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On parle beaucoup de Google et de transhumanisme. Et les titres fleurissent sur la volonté de Google de porter la vie à plus de 1000 ans. Cela interpelle forcément. Et l’on pourrait se demander si cet objectif affiché est bien réel, ou si ce ne serait pas une belle opération de diversion pour des desseins plus mercantiles.

 

Quelques éléments de réflexion


- Ecartons du sujet un avis « médical » sur la possibilité de vivre 1000 ans. Par contre il est à la portée du premier venu de déduire qu’une vie quasi éternelle signifie tout simplement la fin de la procréation, des naissances, du rapport à Dieu et aux cosmogonies, … bref d’une bonne partie de ce qui constitue le fondement actuel de la vie. Sans compter les problèmes de surpopulation de la terre et de sous-alimentation d’un sixième de l’humanité. La vie à 1000, quand bien même cela serait médicalement possible, me semble être une véritable bombe dont la puissance ferait passer Tchernobyl pour un pétard mouillé.

 

- Ceci étant dit, analysons plutôt le modèle économique de Google. Actuellement le métier de Google est de vendre des espaces publicitaires judicieusement placées parmi les réponses de son moteur de recherche. Google est une régie publicitaire, à l’instar de TF1 ou 20 minutes.
- Parallèlement Google a développé une myriade de services attractifs, qui nous ont plus ou moins rendus dépendants. L’utilisation de ces services a renseigné Google de nos moindres faits et gestes : Ce sur quoi nous nous interrogeons, donc ce que nous pensons (le moteur de recherche), les sites que nous consultons (via Chrome), où nous allons (via Androïd dans les smartphone), nos wi-fi (captés par un mouchard dans les Google cars), nos photos (Picassa), notre agenda (Calendar)… Google a échoué à capter même ce que nous voyons (Google Glass) mais ce n’est que partie remise.
- Google constitue donc une superbe base de données sur … nous. Notre vie, nos pensées, nos cheminements physiques ou intellectuels. Cela va aller de plus en plus loin. Et cela peut valoir de l’or.

 

Deux hypothèses

 

A partir de ces gisements d’or, on peut envisager deux politiques de monétisation :

- Premièrement : Ne donnerait-on pas beaucoup pour recueillir aujourd’hui la vision d’un de Gaulle ou d’un Churchill, d’un Einstein d’un Gandi ou de Marie Curie ? Actuellement seules les biographies nous donnent une approximation de ce qu’ils pourraient penser.
- Mais projetons-nous dans 100 ans : les leaders au pouvoir auront eu internet entre les mains depuis leur plus petite enfance. Google aura pu suivre (et enregistrer) leur cheminement intellectuel. Google aura emmagasiné tout ce qui constitue l’expression d’un cerveau humain. Google sera capable de reproduire leur cheminement intellectuel.
- Ne serait-il pas tentant alors pour Google d’utiliser ou de commercialiser une sorte de « vision » de tel ou tel grand homme ou femme. Google deviendrait un nouvel oracle en quelque sorte. Vous interrogez le moteur de recherche qui pourrait alors reproduire l’avis d’un tel en analysant votre demande au regard de la somme d’information collectée sur lui. Ce ne serait plus le « bête » moteur. Ce serait la vision de tel cerveau … qui serait bien sûr payante !

- Deuxièmement : Projetons-nous à nouveau dans quelques générations. Nos arrières petits enfants sont aux commandes. Leurs recherches sur internet leur permettent de retrouver des choses sur nous … ou pas ! Ils tapent votre nom, et Google leur offre des informations sur vous… ou rien.
- Cela demande un effort d’imagination, mais tentons de se mettre dans la peau de nos arrières petits-enfants. Ils n’ont pas gardé grand-chose de nous, nos PC actuels sont morts ou inexploitables. Ils n’ont pas de photo papier. Par contre Google a gardé toutes nos traces de vie sur internet. Voudront-ils les retrouver ? Si oui, ils dépendront entièrement de cette société privée. Et l’accès à ces informations sera aussi bien sûr payante.

 

- D'autres options sont bien sûr possibles, notamment celles liées au monde du Renseignement et de l'espionnage, mais que je laisse volontairement de côté dans cet article. 


Qu’en déduire ?


