique est compliqué : Car sur la gauche de l’échiquier politique la guerre économique est vue comme une arme du patronat. Et sur la droite de l’échiquier on a peur que cette vision légitime l’intervention de l’Etat. La recherche d’alliés politiques n’est donc pas facile.
Second constat : Il ne faut pas compter sur le monde politique.

Il faut dire que le concept n’est pas facile à expliquer.
- L’idée est de préserver un modèle de société, et pas l’imposer aux autres. Romain Gary est appelé à la rescousse « La patriotisme est l’amour des siens. Le nationalisme est la haine des autres ».
- L’omniprésence américaine est dans toutes les têtes. « Les américains ne nous supportent pas parce que nous sommes leurs concurrents sur le domaine de l’universalisme ».
Troisième point : il faut un effort de clarification du concept.

Finalement, la guerre économique, combien de division ?
- Il faut une pensée transversale avec les juristes, sociologues, psychologues, historiens…
- Nicolas Moinet rappelle l’importance de l’agilité dans la pratique de cette guerre. Il cite comme modèle d’action l’association L214 qui arrive à déstabiliser une filière entière. Au départ, rappelle-t-il, les vidéos prises dans les abattoirs étaient illégales. Puis sont devenues légales car considérée comme des actions de « lanceurs d’alertes ». Bel exemple d’agilité et de pouvoir d’influence.
- Christian Harbulot assure que certains grands groupes redécouvrent le sujet et ne croient plus au mythe de la mondialisation heureuse. « Les comités exécutifs des grands groupes redécouvrent la géopolitique de puissance ». Et il met en avant un réseau soudé et souligne la force de frappe de la société civile.
Dernière idée : toute est à faire et il faut se retrousser les manches.


Le débat était passionnant et méritait d’être posé. C’était la première fois que ces cinq poids lourds se retrouvaient sur une même estrade, et rien que cela valait le coup d’œil. Beaucoup de points restent à creuser, et chacun des intervenants en convient. Cette soirée se voulait fondatrice. On attend la suite !

Personnellement je serai extrêmement intéressé que la réflexion autour de la guerre économique débouche sur des principes opérationnels pour se dégager de la dépendance des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). C’est le sens de la question que j’ai posé aux intervenants en ouverture du débat. S’ils arrivaient à traduire le concept en guide opérationnel sur ce point, je suis sûr qu’il y aurait de nombreux prosélytes. A commencer par l’auteur de ces quelques lignes.


Jérôme Bondu

On pourra lire aussi le compte rendu de Marvin Looz sur le site d'Infoguerre.
Voici la présentation des conférenciers.





meyer club des vigilantsJ’ai renoué avec plaisir mardi 18 septembre 2018 avec le Club des Vigilants. Claude Meyer est intervenu pour présenter son dernier ouvrage sur la Chine. Voici un petit compte rendu totalement informel et qui n’engage évidemment que moi …

L’intervenant a fait en introduction un état des lieux : L’Europe est engluée dans ses contradictions. Les Etats Unis manquent de vision. Pendant ce temps la Chine affirme son leadership. Dans ce cadre, allons-nous vers un affrontement, un dialogue ou une véritable coopération ?
Trois questions se posent, qui vont former l’ossature de sa présentation :
- Quelles sont les ambitions de la Chine ?
- Comment la Chine fonctionne sur le plan intérieur ?
- Quel type de dialogue engager avec la Chine ?

Quelles sont les ambitions de la Chine ?

La première ambition de la Chine est d’établir sa prééminence économique à l’horizon 2030.
Elle a des forces :
- La masse de sa population joue évidemment.
- C’est une puissance économique & technologique : Le pourcentage du PIB pour la recherche est de 2%. La Chine est le premier déposant de brevets.
- C’est une puissance financière : Il y a une augmentation spectaculaire des IDE de la Chine. La Chine « finance » le reste du monde, à commencer par les Etats-Unis, la Grèce, le Portugal, …

Mais elle a aussi des faiblesses :
- On peut souligner un retard de productivité, et un écart dans le niveau de vie de ses habitants.
- Il y a peu d’intérêt pour la recherche fondamentale.
- Le système financier est bridé par l’Etat, ce qui empêche la créativité. Le yuan a encore un rôle encore effacé.

La Chine veut aussi transformer ses forces économiques en atouts géopolitiques.
- Evincer le Japon comme puissance économique dominante. Cela passe par la transformation de la mer de Chine en « mer intérieure ».
- Remodeler l’ordre mondial : créer des relations bilatérales, promouvoir le « système » chinois, promouvoir la route de la soie, …
- Promouvoir son soft power et son modèle de développement. D’où des investissements dans les médias, les instituts Confucius, …

Comment la Chine fonctionne sur le plan intérieur ?

- La société civile émerge peu à peu mais est très largement bloquée : on peut remarquer un raidissement idéologique, une reprise en main de l’armée, un musellement des médias…
- On assiste à un retour du confucianisme : dans l’Etat, dans les milieux intellectuels, …
- Le régime est solide. S’il évolue cela se fera très lentement.

Quel type de dialogue avec la Chine ?

Au niveau culturel : Les Chinois considèrent que les 17ème et 18ème siècle étaient l’âge d’or des relations entre l’Europe et la Chine, notamment du fait des jésuites véritables passerelles entre les deux continents. Les échanges étaient féconds : partage de vision, respect de la culture chinoise, reconnaissance des spécificités. On pourrait s’inspirer de cette expérience jésuite !

Au niveau économique : La coopération économique est plus difficile. Nous avons des profonds déficits commerciaux. Beaucoup incriminent les barrières non tarifaires. Il faut défendre nos intérêts et défendre la réciprocité.

Au niveau politique : Le dialogue politique est bloqué. Les deux modèles s’opposent dans un dialogue de sourd : système méritocratique en Chine contre système démocratie en Europe. L’Europe devrait affirmer ses propres valeurs. La Chine pourrait être intéressée par une coopération sur deux plans :
- Le développement de l’Afrique : l’Afrique va représenter ¼ de la population mondiale. Les enjeux sont énormes. La coopération serait profitable.
- La lutte contre le réchauffement climatique. L’EU et la Chine pourraient joindre leurs forces pour la mise en œuvre du traité de Paris.

Jérôme Bondu