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Géopolitique

CR : Modernisation de la Chine, opportunités et défis

By 26 décembre 2007septembre 10th, 2022No Comments
Modernisation de la Chine

Qu’est-ce que la modernisation de la Chine ? Selon certaines estimations, au XIXème siècle, la Chine produisait près d’un tiers du PIB mondial. Son objectif pour le XXIème siècle est de revenir à ce niveau. Présentation par son ambassadeur en France des étapes pour réaliser cet objectif. Son Excellence Jianmin WU est ambassadeur de Chine en France.

Ce texte est un compte rendu informel de la conférence de Jianmin WU du 02 avril 2003 organisée par le Club des Vigilants. Il a été rédigé par Max Gattein, président du Club Convergence Chine-France et Jérôme Bondu, pour le Club IES.

Modernisation de la Chine

Vieille civilisation

La Chine est un pays de vieille civilisation qui a connu des retards dans le passé. Selon l’OCDE, jusqu’en 1820, le PIB de la Chine était le premier au monde, soit 30 % du total ; cet organisme prévoit que la Chine sera à nouveau leader à partir de 2020 ce que le gouvernement chinois considère trop optimiste. Aujourd’hui le PIB chinois totalise 1200 Milliards de dollars, soit 3 à 4 % du total mondial. Pourquoi tant de fluctuations ? 

La Chine a en fait manqué le virage de la révolution industrielle ; elle a ensuite subi maintes humiliations internationales et a dû lutter pour sa libération et son indépendance de 1840 à 1949. La période 1949 à 1980 n’a été qu’une succession de guerres régionales en Asie.
La modernisation d’un grand pays requiert un environnement paisible.

Modernisation

Le grand architecte de cette modernisation fut Deng Xiao Ping. On distingue généralement trois étapes :

  • De 1980 à 1990, avec un doublement du PIB.
  • De 1990 à 2000, avec le même objectif, sachant que le doublement fut déjà atteint en 1995.
  • En 2000, le PIB de 1995 par habitant était multiplié par 4, sachant que la population avait augmenté de 30% de 1980 à 2000, il s’agit d’une performance.

L’objectif national de 2001 à 2050 est de rattraper le PIB moyen des pays industrialisés alors qu’il est actuellement de 900 $ en Chine contre 15 à 20000 $ dans les pays industrialisés. Cet objectif représente donc un énorme effort. L’objectif à 20 ans se décompose en un doublement de 2001 à 2010 et d’un autre doublement de 2011 à 2020, soit un taux de croissance annuel moyen de 7.2%. On peut illustrer les changements profonds sur les deux dernières décades : il y a 15 ans encore les denrées alimentaires étaient rationnées ; en 2002 Carrefour opérait 35 hypermarchés en Chine et vise 50 magasins à fin 2003.

La qualité de la vie n’en est qu’à ses débuts dans un pays 18 fois plus grand que la France.

Les opportunités

La Chine est en pleine croissance. Alors qu’il y a 15 ans n’existait pas d’autoroute, il y en a maintenant plus de 25 000 km ; ce qui démontre de cette nouvelle modernisation de la Chine. La Chine profonde, principalement à l’Ouest, reste à développer.

Peut-on imaginer une poursuite de cette croissance ? Oui, car la Chine suit une voie originale fondée sur le maintien d’une harmonie entre trois facteurs-clés : le développement, la stabilité et la réforme. Ceci avec un contrôle du rythme des changements. En effet, les mentalités n’évoluent que lentement et il faut permettre aux masses de suivre le processus. Les chinois doivent pouvoir profiter de ces changements au fur et à mesure.

Il existe encore d’importantes opportunités de coopération avec le monde extérieur malgré les résultats déjà enregistrés. De 1979 à 89 l’investissement direct total a été de 17 Mds $, de 1990 à 95 118 Mds, et de 1996 à 2000 213 Mds, de 2001 à 2002 il a atteint 100 Mds, soit 450 Mds $ depuis 1979 avec 600 000 joint ventures créées. Il y a donc une vraie accélération de la coopération internationale.

Pourquoi un tel engouement ? C’est le résultat de l’attrait créé par la stabilité du pays, la croissance de l’économie et la taille du marché. A cela s’ajoutent pour le futur les retombées de l’organisation par la Chine des Jeux Olympiques de 2008 et de l’Exposition Universelle à Shanghai en 2010.

Les défis

Le chômage est officiellement estimé à 14 Millions de personnes, dû surtout aux effets de la réforme des entreprises publiques et d’Etat. En plus, arrivent chaque année 10 millions de jeunes sur le marché du travail, ce qui doit être compensé par la création de nouveaux emplois.
Un autre défi vient de la grande différence de développement entre les zones côtières et l’intérieur.

Le gouvernement a prescrit des mesures volontaristes pour le développement des régions de l’Ouest qui représentent 5.3 M km2 et 300 M d’habitants. Le problème du devenir des campagnes est lancinant avec 900 M d’habitants. 120 M d’habitants des campagnes étaient déjà venus grossir les villes avec des emplois que refusent les citadins; souvent, ils reviennent au « pays » au bout d’environ 2 ans. Les revenus moyens de l’agriculture sont faibles et la pérennité non assurée, compte tenu de la future concurrence internationale. On étudie actuellement l’intérêt d’instituer des coopératives comme en France. Il faudra donc faire preuve de sagesse, de patience et de persévérance.

La politique énergétique repose encore trop sur la ressource thermique avec 80% pour le charbon, causant des dommages importants à l’environnement, et 15% d’hydraulique; le nucléaire compte à peine pour 1% ce qui est à développer.

Qu’en est-il de la nouvelle équipe dirigeante ? Ce sont des ingénieurs, bien conscients des défis et problèmes cités plus haut.

Questions et débats sur la modernisation de la Chine

Les sources occidentales estiment le chômage plutôt aux alentours de 100 Millions de personnes. Une des réformes fondamentales touche au système bancaire. Il s’agit d’un des défis majeurs car il implique l’assainissement des entreprises publiques. L’expérience montre que les chinois sont beaucoup plus habitués que nous en France aux effets des réformes : ils adhèrent au mouvement.

Malgré ses ressources naturelles, on remarque la dépendance importante de la Chine de l’extérieur, par exemple le déficit en charbon est de 50 MT par an, il y a aussi le pétrole, le cuivre, le bois… La réponse est que jusqu’à maintenant, le pays dispose d’un excédent commercial qui lui donne toute facilité pour importer ces produits.

On remarque que les entreprises mixtes (joint ventures) sont à l’origine de 50% de la valeur des exportations. Il faudra donc veiller à rendre les autres entreprises compétitives.

La pollution est souvent citée comme un défi majeur. Le gouvernement a promulgué un nouvel arsenal protecteur et c’est un énorme marché qui s’ouvre aux technologies et savoir-faire occidentaux.

Un facteur souvent cité comme bloquant les initiatives occidentales est le risque pour la propriété intellectuelle et la contrefaçon. La Chine s’est récemment dotée d’une législation moderne dans ce domaine, en cas de plainte, les autorités sont réactives ; enfin,il y a en Chine plus de 10 Millions d’ingénieurs dont les créations doivent être également protégées ce qui constitue une forte motivation nationale.
La sécurité en Chine, c’est d’abord une question de niveau de vie.

En conclusion, l’ambassadeur constate que la Chine évolue de plus en plus dans un monde multipolaire… ce qui exclut l’imposition de la volonté d’une seule grande puissance ?

Pour en savoir plus sur la modernisation de la Chine :

Max Gattein & Jérôme Bondu

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