- Il me semble que l’idée que le corps physique puisse dépasser 1000 est au mieux parfaitement farfelue, au pire hallucinante dans les modifications que cela pourrait induire. Par contre, j’imagine très bien ce que pourrait faire une société qui aurait la puissance de garder toutes nos traces de vie. Et de les commercialiser pour longtemps ! A ce titre parler de transhumanisme masque ce que l’on pourrait baptiser plus finement transmonétisme(1).

- Est-ce une opération de diversion de la part du géant de MountainView ? Impossible à dire. Il semble que les deux fondateurs de Google croient dur comme fer à une sorte d’immortalité. Mais cela ne les empêchent pas d’avoir aussi une politique commerciale long terme.

 

Pour conclure, et quel que soit la réponse donnée à la question énoncée dans le titre, il serait temps que l’Europe se réveille de sa torpeur et créé enfin les outils de protection de ses citoyens : un navigateur et un moteur de recherche européen ! Pour apporter une vision Européenne du monde. Et pour sauvegarder intelligemment nos données personnelles.

 

Jérôme Bondu

 

 

(1) : je suis assez fier d'avoir "inventé" le mot "transmonétisme":-) qui semble ne donner aucun résultat sur Google

Image : l'âge d'Or de Lucas Cranach

 

 

banniere charlie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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marc ullmannLe billet précédent sur le livre de Bernard Esambert me donne l’occasion d’en publier un autre sur Marc Ullmann.

Marc a été le créateur du Club des Vigilants présidé pendant de nombreuses années par Bernard.
Marc est décédé en juin 2014 et je m’étais depuis promis de rendre un humble témoignage à ce dernier.


J’ai rencontré Marc en 2000 alors que je montais sur Paris pour suivre le mastère en intelligence économique de l’ESIEE. J’avais pris conscience que l’IE comportait une dimension « réseau humain » très importante. Mais entre la prise de conscience et la capacité à rencontrer des personnes intéressantes, il y a un pas. Pas que Marc m’a aidé à franchir.

Le réseau qu’il venait de créer regroupait ses « amis » comme il le disait. Ce qui ne l’a pas empêché de recruter des « blancs-becs », dont j’étais un des plus beaux spécimens ;-)
Sa cooptation a été d’une richesse inouïe, et a compté dans mon orientation de carrière et de vie.

- D’abord parce qu’intégrer le Club des Vigilants m’a permis une fois par mois d’écouter des conférenciers de très haute tenue. Je me suis efforcé de faire régulièrement des comptes rendus et c’est l’envie de publier ces papiers qui m’a poussé à ouvrir mon blog en 2005. Blog dont le nom « Inter-Ligere » est devenu la raison sociale de mon cabinet de conseil ! Réaction en chaîne…


- Ensuite parce qu’intégrer le Club m’a plongé dans un microcosme parisien que je ne connaissais pas. Entre désacralisation et découverte, entre échanges et projets, j’y ai noué des connaissances et amitiés durables.


- Enfin, parce Marc m’a fait pousser des ailes. Je voyais chez lui, qui était déjà en 2000 dans un âge vénérable, une énergie peu commune. Celle du partage. Il aurait pu garder ses connaissances et compétences pour lui. Mais il a choisi de les ouvrir. C’est ce modèle de vie, cet altruisme intellectuel qui m’a le plus marqué, et dont j’espère un jour être un digne héritier. Si aujourd’hui je mets autant d’énergie dans l’animation de mes « petits » réseaux (Club IES sur Paris, et plus récemment sur Lille) c’est parce que j’ai ressenti en tant que membre le bénéfice de ce type de partage. De plus, la lettre du Club des Vigilants, que j’ai lue avidement pendant des années, était un caléidoscope d’idées. Marc qui en était le « rédacteur en chef » décloisonnait les idées comme personne. Et certains des billets infusent encore en moi dix ans plus tard comme des concentrés d’intelligence.


Bien sûr je ne lui ai jamais avoué ce que je lui devais. Nous n’étions pas intime, je n’étais qu’un membre parmi d’autres, et ces choses-là ne se disent que très maladroitement. Mais je tenais à lui donner ce témoignage posthume et rendre à César ce qui lui appartient.


