michel serresEn complément de mon dernier article sur "La fabrique du crétin digital, de Michel Desmurget" on pourra se rappeler la sagesse de Michel Serres. Il déplorait déjà en 2012 le temps que nous passions devant un écran. Sa démonstration est implacable :

"En 2012, les Français ont regardé la télévision 3 heures 50 par jour en moyenne, contre 3 heures 47 en 2011, selon Médiamétrie. Ce chiffre concerne les individus âgés de quatre ans et plus.
Cela représente 1 400 heures passées par an devant la télévision, soit 58 jours pleins. Cela fait aussi plus de 100 000 heures dans une vie*, soit environ 12 ans ! C’est comme si on restait de 28 à 40 ans sans bouger de son canapé, téléviseur allumé.
Or, en France, l’espérance de vie a augmenté de 12 ans depuis la fin des années 1950 et l’invention de la télévision en couleur. Elle est passée de 68 ans, environ, à cette époque (66 ans pour les hommes/73 ans pour les femmes), à 80 ans aujourd’hui (78 ans pour les hommes/85 ans pour les femmes), selon l’Ined.
En d’autres termes, toute l’espérance de vie gagnée depuis l’apparition de la télévision en couleur passe… dans la télévision.
Sachant que les Français dorment en moyenne 7 heures et 47 minutes par nuit, on peut noter qu’ils passent le quart de leur temps éveillé devant la télévision."


Jerome Bondu

desmurget

Il faut absolument lire « La fabrique du crétin digital » de Michel Desmurget, sous-titré « les dangers des écrans pour nos enfants ». Michel Desmurget est docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’INSERM. J’avais chroniqué son premier livre « TV Lobotomie ». L’auteur est un expert du domaine, et inutile de dire qu’il base chacune de ses affirmations sur des références scientifiques très solides. Les éléments présentés ci-dessous sont tous justifiés longuement dans son ouvrage.

Voici un résumé de son livre, suivi d'un avis critique.

Etat des lieux de la consommation d’écrans récréatifs

Le temps passé sur les écrans est énorme, et va croissant : Il est actuellement de 3h par jour chez les enfants de 2 à 4 ans. Et de 7h par jour chez les ados. Or il est possible d'emmener l'enfant à minimiser ce temps. Mais il ne faut pas l'imposer brutalement.
Le développement de compétences particulières chez les jeunes est un mythe. Les "digital natives" ou autres générations X, Y ou Z n'existent pas, en tout cas du point de vue scientifique.
L'information sur ce sujet sensible, dispensée au grand public, n'est pas fiable.
-    Les biais d'expertise affectent lourdement les perceptions publiques.
-    Pour les citoyens lambdas il est très difficile d'entendre les vrais experts ... des lobbyistes et autres idiots utiles
-    Les journalistes n'ont pas le temps de faire une sélection rigoureuse entre vraies données scientifiques et l'avis de monsieur tout le monde.

La sur-consommation d’écrans récréatifs chez les jeunes affecte leurs performances scolaires

L'utilisation des écrans domestiques (même avec des programmes éducatifs) n'exerce aucune action positive sur la performance scolaire. La numérisation des outils pédagogiques scolaires entraine une chute des notes. La logique de numérisation de l'école est plus économique que pédagogique :
-    Parce qu’un enseignant coute cher
-    Qu’il est long à former
-    Qu’il est difficile à recruter
-    La numérisation de l'éducation cache en réalité la paupérisation de l'enseignement
Un ordinateur ne peut pas penser, sourire, accompagner, guider, consoler, encourager, stimuler, rassurer, émouvoir, faire preuve d'empathie. Or ce sont des éléments essentiels de la transmission de savoirs.

La sur-consommation d’écrans récréatifs chez les jeunes affecte leur développement intellectuel

Cela affecte en premier lieu les interactions humaines. D’abord les échanges infrafamiliaux. Parce que les enfants ne sont plus disponibles. Et souvent aussi parce que les parents sont aussi indisponibles, figés sur leurs propres écrans.
Cela affecte ensuite le langage. Il y a une baisse du volume et la qualité des échanges verbaux précoces. Puis un retard de l'entrée dans le monde de l'écrit.
Cela affecte enfin la capacité de concentration. Les jeunes sont immergés dans un environnement numérique dangereusement distractif.

La sur-consommation d’écrans récréatifs chez les jeunes affecte leur santé

Cela affecte d’abord le sommeil, qui est un pilier essentiel du développement dans de multiples dimensions physiques, émotionnelles, intellectuelles.
Cela augmente la sédentarité, et diminue l'activité physique.
Cela augmente enfin l’exposition à des contenus à risques (Sexe, tabac, alcool, aliments trop gras, salés, sucrés, violence). Or ces contenus créent des comportements normatifs chez les jeunes.

