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Réseaux humains

Historique et pratique d’un réseau humain : le cas de la Francmaçonnerie.

By 8 août 2007No Comments

 

 

Je publie aujourd’hui le compte rendu d’une conférence donnée par Philippe Guglielmi, ancien grand Maître du Grand Orient de France, dans le cadre de l’association SCIP. Cette conférence date un peu (10 octobre 2001) mais la présentation qui est faite de

la Franc-maçonnerie n’a je pense pas vieillie. Ce compte rendu est informel et n’engage que son auteur, c’est-à-dire moi 😉

Historique et philosophie de

la FM

Avant de caractériser le réseau constitué par

la FM (Franc-Maçonnerie), il est intéressant de voir comment il s’est structuré à travers l’histoire. On distingue différentes périodes :

La FM opérative :
Au moyen-âge, tous les métiers acquittent une taxe, sauf les maçons (témoignage de l’importance de ce corps de métier), d’où l’appellation « maçon franc de taxe » ou Franc-maçon. Ils gardent jalousement les secrets de leur art.

La FM acceptée :
A la période classique, ces FM sont en contact avec les commanditaires des chantiers (la noblesse, la bourgeoisie, les religieux …) qui veulent connaître les techniques et secrets du métier. Ils seront « acceptés » aux réunions de réflexion.

La FM moderne :
En 1717 cinq loges anglaises créent une confédération. Puis cinq ans plus tard

la Constitution d’Anderson fixe les principes de base de

la FM. En 1728 est créé le Grand Orient en France. Les relations avec le pouvoir en place ont évoluées au fil du temps. Sous l’Empire, le FM était sous la coupe de l’empereur (qui, par exemple, nommait le Grand Maître). Sous la république,

la FM se démocratise (et signe des temps, élit elle-même son représentant). Aujourd’hui

la FM compte environ 120 000 membres.

La philosophie est emprunte d’humanisme et d’universalisme.

La FM est-elle un réseau ?

De facto,

la FM est un réseau, avance M. Guglielmi. Même s’il y a des différences nationales (deux exemples : Fidel Castro a encouragé l’essor de

la FM , à contrario en France, la seconde guerre mondiale a cherché à briser

la FM ),

la FM est organisée en réseau à l’échelle mondiale. Il y a des loges au niveau régional, fédérées par une instance centrale (nationale), elle -même représentée au niveau mondial.

Chaque année un thème est traité dans toutes les loges en France. Le fonctionnement en réseau permet de démultiplier cette force de réflexion par l’implication des membres qui la compose. Mais ce fonctionnement en réseau, avec les buts qui lui sont propres, peut être perverti.

Perversion du réseau
Premier risque : il y a de nombreux groupuscules qui se réclament de

la FM sans en être. Deuxième risque de perversion du système : les fraternelles. Des FM peuvent se réunir en dehors du contrôle des obédiences. Il y en a de trois types :

– Fraternelle de pensée, qui regroupe des FM pour mener une réflexion sur un sujet précis. Elles sont les moins gênantes, car très éloignées du monde des affaires.

– Fraternelle professionnelle, qui regroupe des FM de la même profession. Il peut y avoir des tentations d’y mener des affaires.

– Fraternelle géographique, qui regroupe des FM d’une même zone géographique.

Légalité et défense du réseau
M. Guglielmi souligne que

la FM n’a rien d’illégal en soi. D’ailleurs les dirigeants, tout comme les comptes, sont déclarés. Des rapports officiels sont publics. De plus

la FM s’ouvre. Pour preuve la politique de communication qui s’inscrit à travers tous les médias : radio, télévision, revues…

Questions
Au cours du débat qui a suivi, de très nombreuses questions ont été posées, qui a permis à l’orateur de préciser certains points. Je reprends ci-dessous, en essayant de les regroupes par thèmes, les principales réponses de l’intervenant :

Les buts de

la FM sont, d’une part de mener une réflexion intellectuelle, d’autre part d’agir sur la société sur des principes universalistes. Il y a des points communs avec des sociétés de réflexion comme le Lions Club (d’ailleurs fondé en partie par des FM). L’engagement social est similaire, mais le côté initiatique est beaucoup plus développé dans

la FM.

La diversité des obédiences a une explication historique et idéologique. Le côté caché de

la FM a deux origines historiques : la première liée à la préservation des secrets de construction des cathédrales, la seconde liée à la persécution subie lors de la seconde guerre mondiale. Concernant les rites de

la FM , on trouve beaucoup de références différentes (Egypte antique, chevalerie,…).

Au niveau pratique, le réseau fonctionne de cette manière : il y a deux réunions mensuelles, plus des commissions thématiques. En ce qui concerne le GO, il y a 100 loges, qui comprennent 43 000 FM. Pour rentrer en FM, il suffit de faire une demande (dans 90% des cas il s’agit d’une cooptation). Il y a un vote en loge à bulletin secret. Le scrutin doit être à 70% positif pour que le postulant soit admis. La non-mixité ne se justifie plus, selon M. Guglielmi. S’il y a des dérives affairistes au sein de

la FM , il faut savoir faire une distinction :

la FM ne sert que de lien initial. Après, si un marché est conclu entre deux FM, il s’agit surtout d’une affaire entre deux personnes. La primauté réside dans le contact physique. Etre FM ne suffit pas.

Le lobbying de

la FM n’est pas organisé, mais il faut reconnaître qu’il fonctionne, nous dit M. Guglielmi.

Il y a deux indicateurs de l’efficience du réseau :

– d’une part, le nombre d’adhésion,

– d’autre part, l’influence que

la FM exerce que la société. Il arrive que des conclusions d’un travail maçonnique soient reprises dans une loi de

la République.

Les principales caractéristiques des réseaux FM sont :

– que les FM se reconnaissent entre eux,

– que le réseau soit structuré,

– que le réseau soit sécurisé. Il y a eu des tentatives de pénétration des réseaux FM. Par exemple par les communistes ou les trotskistes. Mais comme il n’y a pas de prise sur une chose aussi informelle qu’un débat d’idée librement échangé, ces tentatives ont tourné court.

Sur le sujet de la déclaration de son appartenance à

la FM pour certains corps de métier (par exemple les magistrats), M. Guglielmi, rétorque que s’il faut le faire dans un cadre, alors il faut généraliser cela pour tous les « réseaux » où les affaires se font : c’est à dire les partis politiques, les associations professionnelles, clubs de sport… Chacun devra déclarer son appartenance à tout cercle où des affaires peuvent potentiellement se conclure.

Biographie : Philippe Guglielmi est un ancien grand-maître du Grand Orient de France. Il a connu un passé dans l’infanterie et a été maire-adjoint de Romainville. Son successeur est Alain Bauer. Connaisseur des troubles qu’a connus le GODF, il affirme que la franc-maçonnerie a été profondément infiltrée par la "gauche trotskiste".

Membre du PS, il a été élu conseiller municipal d’opposition en 2001 à Romainville. Après avoir rejoint la majorité municipale, il est second de la liste présentée par la maire Corinne Valls à l’élection partielle de février 2007 et devient premier adjoint au maire. Il est président du conseil fédéral de la fédération socialiste de Seine-Saint-Denis.

Compte rendu rédigé par

Jérôme Bondu 

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