Jérôme Bondu

 

Voici quelques exemples de comptes rendus de réunions du Club des Vigilants :

 

- L'Europe risque de devenir l'idiot du village mondial - conférence d'Hubert Védrine

- Quelles pistes de dialogue avec l'Iran ? - conférence de François Nicoullaud

- Modernisation de la Chine: Opportunités et défis pour la Chine et le monde - conférence de WU JIANMIN

- L'essence du mal - conférence de Pierre Terzian 

- La République en danger - conférence de Jean-Paul Delevoye

- L'intelligence collective - conférence d'Alain Berthoz

- La peur pourrait devenir le pire ennemi de l'humanité - conférence de Christian Boiron

- La guerre des microbes et des hommes - conférence de Maxime Schwartz

- Internet participatif: aussi intelligent que le cerveau d'une mouche - conférence de Pierre Balanger

- Eviter la guerre entre générations - Conférence de Rama Yade

 

 

 

 

 

optical-illusion-250x154J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de Gérald Bronner « La démocratie des crédules ». Beaucoup de ses conseils rentrent directement dans le champ de l’intelligence économique. 

Voici en trois articles ce que j’en ai retenu.

1- Les biais d’Internet
2- Les biais démocratiques et médiatiques
3- Les biais cognitifs

Je précise que ces articles ne reflètent que ma compréhension de l’ouvrage et n’engagent que moi.
Si le sujet vous intéresse, Gérald Bronner intervient au Club IES le 16 mai à 19h30. Voir l’annonce.

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Esprit humain : les biais cognitifs

 

Nous nous considérons facilement comme des êtres rationnels. Mais notre rationalité a aussi sa « face obscure », et les « pentes naturelles de l’esprit humain » peuvent nous emmener bien bas. En voici quelques-unes :

- On accorde plus d’importance à ce qui vient d’un pair ou d’une personne que l’on apprécie.

- On peut se focaliser sur des détails et leur accorder une importance démesurée, si l’on nous amène adroitement à nous y intéresser.

- L’explication d’un phénomène par une raison de type complot est attirante pour notre esprit car elle provoque un « effet de dévoilement » : on a le sentiment agréable de comprendre quelque chose.

- Nous ne pouvons sans cesse tout analyser car cela serait trop difficile à supporter. Notre « avarice mentale » est le garant de bon fonctionnement de la vie de tous les jours. Mais cela nous conduit à minimiser notre investissement et à nous fier à une intuition qui peut être trompeuse.

- Nous recherchons des causes uniques là où il y a en réalité des causes multiples. C’est le biais de « mono causalisme ».

- Nous allons gommer les données qui ne rentrent pas dans notre schéma de compréhension. « Effet râteau »

- Nous allons surestimer les faibles probabilités.

- Nous allons plus nous mobiliser pour éviter de perdre un avantage que pour obtenir un gain. Le premier a une valeur subjective plus importante que le second.

- Lorsque nous sommes face à un problème complexe, nous le divisons en éléments simples. Mais ce faisant nous risquons d’avoir un raisonnement segmenté avec des décisions inconsistantes d’un segment sur l’autre. « Biais de division ».

- Nous valorisons celui qui donne une alerte. Mais à force d’être alerté, nous rentrons dans une application trop stricte du principe de précaution nuisible à l’action. « Effet Esope »

- Tous ces biais cognitifs sont particulièrement présents lorsque nous traitons de questions impliquantes (santé, sécurité…)

 

On pourrait penser que l’éducation est un bon rempart contre les croyances. Mais là encore les études prouvent le contraire :

- On observe une décorrélation entre le niveau d’étude et l’esprit critique. Les plus éduqués sont aussi les plus curieux, sont ceux qui ont la meilleure « disponibilité mentale », et donc sont ceux qui sont plus perméables aux idées nouvelles, différentes, et bizarres.

 

Quelles solutions ?


Gérald Bronner trace quelques pistes :
- Apprendre à avoir un esprit critique et à suivre une méthode de réflexion.
- Connaître les limites de l’esprit humain, dimentionnellement, culturellement, cognitivement. Aiguiser un réflexe de méfiance. Il faut connaître la « cartographie de nos erreurs systématiques ».
- Apprendre aux communiquant (les médias) à minimiser les biais en présentant le mieux possible les informations, en utilisant une argumentation rationnelle.

 

En conclusion : comment passer de la démocratie des crédules à la démocratie de la connaissance ?

Le marché cognitif actuel, marqué par la libération de l’offre et les progrès de la demande, a certes d’immenses avantages. Mais il a aussi provoqué des effets pervers, qui doivent être compensés par un apprentissage. Il faut former les internautes et les citoyens à maîtriser les informations.