Conclusion
De manière très opérationnelle l’auteur recommande de ne pas donner d’écrans récréatifs avant 6 ans. Au-delà de 6 ans, pas plus d'une heure par jour !
A l'aune de ces effets négatifs, il faut envisager que la révolution numérique ait en réalité un coût astronomique !

Analyse critique

Je complète ce résumé par une petite analyse critique personnelle :
- Le contenu est très intéressant, mais malheureusement noyé dans un style d’écriture un peu difficile. L’auteur est revanchard, dans le sens où il a le sentiment que la réalité scientifique a du mal à se frayer un chemin vers le grand public. Grand public qui est submergé par les faux sachants, les lobbyistes, qui n’ont que trop d’intérêt à enjoliver l’impact de la numérisation du monde.
- Il dit lui-même qu’il est parti dans l’écriture du livre "exaspéré" et qu’il a fini "ulcéré", en proie à une "rage sourde et froide". Cela m’a un peu gâché la lecture, et j’ai sauté les passages, qui à de multiples reprises, versaient dans la récrimination.
- Pourtant on ne peut pas lui tenir rigueur de son exaspération. Il est un témoin privilégié d’une injustice notoire. Je lui laisse le mot de la fin « Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle ». On comprend sa rage. Il faut le lire …

Jérôme Bondu


NB : je peux envoyer la carto à qui le souhaite






agefiExcellent article sur l'AGEFI écrit par Christophe Clavé.

Voici un extrait ci-dessous :

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"Sans mots pour construire un raisonnement la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots. Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants." (lire la suite)
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Dans le même ordre d'idée, je viens de finir de lire le dernier livre de Michel Desmurget "La fabrique du crétin digital". Je vais le chroniquer bientôt sur mon blog. Ce scientifique explique clairement la crétinisation en cours à cause des écrans... Son dernier livre est la suite de "TV Lobotomie" .
A suivre ...

Jerome Bondu






arretRécemment j’ai entendu une conférence de 20 minutes (montre en main) durant laquelle le conférencier a réussi à placer 10 anglicismes. Soit un mot anglais toutes les deux minutes. J’ai pris en note : cluster, mindset, business line, le UK, broker, asset immobilier, property, use case, business owner, input ! Nous sommes de plus en plus face à des Jean-Claude Vandamme de la pensée (vous vous rappelez « je suis aware »).

Cette nouvelle langue du business m’a fait penser à la Novlangue d’Orwell. A ce propos, je vous recommande l’émission de France Culture « La novlangue, instrument de destruction intellectuelle ». 

Voici deux extraits de l’émission fortement éclairants :
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« L’idée d'Orwell c’est que trop souvent nous nous laissons entraîner par les mots, nous laissons les mots penser à notre place, ce qui est vrai pour n’importe qui dans la conversation courante mais aussi vrai pour un écrivain, un penseur ou un philosophe… « Ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots et non l’inverse. En matière de prose, la pire des choses que l’on puisse faire avec les mots est de s’abandonner à eux. » George Orwell
Jean-Jacques Rosat

"Quand on s’exprime mal, on pense mal ou pas du tout. Le but de la novlangue dans 1984 est de parvenir à l’anéantissement de la pensée et remplacer le sens par le signal."
Françoise Thom

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Aucun mépris dans mon propos. Je ne critique pas ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir eu une bonne éducation. En l’occurrence le conférencier que je cite plus haut est plutôt dans le genre bardé de diplômes. Et dans son cas, quand il s’exprime mal c’est qu’il pense mal.

Et je me demande si nous ne serions pas en train de voir émerger avec ce globi-english une forme de novlangue particulièrement nocive. Sous couvert de modernité, de business et de solicon valley, elle me parait être une réduction de la pensée. Je me demande si ces bas+5, qui ne savent plus parler correctement, ne sont pas les idiots utiles d’une destruction de la pensée critique.

J’ai été à Québec cet été et j’ai été épaté par la capacité à utiliser des jolis mots, là où nous avons placé du « parking », du « hot dog » ou même le mot « stop ». Nous ferions bien de nous inspirer de nos cousins d’Outre-Atlantique. En tout cas, je vous recommande l’émission « La novlangue, instrument de destruction intellectuelle ». Vous vous ferez votre idée.

