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Le quatrième pouvoir

By 13 août 2007No Comments

Pour une séparation des pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et … médiatique !

 

 

L’actualité bruisse des liaisons dangereuses entre le pouvoir exécutif et le pouvoir médiatique. Il a d’abord été questions des relations personnelles entretenues par M. Sarkozy et les grands patrons de médias. Plus récemment une émission sur LCP, la Chaîne Parlementaire, a porté le débat sur le concubinage entre les hommes politiques et les journalistes. Or les médias ont un pouvoir incontestable. N’y a-t-il pas lieu d’une réflexion profonde sur une séparation des différents pouvoirs ?

Le président est très proche des magnats français des médias

« Je connais bien votre patron ». Cette phrase aurait été dite à un journaliste par l’actuel président de la République. Et en effet, il en connait un certain nombre.
– M. Martin Bouygues, patron du groupe Bouygues et par conséquent de sa filiale le groupe TF1 (TF1, LCI, TPS…). Il est parrain du fils de Nicolas Sarkozy, et était témoin à son mariage. 
– M. Bernard Arnault, patron du groupe LVMH, incluant des titres comme La Tribune, Investir ou Radio Classique. Nicolas Sarkozy était invité au mariage de la fille de M. Arnault, tandis que M. Arnault était témoin du mariage de M. Sarkozy. 
– M. Serge Dassault, patron de la Socpresse, 1er groupe de presse français, publiant notamment Le Figaro. Nicolas Sarkozy a démêlé, en tant qu’avocat cette fois-ci, la succession de son père Marcel. Nicolas Sarkozy est devenu un familier de son fils aîné Olivier, par ailleurs député UMP. 
– M. Arnaud Lagardère, patron du Groupe Lagardère, premier groupe de media français qui contrôle notamment des grandes radios (Europe 1, Europe 2, RFM…) et des magazines d’actualités (Paris Match…). En avril 2005, le président de l’UMP fut l’invité d’honneur d’un séminaire du groupe Lagardère à Deauville. M. Lagardère le présenta « non pas comme un ami, mais comme un frère ».

Deux affaires ont défrayé la chronique, et illustrent cette proximité :
– En juin 2006, le directeur de Paris Match Alain Genestar, coupable d’avoir publié en couverture une photo de l’épouse du président de l’UMP, est licencié. 
– En mai 2007, Laurent Solly, ancien membre du cabinet de campagne de Nicolas Sarkozy, est nommé à la direction de TF1.

Les pouvoirs précédents ont tous éprouvé le besoin de contrôler les medias.

Cette situation n’est que le dernier avatar d’une longue série. Pour se limiter à la Vème république, on se rappelle combien les pouvoirs gaulliste et pompidolien tenaient les rênes courtes aux medias en général et à la télévision en particulier ; Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterand, quant à eux, semblent avoir eu la même démarche en deux temps : tentative sincère de libération en début de mandat, reprise en mains par la suite. On peut se demander si dans ce domaine le plus libéral (ou le plus discret dans son contrôle ?) n’a pas été Jacques Chirac.

Le monde journalistique est proche du monde des médias

LCP a rediffusé réemment l’émission citée en introduction sur les relations entre les hommes politiques et les journalistes « Les hommes politiques et les journalistes vivent-ils en concubinage ? ». Les débats étaient animés par Bruno MASURE, avec Denis TILLINAC écrivain proche de Jacques Chirac, et Jean-François KAHN patron de Marianne.

Bruno Masure a décompté 36 cas de « liaisons sexuelles » officielles ou non, entre journalistes et personnages politiques. Il rappelle combien cette situation serait inconcevable dans un pays anglo-saxon ou scandinave.

Les deux intervenants s’accordent pour souligner combien ces connivences sont le fruit d’une logique : mêmes cursus, même évolution intellectuelle de l’extrême-gauche au libéralisme, débouchant sur un syncrétisme alliant les crédos néolibéraux et libertaires… Les intervenants ont souligné :
– L’homogénéité d’une caste dirigeante post soixante-huitarde parlant le même langage. 
– La dépendance de la presse française. Quand le patron de Presse est aussi marchand d’armes ou patron de BTP, ça réduit son indépendance vis-à-vis de l’Etat, car dans ces deux cas, l’Etat est un interlocuteur voire un client majeur. 
– Une des raisons essentielle de cette dépendance  est la faible solidité financière des médias. La presse française est plutôt pauvre, les ventes de la presse écrite sont régulièrement en baisse, et les revenus de la publicité partent vers le web. 
– Les « services rendus » sont multiformes : les journalistes accompagnent les hommes politiques aux frais de l’Etat. L’Etat distingue des journalistes de son choix par la rem
ise de décorations, … 
– La connivence ne concerne qu’un petit nombre de journalistes qui vivent comme les hommes politiques, dans les mêmes quartiers, fréquentant les mêmes restaurants, … L’essentiel de la profession étant éloigné de ces cénacles.

Séparation des pouvoirs

Une dérive à la Berlusconi est-elle à craindre ? "On est vraiment là dans la méthode Berlusconi et cette collusion des grands médias et du pouvoir politique est complètement indécente" déclare un représentant du PS.

La théorie classique de la séparation des pouvoirs distingue trois fonctions principales au sein des différents régimes politiques : la fonction d’édiction des règles générales constitue la fonction législative ; la fonction d’exécution de ces règles relève de la fonction exécutive ; la fonction de règlement des litiges constitue la fonction juridictionnelle.

Dans la mesure où la l’analyse, le tri, la hiérarchisation, la diffusion et le commentaire de l’information représentent bien une nouvelle forme de pouvoir, d’importance comparable aux trois formes classiques, celui-ci implique nécessairement suivant le principe de Montesquieu (Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser …), la mise en place d’une séparation d’avec les autres, d’un contrôle et d’une limitation. C’est tout le débat sur le « Quatrième pouvoir ».

Une séparation claire entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique est-elle envisageable ? N’est-ce pas une utopie ? Les règles actuelles (liberté et règles de financement de la presse, droit de réponse, etc.) sont elles suffisantes ? Suffit-il de les faire appliquer ? De les compléter ? Ou faut-il dès maintenant songer à une réorganisation plus profonde ?

Jérôme Bondu et Alain Bondu

 

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