 

Jerome Bondu

 

 

 

démocratieJ’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de Gérald Bronner "La démocratie des crédules". Beaucoup de ses conseils rentrent directement dans le champ de l’intelligence économique. 

Voici en trois articles ce que j’en ai retenu.

1- Les biais d’Internet
2- Les biais démocratiques et médiatiques
3- Les biais cognitifs

Je précise que ces articles ne reflètent que ma compréhension de l’ouvrage et n’engagent que moi. 

Si le sujet vous intéresse, Gérald Bronner intervient au Club IES le 16 mai à 19h30 sur le thème La société de l’information a-t-elle noyé notre esprit critique ? Voir l'annonce et vous inscrire.

 

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Seconde partie : les biais de la démocratie


L’idée selon laquelle, plus on augmente le nombre de votants sur une question plus les décisions seront justes (phénomène appelé « sagesse des foules ») se révèle fausse dans bien des cas. Les processus de décision en groupe sont soumis à des multiples biais.

- « Biais d’ancrage » : il suffit dans le cadre d’un débat d’établir une fixation sur une donnée, pour que cela influence l’orientation du débat et donc la décision qui va suivre.

- On parle « d’effet de polarisation » quand un groupe prend des décisions qui sont plus radicales que la moyenne des positions individuelles.

- « L’effet de cascade » fait que l’on va suivre l’avis des autres, surtout s’ils sont de bons communiquants. Ce suivisme va nous éviter le « cout social » que subissent les contestataires.

- Il y a une « méfiance envers l’expertise », et notamment l’expertise scientifique.

- En parallèle il y a une surpondération et survalorisation des ressentis au détriment de l’analyse.

 

La démocratie fonctionne suivant le principe que les votants/citoyens sont informés. Mais cela dépend de la qualité du travail des médias. Or ces derniers sont aussi soumis à des forces « perverses » :

- Ainsi, dans la situation concurrentielle dans laquelle se trouve la plupart des médias, les journalistes subissent « le dilemme du prisonnier » : c’est le premier qui va sortir le scoop qui gagnera en visibilité. Dans ce contexte, le temps laissé à l’analyse est de plus en plus réduit. Et cela incite les journalistes à se fier à des intuitions trompeuses. 

- Ce manque d’analyse est générateur de nombreuses erreurs comme celle qui consiste à négliger la « taille de l’échantillon ». Si sur une population donnée il y a une forte augmentation du nombre de cancer… c’est inquiétant. Si cette population est de 10 personnes… cette inquiétude n’a plus de sens. 

- Dans le même ordre d’idée le « choix d’un segment temporel » peut aussi complètement modifier la perception d’un problème. Pour reprendre l’exemple précédent, on peut avoir des données en baisse sur une décennie, puis en hausse sur les six derniers mois. Mais selon le segment temporel que vous prendrez, vous n’aurez pas la même perception.

- Les journalistes vont compenser les lacunes de leur réflexion en scénarisant la présentation de leurs informations. C’est le « story telling » qui va augmenter la crédibilité des informations.

- Tout cela va finalement renforcer « l’effet Othelo » (ne plus croire celui en qui on pourrait avoir confiance) et renforce notre défiance envers le monde médiatique.

 

Il faut donc limiter certains lests qui pèsent sur la rationalité des foules. D’autant que l’esprit humain (pris isolément) a aussi ses biais. Les erreurs de jugement contaminent nos décisions.

 

Lire la suite : 3- Les biais cognitifs

 

Jerome Bondu

 

Sur le même sujet on pourra lire dans ce blog les deux comptes rendus d'ouvrage :

- "La trahison des médias, le dessous des cartes" de Pierre Servent 

- "La république du copinage" de Vincent Nouzille

 

La démocratie des crédulesJ’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de Gérald Bronner « La démocratie des crédules ». Beaucoup de ses conseils rentrent directement dans le champ de l’intelligence économique. 

Voici en trois articles ce que j’en ai retenu.

1- Les biais d’Internet
2- Les biais démocratiques et médiatiques
3- Les biais cognitifs

Je précise que ces articles ne reflètent que ma compréhension de l’ouvrage et n’engagent que moi.
Si le sujet vous intéresse, Gérald Bronner intervient au Club IES le 16 mai à 19h30. Voir l’annonce.