Jérôme Bondu

NB : Autre émission de France Culture très intéressante : Le droit comme arme de guerre économique.
NB 2 : Suite à mon billet, Pascal Tartarin m’a présenté un très bel article de la revue Interrogations.org, dont je ne peux que copier-coller la conclusion :

L’analyse de Victor Klemperer « nous parvient comme un mode d’emploi critique de notre présent » (p. 373), selon les mots d’Alain Brossat dans la postface de l’ouvrage. LTI (la manipulation de la langue allemande sous le IIIème reich) a une portée heuristique qui dépasse l’analyse des systèmes totalitaires. A l’heure de la mondialisation, du développement d’une « novlangue néolibérale » (Bihr) qui véhicule des concepts gestionnaires, et de la disparition de langues minoritaires, la réflexion de Victor Klemperer apparaît particulièrement pertinente pour interroger la société contemporaine prise dans un système non pas totalitaire mais « globalitaire» !

"Novlangue néolibérale" ... "système globalitaire" ... J'adore ! De quoi nourrir notre réflexion …

Source : Vandevelde-Rougale Agnès, « Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue », dans revue ¿ Interrogations ?, N°13.






quote what the book does as a technology is shield us from distraction nicholas g carr 149 40 60

J’ai lu le très bon livre "Internet rend-il bête ?" de Nicholas Carr. Le livre porte sur la transformation de notre cerveau avec la pratique d’internet.
Je partage mes notes de lecture en trois billets distincts. Voici le troisième et dernier (lire le premier, et second billet).

Parmi nos capacités cognitives les plus en danger, il y a notre capacité de mémorisation

Dans le chapitre "Cherche, mémoire, cherche" Nicholas Carr s’intéresse aux processus mémoriels.
- L’auteur explique d’abord que nous avons deux types de mémoire : mémoire de travail, et mémoire long terme qui passe par la création de nouvelles synapses. La mémoire de travail est sursaturée, et la création de nouvelles synapses en amoindrie. L’auteur ne cite pas l’effet Skinner mais on peut voir internet comme une gigantesque "boite de Skinner" ! 
- La mémoire c’est de l’attention, du temps et de la répétition. Or Internet capture notre attention, notre temps et ne nous permet pas de nous remémorer ce qui est important. "La Toile, elle, est une technologie de l’oubli".
- Il explique ensuite que sans mémoire l’homme n’a pas d’intelligence. Or à sous-traiter notre mémoire nous allons perdre notre intelligence.
- "Le fait de confier la mémoire à des banques de données extérieures ne met pas seulement en danger la profondeur et l’individualité du moi. Il menace aussi la profondeur et le caractère distinct de la culture que nous avons tous en commun".

Outre la mémorisation, c’est notre essence humaine même qui est en danger

Dans le dernier chapitre "Une chose qui est comme moi" Nicholas Carr lâche ses dernières cartouches en s’appuyant sur de nombreuses études scientifiques.
- Il relate le travail de Joseph Weizenbaum qui dans les années 60 a fait un programme d’analyse du langage (Eliza) qui allait faire grand bruit. Les conclusions de l’informaticien sont que nous ne faisons qu’un avec les outils que nous utilisons. Nous réfléchissons à travers eux, et en retour ils transforment notre vision du monde. Une expression que j’affectionne particulièrement illustre bien cette idée "Quand on a un marteau dans la main, tous les problèmes ont la forme d’un clou". On pourrait ainsi dire que l’omniprésence des ordinateurs et d’internet nous fait voir le monde qu’au travers de ces outils. Plus on se sert d’internet, "plus on se moule dans sa forme et sa fonction". "Le prix que nous payons pour prendre à notre compte la puissance de la technologie est l’aliénation".
- Une expérience édifiante de Christof van Nimwegen en 2003, prouve qu’utiliser des logiciels trop faciles tue notre esprit critique, notre capacité de raisonner et de résoudre des problèmes. Les médias sociaux avec leur obsession de faciliter l’accès aux données nous rendent en réalité un très mauvais service.
- Une autre constatation de James E. Evans est riche d’enseignements. Il a comparé la variété des citations dans des ouvrages scientifiques sur des dizaines d’années. Sachant que le Net apporte plus de facilité pour trouver des citations, il s’attendait à trouver une plus grande variété de citations après 1990. Or il a découvert le contraire "plus les revues se publiaient en ligne, moins les universitaires citaient d’articles" (p 297). Selon Evans "Une extension de l’information disponible a conduit à un rétrécissement de la science et du savoir". Cela rejoint le concept de bulle de filtre de Pariser avec la polarisation des idées.
- La capture incessante de notre attention implique un bourdonnement visuel constant. Selon Mary Helen Immordino-Yang le net "altère la profondeur de nos émotions et de nos pensées" (p 302).

L’ouvrage est à lire pour tous les travailleurs de l’internet … c’est à dire tout le monde !

Jérôme Bondu


Sur le même sujet, on pourra lire :
- L'article de Capital
- Celui de Telerama
-
C'est drôle, en 2009 j’avais chroniqué cet article de Télérama !
- Une analyse intéressante de Marc Le poivre.





carrJ’ai lu le très bon livre « Internet rend-il bête ? » de Nicholas Carr. Le livre porte sur la transformation de notre cerveau avec la pratique d’internet.
Je partage mes notes de lecture en trois billets distincts. Voici le deuxième (lire ici le premier).

Les technologies que nous utilisons changent ce que nous sommes. À fortiori les technologies informationnelles

Dans le chapitre 3 « La page qui s’approfondit » Nicholas Carr relate l’histoire passionnante de l’écriture et de son impact. Il explique par exemple que les premières lectures étaient toujours vocalisées. On ne lisait pas pour soi mais pour un public. Saint Augustin dans ses mémoires raconte le choc qu’il a eu en découvrant Saint Ambroise pratiquer une lecture silencieuse. À partir du moment où l’on a commencé à lire silencieusement, les contenus des livres ont changé et sont devenus plus personnels et introspectifs (un auteur s’adressant à un lecteur à la fois). La nature du livre a alors changé, et notre manière de percevoir le monde a évolué de concert. « Les livres permirent aux lecteurs de comparer leurs idées et leurs expériences pas seulement avec les préceptes religieux (…) mais avec les idées et les expériences personnelles d’autres individus ». Cela entraina la propagation de la méthode scientifique pour atteindre la vérité, le développement d’une république des lettres, dont les attributs pour les citoyens étaient la lecture et l’écriture !

Internet a un modèle économique qui vise à capter toujours plus notre attention

Dans les chapitres suivants Nicholas Carr explore la naissance des ordinateurs et les premiers impacts sur nos manières de travailler. Il reprend, par exemple, l’histoire de la présentation par Xerox du système de fenêtres (qui sera copiée par Windows). Dès le départ, s’est posée la question d’un outil qui facilite le travail en multitâche (autant de tâches que de fenêtres ouvertes). Certaines voix se sont immédiatement opposées à cette innovation craignant la dispersion de la concentration.

La technologie d’internet altère le fonctionnement du cerveau notamment par la capture constante de notre attention

Dans le chapitre « Le cerveau du jongleur », Nicholas Carr met en lumière la multitude d’études qui alertent sur l’impact d’internet avec la « lecture en diagonale, la pensée hâtive et distraite, et l’apprentissage superficiel ». « C’est que le Net donne précisément des stimulus sensoriels et cognitifs – répétitifs, intensifs, interactifs et addictifs – du genre de ceux dont on a démontré qu’ils altèrent fortement et rapidement les circuits et les fonctions du cerveau ». Plus loin on lit « notre aptitude à établir les riches connexions mentales qui s’élaborent dans la lecture en profondeur et sans distraction reste au point mort ». Pour finir l’auteur a cette image plutôt parlante : « essayez de lire un livre en faisant une grille de mots croisés ; c’est cela, l’environnement intellectuel d’internet ».
Bien sûr tout n’est pas négatif : Des choses se renforcent comme la coordination entre l’œil et la main (notamment chez les joueurs de jeux vidéos). Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Et dans le court chapitre « Pourquoi le QI tient la route », il tord le cou à l’effet Flynn et évoque les biais dans le calcul du QI.

Google en tant que champion du web est aussi le champion du vol de notre attention