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On aurait pu croire qu’avec :
- la libre diffusion des informations permise notamment par l’essor d’internet,
- la démocratie ancrée en Europe de l’Ouest,
- et l’augmentation du niveau d’études,
Il y aurait un recul des croyances. On s’aperçoit que ce n’est pas le cas. La raison vient du fait que ces trois éléments (internet, démocratie, et sagesse individuelle) recèlent beaucoup d’effets pervers. Voyons en quelques-uns :

 

Première partie : les biais d’Internet

 

La révolution numérique a libéré le « marché cognitif ». Pour dire les choses simplement, aujourd’hui n’importe qui est son propre média. Cela a bien sûr d’immenses effets positifs, mais a aussi entrainé des effets pervers :


- L’augmentation du volume de données diffusées grâce à internet (ce que l’auteur appelle la « massification » des données) produit de la surinformation et augmente la difficulté de trouver des informations pertinentes.

- Cela augmente aussi le « biais de confirmation » : la structure même de la recherche par moteur de recherche fait que lorsque nous tapons une requête (par exemple : Obama est-il un extraterrestre ?) nous allons trouver des articles qui contienne ces mots clés, et donc des articles dont certains vont « confirmer » cette idée aussi farfelue soit-elle.

- D’autant que les promoteurs d’idées absurdes sont plus motivés à se faire entendre et à défendre leur point de vue que les défenseurs de l’orthodoxie. Il en résulte une surreprésentation des idées fantaisistes portée par des « croyants » (au sens sociologique du terme). Ce biais est appelé dans l’ouvrage le « paradoxe d’Olson ».

- Ces derniers défendent leurs idées en utilisant tous les arguments possibles, y compris celui qui consiste à dire que l’on ne peut pas prouver qu’ils ont tort ! Pour reprendre l’exemple précédent : si l’on ne peut pas prouver qu’Obama est un extraterrestre, on ne peut pas non plus prouver qu’il n’en est pas un !

- Ils emploient aussi souvent la technique du « millefeuille argumentatif » qui consiste à trouver tous types d’arguments dans une multitude de domaines. L’internaute sensé n’ayant ni les moyens ni l’envie ni le temps de démêler ce « millefeuille argumentatif » va clore sa recherche en étant un peu plus perméable au doute. On appelle cela « l’effet Fort ».

- Notons aussi le fait que les internautes croyant savoir après un survol de la question sur internet, cela les rend moins perméables à la discussion donc moins ouverts.

- Enfin, l’auteur souligne que la multiplication des données permet de trouver tout et n’importe quoi. Ainsi un mathématicien a conçu un programme informatique pour analyser la valeur numérique des mots d’un texte. Il a ainsi réussi à « calculer » dans la bible l’annonce du naufrage du Titanic ! Cela a jeté un certain trouble, jusqu’à ce que d’autres réussissent sur une base similaire à trouver la même chose dans Moby Dick !

Donc l’idée selon laquelle internet va renforcer la capacité et le droit de savoir, de dire et de décider… doit être relativisée. La démocratie révèle aussi ses effets pervers.

 

Lire la suite : 2- Les biais démocratiques et médiatiques

 

Jérôme Bondu

Le Club IES aura le plaisir de recevoir le 16 mai 2013 à 19H30 Gérald Bronner auteur du livre LA DEMOCRATIE DES CREDULES La société de l’information a-t-elle noyé notre esprit critique ?

Inscrivez-vous dès maintenant (nombre de places limité). 

 

Gérald Bronner nous expliquera comment les conditions de notre vie contemporaine, avec notamment l’émergence d’internet, se sont alliées au fonctionnement intime de notre cerveau pour faire de nous des dupes. Comment des faits imaginaires ou inventés arrivent-ils à emporter l’adhésion des publics, à infléchir les décisions des politiques, en bref, à façonner une partie du monde dans lequel nous vivons ? N’était-il pourtant pas raisonnable d’espérer qu’avec la libre circulation de l’information et l’augmentation du niveau d’étude, les sociétés démocratiques tendraient vers une forme de sagesse collective ?

 

Gérald Bronner est professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot et membre de l’Institut universitaire de France. Il est co-responsable de l’Association Française de Sociologie. Ses recherches portent sur les croyances collectives, l’épistémologie des sciences sociales, les représentations sociales, la sociologie cognitive et les rumeurs.

Il est notamment l’auteur de La démocratie des crédules (Puf, 2013), L’Empire des croyances (Puf, 2003), primé par l’Académie des sciences morales et politiques, et de La Pensée extrême (Denoël, 2009), couronné par le prix européen des sciences sociales d’Amalfi.