On entame les débats qui fâchent avec le chapitre « L’Église de Google ».
- Le Taylorisme avait pour but d’optimiser la rapidité, l’efficacité et la production dans le monde industriel. Taylor écrivit en 1911 dans ses Principes d’organisation scientifiques des usines « dans le passé, l’homme avait la première place ; à l’avenir c’est le système qui devra l’avoir ». Google ne propose rien de moins qu’un nouveau taylorisme cognitif. Et l’auteur transpose l’utopie taylorienne au monde de Google : « Ce qu’à fait Taylor pour le travail de la main, Google le fait pour le travail de l’esprit ». Même volonté d’organisation du temps, même vision messianique.
- L’auteur ne masque pas le génie des fondateurs et retrace leurs débuts. Mais il démasque toujours ce qu’il y a dernière les bonnes intentions de façade : « Google veut que l’information soit gratuite car, avec la chute du cout de l’information, nous passons tous plus de temps devant notre écran d’ordinateur, et les profits de la société augmentent ». « Google a bien fait savoir qu’il ne sera pas satisfait tant qu’il ne disposera pas de « 100% des données de ses utilisateurs » » (page 226 du livre, source sur ReadWrite.com)
- J’aime beaucoup l’analyse de Nicholas Carr quand il dit que notre difficulté à nous concentrer sur le web fait que Google peut nous donner autant de contenu qu’il veut, autant de livres qu’il peut, nous n’en aurons que des fragments. Notre concentration est l’ennemi de la commercialisation de notre attention.
- Bien sûr, l’auteur américain ne cite pas Patrick Le Lay ancien patron de TF1 et son célèbre « Nous vendons du temps de cerveau disponible. » Mais dans la lignée de cette confession on pourrait compléter la formule de Le Lay en disant que Google fait mieux que les chaines de télévision en vendant du temps de cerveau actif, la où le téléspectateur sera passif ! Le mot actif est important et explique pourquoi TF1 est moins valorisé que le moteur de recherche Google.  
- L’ouvrage est très documenté sur les fondateurs d’internet. Nicholas Carr rappelle par exemple l’idée de Vannevar Bush qui était, avec le Memex , d’augmenter la capacité de retrouver plus facilement des informations utiles. Mais l’auteur s’appuie sur des travaux récents de chercheurs pour pourfendre l’internet actuel :  « apparemment, le développement des systèmes d’information numérique personnel et de l’hypertexte global, loin de résoudre le problème qu’à identifié Bush, l’a exacerbé ».
- Bien qu’écrit en 2009 Nicholas Carr analyse déjà les visées transhumanistes de Google. Il résume la vision des fondateurs Page et Brin « on ne peut alors faire la distinction entre l’intelligence humaine et l’intelligence de la machine ». Et c’est là que l’on reparle de Taylor : « Google tient à sa croyance tayloriste que l’intelligence est un processus mécanique, une série d’étapes discrètes que l’on peut isoler, mesurer et optimiser ».

La suite : demain

Jérôme Bondu





livres2

Voici mes derniers achats de livre. J’ai commencé par le livre d’Edward Snowden … C’est passionnant. Le compte rendu viendra dans quelques jours !

Je profite de ce court billet pour signaler qu’Eric Dénécé lors de sa dernière interview par ThinkerView explique que les Français lisent en moyenne 1,5 livre par an ! Livres de cuisines compris… Cela m’a stupéfait, et j’ai trouvé cette statistique (cf l’image ci-dessous) qui modère un peu son propos.

Néanmoins, et c'est connu, le marché n’est pas en forme. J’ai trouvé au hasard de mes recherches que le marché de vente de livre s’est effondré en 2018 ! Cela ne présage rien de bon en therme de culture générale.

 

 

 

 

livre stat

crepusculeBien que le titre du billet commence par « A lire » je suis très mitigé sur le livre de Juan Branco « Crépuscule ». J’avais trouvé l’auteur très convainquant lors de l’interview qu’il a donné à Thinkerview. Et j’ai voulu en savoir plus. Mais j’ai assez vite déchanté dès la lecture des premières pages.

La forme m’a semblé insupportable.
- D’abord le style d’écriture de Juan Branco date d’un autre âge. J’ai dû me faire violence pour aller jusqu’au bout. Denis Robert qui signe la préface parle d’une « posture parfois emphatique » … c’est un euphémisme. On y trouve des tournures du style « Cela nous peine, mais notre réquisitoire n’est pas terminé … Vous suturez ? Pourtant, cela n’est pas tout … nous nous trouvons à devoir remettre par nous-mêmes tout cela en récit, à débusquer les mensonges et les fallaces, à enquêter auprès de mondes et de journalistes qui n’ont cessé de mentir, contraster tout cela grâce à notre expérience personnelle ». Bon, là, vous avez un bon aperçu…
- Puis il va trop vite dans certaines de ses démonstrations. Extrait : « Nadia Marik, qui avait précédé Brigitte Taitinger-Jouyet au poste de directrice du développement de Sience Po, était en effet entre-temps devenue veuve de celui qui fut l’amant de (…), et qui m’avait recruté à Science Po. Elles étaient aussi le relais oligarchique secondaire et assurantiel de droite de l’amour de sa vie, Richard Descoings, qui s’appuyait sur Pepy pour nourrir ses réseaux de gauche ». N’étant pas au fait des arcanes du pouvoir j’avoue m’être souvent perdu dans les méandres de ses explications.
- Enfin, moins important, mais quand même étonnant :  il n’a pas de plan. Pas de sommaire, pas de table des matières. Pas de titre de chapitre. Juste des numéros de 1 à 46. C’est assez déroutant. Son livre est, si j’ai bien compris, la compilation de différents billets.

Sur le fond il critique l’ascension de Macron, voulue par trois oligarques Xavier Niel, Bernard Arnault et Arnaud Lagardère, il critique l’Etat de la France, la pseudo démocratie, l’inféodation du journalisme… Deux phrases résument bien le propos :
- « Tous ces petits entre-gens et jeux de ville nous ont été maquillés déguisés, masqués par une presse majoritairement rendue complice ou désactivée, incapable de jouer son rôle de contrôle social qui aurait permis à des personnes honnêtes de ne pas se laisser absorber »
- « Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, l’aristocratisation d’une bourgeoisie sans mérite, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repaire de mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants ».

Mon analyse :
- Cette dénonciation des connivences entre des entrepreneurs et la presse est légitime. Xavier Niel est copropriétaire du Monde et de L’Obs, Bernard Arnault est propriétaire d’Aujourd’hui-Le Parisien et des Échos, Patrick Drahi était propriétaire encore récemment de Libération, de L’Express et de BFM-RMC.
- La dénonciation des pistons et retour d’ascenseur, de la reproduction des élites, est aussi légitime qu’intéressante.
- Par contre, l’auteur ne respecte pas les codes de l’enquête minutieuse. Le journal Marianne résume bien le malaise que j’ai ressenti « tout se passe comme si l'auteur considérait que son profil d'insider l'exonérait d'une enquête poussée pour prouver ce qu'il avance. (…) Le souci, c'est qu'en présentant à tort une observation sociologique orientée comme une enquête dans les règles de l'art, Juan Branco facilite l'argumentation de ceux qui voudraient renvoyer tout travail sur ce milieu dans le camp des populistes et des complotistes. L'essai est calibré pour un public militant, qui en sortira renforcé dans ses convictions. Il échouera en revanche à rallier des citoyens moins politisés qui savent qu'entre le noir et le blanc, il y a des teintes de gris. »

A lire, donc, si vous voulez pouvoir en parler en connaissance de cause dans les diners en ville. Mais on peut aussi le laisser de côté, et se tourner vers d’autres auteurs aux investigations plus professionnelles.

Jérôme Bondu





google du loupJe recommande « Dans la Google du loup », de Christine Kerdellant. Voici ci-dessous la seconde partie de mes notes de lecture (lire la 1er partie).

Chapitre 3 : L’avènement de l’eugénisme

- Avec la société 23andMe, Google construit la plus grande base de données d’ADN au monde. En 2017, date de l’écriture du livre, Google avait déjà les empreintes génétiques de plus d’un million de personnes. Et là encore on peut compter sur les assureurs pour inciter le public à entrer dans la danse. Au Canada ou en Angleterre les informations génétiques peuvent être prises en compte dans les calculs des très grosses primes d’assurance (p146). On peut imaginer que dans un avenir proche pouvoir se faire soigner dans certaines cliniques ne soit possible que si l’on a fait décoder son ADN. Georg Church pense que modifier son ADN sera bientôt aussi banal que faire de la chirurgie esthétique.
- Le monde où des « SURhommes » destinés à gouverner des « SOUShommes » car non améliorées est … en route. Cela rejoint tout à fait le discours de Laurent Alexandre.

Chapitre 4 : L’éradication d’un style de vie

- Transférer la domination du smartphone à la voiture, faire de la viande sans viande, ringardiser les relations hommes-femmes, … voila l’avenir triste promis par les magnats des nouvelles technologies américaines et notamment Google.

Chapitre 5 : Une entreprise totalitaire

- L’auteure commence ce chapitre par reproduire in extenso la lettre du patron de Springer, Mathias Dopfner, à Eric Schmidt dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et cela vaut le coup de la lire. On lit sous la plume du patron allemand « il n’y a pas d’alternative à Google … Nous avons peur de Google … abus de position dominante … un modèle d’entreprise que l’on appelle du racket » ! Chapeau. Si nos dirigeants européens avaient eu son courage nous n’en serions pas là aujourd’hui.
- L’auteure rappelle ensuite les secteurs et entreprises qui ont subi une « stratégie générale d’élimination » pour reprendre les mots du tribunal de commerce de Paris. Le journaliste américain Chris Thompson rappelle que « Google est devenu un danger mortel pour les médias, l’industrie du spectacle, les télécommunications, la publicité classique… ou l’extraction du charbon ».
- Tout ceci n’est pas due au hasard. Eric Schmidt n’a-t-il pas expliqué au Times en 2006 « Nous nous efforçons, avec beaucoup de minutie, de donner le sentiment d’être une entreprise fourre-tout. En fait, tout cela est très rigoureusement piloté… ».
- L’auteure rappelle aussi la duplicité d’Obama qui a défendu Google contre la commission Européenne. L’ex-président américain a ainsi faussement expliqué à l’endroit de l’Europe « leurs entreprises, parfois, ne peuvent pas lutter contre les nôtres et essaient seulement d’empêcher nos entreprises d’opérer en Europe ».
- L’auteur finit sur l’évasion fiscale de grande ampleur opérée par Google avec la technique du sandwich hollandais. Et évoque les idées des patrons des techs américains d’expatriation en haute mer, dans des zones non soumises à des juridictions, ce qui leur permettrait de s’affranchir de tous contrôles politiques ou démocratiques.