 

Je vous promets sous peu un résumé de son livre dans ce blog.

 

Jérôme Bondu

evelyne bertin
Voici le compte rendu de la conférence :
"Mondialisation des marchés, dématérialisation du travail, virtualisation des rapports humains"
Implications comportementales et psychologiques pour l’exercice du management

Animé par Evelyne Bertin
Conférence organisée le 25 octobre 2012 à 19H30
Par Jérôme Bondu président du Club IES de l’IAE de Paris Alumni

Compte tenu se sa taille, ce compte rendu sera posté en 3 parties :
I – Evolutions
II- Impact de la virtualisation
III- Autres challenges

Je précise que cet écrit n’engage que moi, et ne reflète que ma compréhension des propos de l’orateur.

INTERVENANT
Evelyne Bertin est prospectiviste et psychanalyste, conseil de dirigeants. Elle accompagne les dirigeants et hauts potentiels dans des univers internationaux.
Elle est aussi experte en santé au travail, chargé de cours au CNAM à Paris et à l’université de Saint-Quentin en Yvelines. Elle a publié « Développer le capital humain de l’entreprise » EMS Edition.

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Introduction 

L’entreprise est un lieu de production de biens, mais aussi de liens. Evelyne Bertin a dressé un état des lieux des problèmes auxquels les managers sont confrontés. Son analyse touche plusieurs disciplines, dont bien sûr les sciences du management, mais aussi les sciences économiques, la psychanalyse et la psychologie.

I – Evolutions

Les caractéristiques économiques évoluent. Parmi les éléments les plus saillants on peut citer les points suivants :

- La mondialisation des affaires s’est accélérée.
- La capacité d’innovation des entreprises est continuellement testée, et les cycles d’innovation sont de plus en plus courts.
- Les exigences financières sont de plus en plus importantes.
- Les informations circulent plus facilement et plus rapidement, avec toutes les problématiques de collecte, traitement et partage que cela implique.
- Les parties prenantes sont de plus en plus nombreuses, et un même individu peut entrer dans différentes catégories : Par exemple un salarié d’une entreprise peut être aussi actionnaire, membre d’une association de consommateurs, riverain d’une usine ou d’un entrepôt de l’entreprise,… Les dirigeants devront traiter avec toutes les parties prenantes en tant que corps constitué, mais aussi avec les différentes personnes elles-mêmes à la confluence de différents intérêts. D’où une complexification du rapport aux autres.
- La virtualisation et la dématérialisation enfin, modifient profondément le rapport au travail et aux autres.

La place des collaborateurs au sein des organisations évolue :
- On remarque d’un collaborateur reste moins longtemps dans une fonction qu’auparavant. Et cela touche toutes les strates du management, y compris les plus hautes puisqu’une étude montre que la carrière d’un PDG se réduit progressivement depuis sept ans.
- La place des femmes change. Elles sont confrontées entre 35 et 40 ans au dilemme de devoir privilégier carrière ou maternité. Quel que soit le choix qui sera fait, elles auront une tendance à la culpabilisation.
- La crise allant de pair avec une raréfaction des postes de direction, la tendance va être en entreprise de confier les postes à responsabilité à des hommes. Ce qui favorise (et est favorisé par) un retour aux valeurs traditionnelles.
- La place des séniors change aussi. Pour contrer un phénomène de paupérisation lié à la faiblesse des retraites les séniors créent de plus en plus un emploi indépendant après leur retraite. Le phénomène est déjà ancien aux Etats-Unis où la couverture sociale est moins bonne qu’en France.