Chapitre 6 : Le coup d’Etat des robots

- De ce chapitre je retiens surtout que Google peut influencer une élection présidentielle. Cela a été prouvé par une étude de Robert Epstein et Ronald E. Robertson parue dans l’Académie des Science des Etats-Unis (The search engine manipulation effects -SEME- and its possible impact on the outcomes of elections 2015).

Conclusion !

- Dans une conclusion, qui est en soit plus un dernier chapitre qu’une ouverture finale, l’auteure rappelle que derrière des algorithmes il y a des personnes et une vision. Celle messianique des fondateurs de Google est fort éloignée de notre idéal de vie. On peut se demander d’ailleurs si l’incitation à toujours plus d’exhibitionnisme numérique ne fait pas leur jeu et facilite la récupération des données. Sommes-nous les idiots utiles de leur volonté de construire une intelligence artificielle qui ne servira qu’eux ?
- Drôle de destin pour un moteur de recherche, qui est devenu moteur de recommandation de nos vies. Plus que nous informer, Google nous prescrit de plus en plus ce que nous devons faire et comment le faire.
- Effet aggravant : Sa collaboration avec la NSA est avérée. Pour ceux à qui il faudrait une preuve de plus : en 2015 Google a donné à la centrale de renseignement les comptes de trois membres de Wikileaks. En outre le gouvernement américain lui demande de surveiller 1000 à 2000 comptes par an. Google est donc clairement un auxiliaire de la sécurité américaine. L’image d’entreprise sympathique est donc encore une fois une construction. D’ailleurs sa crainte ultime est que le grand public la voit pour ce qu’elle est : le Big Brother des temps modernes.
- Parmi les solutions esquissées : L’utilisation massive par le grand public des outils concurrents. La scission de Google organisée par les autorités américaines. La transformation de Google en un bien commun. La règlementation, notamment portée par l’Europe. (voir mon article dans Usbek et Rica "Peut-on créer un nouveau moteur de recherche aujourd’hui ?")
- Mais il est probable qu’il ne se passe rien de tout cela. L’auteure déplore que nous soyons touchés d’une anesthésie cognitive. Et les services rendus au jour le jour sont immédiats alors que les dangers de monopolisation du pouvoir sont lointains. Je développe pour ma part l’idée que nous vivions à crédit numérique. Nous empruntons gratuitement des services numériques. Le coût du crédit nous semble ridiculement bas, et nous laissons le soin de rembourser aux prochaines générations. En somme, ce que nous avons fait à la nature, nous le faisons maintenant à nos données. Avec notre incapacité à comprendre les exponentielles, nous rentrons sans nous apercevoir dans la Google du loup !

Jérôme Bondu

Dans le même esprit, on pourra consulter les liens suivants :
- Les GAFAM contre Internet, de Nikos Smyrnaios.
- Souveraineté numérique, de Pierre Bellanger.
- Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien, de Pascal Perri



 google du loup

Je recommande « Dans la Google du loup », de Christine Kerdellant. Bien qu’écrit en 2017, avec des références qui datent pour certaines de 2015 le livre est très intéressant et riche d’analyses pertinentes. Je vous partage mes notes de lecture en deux articles. Voici ci-dessous le premier. Et le second en suivant ce lien.

Ecrit d’une manière originale, chaque chapitre est divisé en deux parties :
- L’auteure commence d’abord par une continuation de l’ouvrage 1984. Elle imagine une suite à l’histoire des deux héros de l’uchronie de Georges Orwell, Winston et Julia, et les place dans un futur proche où Google est devenu une puissance dominatrice et impériale. Elle fait vivre aux deux héros des événements de tous les jours, en rapport avec les enfants, les déplacements quotidiens, le travail, la banque et l’assurance. On se projette facilement, et c’est le but. C’est une vision prospective de ce que pourrait être notre vie dans 10 à 20 ans. Et cela n’est pas drôle. Google, comme Big Brother dans 1984, est omniprésent et omniscient.
- Puis dans une seconde partie, l’auteure revient sur les points développés précédemment, ces événements de la vie de tous les jours réglés par Google, et explique que loin d’être de la science-fonction, nous sommes en réalité assez proche de ce qui a été décrit. C’est très bien vu. Cela incarne un avenir qui sinon pourrait sembler flou.

Suivant de modèle en deux parties, elle aborde six thématiques :
- La fin de la vie privée.
- Les dangers du transhumanisme.
- L’avènement de l’eugénisme.
- L’éradication d’un style de vie.
- Une entreprise totalitaire.
- Le coup d’Etat des robots.

Chapitre 1 : La fin de la vie privée

Le constat est simple :
- Google collecte tout : L’auteure rappelle un incident qui montre bien la capacité de collecte de Google. En 2010 Street View avait « involontairement rendu publiques des données récupérées sur les habitants des rues photographiées ». (p59) (pour plus d’informations)
- Google conserve tout : Elle rappelle par exemple que la suppression de votre historique de navigation ne l’annihile pas vraiment. Il n’est plus associé à votre compte mais Google peut toujours l’utiliser.
- Google est partout : L’emprise de Google sur l’internet mondial est illustrée par un chiffre. L’auteure se base notamment sur un buzz de 2013 : Une panne de quelques minutes a fait chuter le trafic internet mondial de 40% (attention voire la note de bas de page). A propos des cookies, ces petits mouchards, elle recommande l’installation du module « disconnect ». « Il vous permet de visualiser à chaque visite le nombre de sites avertis de votre présence ».
- Enfin, pour Google la vie privée est un concept dépassé. Elle rappelle que les Américains ne hiérarchisent pas comme nous les libertés fondamentales. Et que pour eux la liberté d’expression passe avant la vie privée.

Chapitre 2 : Les dangers du transhumanisme

Derrière l’image sympa que se donne Google, se cache des dirigeants avec une vision du monde et une stratégie long terme effrayante. Déjà en 2004 Larry Page et Sergei Brin expliquaient à Steven Levy du magazine Wired que Google serait dans le cerveau des internautes. Je recopie trois échanges de cette discussion :
- Larry Page : « Google sera inclus dans le cerveau des gens. Quand vous penserez à quelque chose que vous ne savez pas, vous recevrez automatiquement l’information. »
- Segei Brin : « C’est vrai. Je vois Google comme une manière d’enrichir votre cerveau avec tous les savoirs du monde. »
- Larry Page : « Vous aurez un implant cérébral, et quand vous penserez à quelque chose, vous aurez la réponse ».
- Dans la même veine Eric Schmidt dira plus tard « Google doit devenir le troisième hémisphère de notre cerveau » !
Et tant pis, rajoute l’auteure, si cette volonté de faire de nous des SURhommes commence en réalité par nous réduire à l’état de SOUShommes. Car force est de constater la baisse des capacité cognitives des internautes (j’en ai beaucoup parlé dans ce blog). L’auteure cite à ce propos l’étude de trois chercheurs de l’Université de Columbia publié en aout 2011 dans le journal Science et intitulé « Google effects on memory ». Cette étude prouve que l’on transfert à Google notre effort de mémoire, et que donc … nous perdons la nôtre.

L’auteur développe ensuite une importante partie sur les objectifs de Google dans la santé avec d’une part, la création de Calico dont l’objectif affiché est d’augmenter l’espérance de vie de 25 ans d’ici à 2035. Et d’autre part, la création de Verily Life Sciences dont l’objectif est de comprendre le corps humain. Verily mène trois programmes majeurs :
- Baseline Study pour travailler sur les génomes et faire de la médecine prédictive.
- Les lentilles de contacts intelligentes, avec une première application dans la mesure de la glycémie pour les diabétiques.
- Les nanotechnologies, avec là encore des premières applications dans la lutte contre les cancers et infarctus.
- Le corolaire de tout cela est l’appropriation de nos données médicales. Et que Google fasse dans la santé ce qu’il a fait dans les médias : C’est-à-dire capter une partie de la valeur ajoutée, par la connaissance la plus fine possible des clients. Google a des relais… en la personne des assureurs. Déjà ces derniers proposent des assurances moins chères pour les détenteurs d’objets connectés qui mesurent le nombre de pas quotidiens… Avec ces incitations financières proposées, le ver est dans le fruit, car les moins aisées accepteront volontiers cette démarche.

Un monde à deux vitesses se dessine entre ceux qui accepteront la perte de vie privée pour une vie « améliorée », et les autres.
- La quête de l’immortalité transhumaniste peut prendre ce premier chemin qui est celui de l’amélioration du corps.
- Il y en a un second : celui qui consiste à transférer à une machine notre savoir ! Et c’est ce que nous sommes en train de faire sans nous en rendre compte en acceptant la compilation de l’ensemble de nos activités en ligne.

La suite bientôt …

Jérôme Bondu

Notes :
- Présentation vidéo.
- L’auteure explique qu’en 2013 une panne de quelques minutes a fait chuter le trafic internet mondial de 40%. Attention ce chiffre est grossier comme l’explique ZDNet