La place du travail évolue :
- Les jeunes générations ont vu leurs parents « se tuer au travail ». Ils en ont subi le coût psychologique, et ne veulent pas reproduire ce schéma.
- Cela est d’autant plus compliqué en France que nous avons un lien très affectif avec le travail. L’affect est très important quand par exemple une entreprise ferme, et cela va au-delà de l’aspect financier lié à la perte de l’emploi. Un licenciement est parfois vécu comme une amputation corporelle. En Angleterre le lien est plus contractuel, donc les collaborateurs sont plus détachés face à leur employeur.
- Les managers qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont su créer des liens dans différents cercles, qui ont su s’ouvrir des fenêtres en et hors de l’entreprise. Les ouvriers sont moins bien outillés à ce niveau. Ces derniers ont une moins bonne résilience .
- Le rôle de l’entreprise n’est pas toujours clair pour les collaborateurs. Certains demandent par exemple à l’entreprise de développer des actions humanitaire (école en Afrique, …) pour les aider à prendre plaisir au travail, à trouver du sens dans leur activité professionnelle. Les entreprises financent assez facilement ce type d’action car la fierté générée par ces actions humanitaire (par le sens retrouvé) est génératrice de productivité. Mais de ce fait l’entreprise sort de son rôle et ce « débordement » des frontières naturelles est générateur de risques. L’entreprise en tant que vendeur de biens ou de services est dans son rôle, mais en tant que promoteur d’une action humanitaire est sur un tout autre terrain. Elle peut par exemple se faire critiquer sur la base d’une volonté d’instrumentalisation de la misère à des fins de communication.
- Nous sommes dans une époque de confusion des temps : production, psychique, financier, …

Parmi les nombreux éléments en évolution, la virtualisation du travail a une place particulière.

 

Jérôme Bondu 

Voici le compte rendu de la conférence (2eme partie) :
"Mondialisation des marchés, dématérialisation du travail, virtualisation des rapports humains"
Implications comportementales et psychologiques pour l’exercice du management

Animé par Evelyne Bertin
Conférence organisée le 25 octobre 2012 à 19H30
Par Jérôme Bondu président du Club IES de l’IAE de Paris Alumni

Compte tenu se sa taille, ce compte rendu sera posté en 3 parties :
I – Evolutions
II- Impact de la virtualisation
III- Autres challenges

Je précise que cet écrit n’engage que moi, et ne reflète que ma compréhension des propos de l’orateur.

INTERVENANT
Evelyne Bertin est prospectiviste et psychanalyste, conseil de dirigeants. Elle accompagne les dirigeants et hauts potentiels dans des univers internationaux.
Elle est aussi experte en santé au travail, chargé de cours au CNAM à Paris et à l’université de Saint-Quentin en Yvelines. Elle a publié « Développer le capital humain de l’entreprise » EMS Edition.

 

II- Impact de la virtualisation

La virtualisation et la dématérialisation est un des phénomènes majeurs impactant les organisations.

La virtualisation des liens humains est intéressante car elle permet plus de spontanéité, rapidité, ubiquité, … mais a aussi des conséquences néfastes :
- Les gens confondent « communiquer », « se parler » et « échanger des informations ». Ils confondent « dire les choses » et les « faires ».
- Dans la vie réelle, la présence du corps de l’autre permet d’avoir des limites. Lorsque l’on est face à quelqu’un physiquement, le langage verbal et non verbal permet de savoir clairement ce qu’il ressent. Cela est beaucoup moins vrai dans le virtuel.
- La virtualisation désincarne la relation aux autres. On dirige mal des collaborateurs que l’on ne voit pas. Il faut donc « remettre du corps » dans les relations. A ce titre les anciens militaire sont souvent de très bons managers. Ils savent que l’on ne choisit pas ses équipes, et qu’il faut savoir exploiter ce qu’ils ont de meilleur. Ils connaissent le prix de la vie, et le prix d’une perte. Ils savent qu’une construction humaine, telle une chaine, repose sur tous les maillons, y compris les plus faibles. Dans une opération militaire, on a besoin de tous : le ravitailleur, le mécanicien, … si un soldat fait défaut, tous peuvent perdre la vie. On travaille toujours pour quelqu’un. La relation au travail doit être incarnée.
- En outre, on sait que la diffusion trop large d’information provoque une déresponsabilisation.
- Les collaborateurs ont une charge mentale trop importante : On voit des PDG envoyer des mails le dimanche à 16h pour la réunion du lundi matin ! Avec bien sûr de nombreux documents à lire. On attend des collaborateurs qu’ils lisent les pièces jointes, qu’ils soient au courant, qu’ils puissent participer à la prise de décision, … autant de choses qu’ils ne peuvent pas. Cela induit beaucoup de stress.
- Lorsqu’un collaborateur ne fait plus la différence entre sa vie publique et privée, le danger est proche.

Il faut savoir maitriser la virtualisation des relations :
- Connaitre un peu les autres, y compris sur un plan personnel, est important. Et prendre le temps pour se socialiser n’est pas du temps perdu.
- Il faut réintégrer les rituels dans les entreprises : le café ensemble, le tour dans les bureaux pour serrer les mains,…
- Le danger est d’autant plus grand avec ceux qui sont dans des parcours d’excellence car ils ne voient pas leurs limites. A cela se rajoute la pression sociale : avouer être fatigué, être en proie au doute sont des aveux de faiblesse.

Voici le compte rendu de la conférence :
"Mondialisation des marchés, dématérialisation du travail, virtualisation des rapports humains"
Implications comportementales et psychologiques pour l’exercice du management

Animé par Evelyne Bertin
Conférence organisée le 25 octobre 2012 à 19H30
Par Jérôme Bondu président du Club IES de l’IAE de Paris Alumni

Compte tenu se sa taille, ce compte rendu sera posté en 3 parties :
I – Evolutions
II- Impact de la virtualisation
III- Autres challenges

Je précise que cet écrit n’engage que moi, et ne reflète que ma compréhension des propos de l’orateur.

 

INTERVENANT
Evelyne Bertin est prospectiviste et psychanalyste, conseil de dirigeants. Elle accompagne les dirigeants et hauts potentiels dans des univers internationaux.
Elle est aussi experte en santé au travail, chargé de cours au CNAM à Paris et à l’université de Saint-Quentin en Yvelines. Elle a publié « Développer le capital humain de l’entreprise » EMS Edition.

 

III- Autres challenges

Les entreprises font face à une exigence d’éthique :
- Ce mouvement est venu des Etats-Unis.
- Il est positif s’il est concret, affiché et respecté. Il est destructeur de sens auprès des collaborateurs s’il n’est qu’un affichage commercial.

La génération Y refuse un rapport d’autorité :
- Bien structuré, cela est porteur. Mal structuré, cela peut provoquer des ravages.
- Les institutions classiques (Etat, Eglise, Armée, …) qui étaient des repères forts ont disparus (ou se sont amoindris) mais sans être réellement remplacées.
- Actuellement les jeunes de la génération Y vivent l’autorité négativement, et voient cela notamment comme une atteinte à la créativité. Les managers doivent être inventifs pour gérer ces personnes.

La demande de sécurité :
- Il y a une demande constante de droit et de sécurité. Par exemple l’adhésion syndicale devient un acte de consommation, une demande de sécurité, et non plus un acte d’engagement. Or gouverner c’est prendre des risques, donc aller contre ce besoin de sécurité.

Fragilisation des collaborateurs :
- Les collaborateurs vont être dans la plainte, se mettre dans le statut très spécifique de la victime. Les Français ont une « affection » particulière pour la victime : être victime permet d’attirer la compassion, quel que soit le degré de responsabilité qu’à la victime dans son propre malheur.
- L’action managériale nécessite de réintroduire du collectif alors que les gens sont de plus en plus individualistes.
- En outre, la générosité est une qualité qui peut sembler déplacée dans le monde de l’entreprise. Cette idée est fausse, et les meilleurs leaders sont ceux qui ont le « gène de la générosité ».
- Il n’y a pas de vie sans souffrance et sans douleur. Quand on monte dans le pouvoir, les difficultés changent. Il y a une souffrance et une jouissance du pouvoir. Comprendre ce que l’on vit à chaque étape est structurant.
- Une crise est une étape transitoire et par certains côtés positive (la crise est une redistribution des cartes qui donne une chance à ceux qui n’ont pas eu les bonnes cartes). Mais pour ceux qui subissent les effets négatifs de la crise, la sortie de crise se fait d’autant mieux qu’ils ont construit un réseau relationnel et surtout qu’ils ont créé avec les autres des liens de qualité. Pour cela, il ne faut pas avoir « peur » des autres. Ceux qui naviguent le mieux sont ceux qui n’ont pas peur de l’individu. La peur venant de l’incompréhension, il faut s’ouvrir sur différentes formes de langages interpersonnels, et cultiver différentes formes d’intelligence. Il faut différencier savoir et connaissances, on n’apprend sur soi que dans la relation. Il faut accepter la part d’inattendu dans les relations.
- Il faut remplacer la notion de « crise » par la notion « d’inconnu » qui est plus positive.
- Les cadres dirigeants sont par certains égards mal outillés face aux crises. Lorsque l’on suit un parcours d’excellence on monte très haut sans être confronté à l’échec. Lorsque le choc intervient, il est d’autant plus rude que l’on n’a pas appris à s’adapter.

Jérôme Bondu