carto

Dans le cadre de ma dernière intervention à Centrale Lille sur l’intelligence économique, j’ai proposé un petit TD avec l’outil de cartographie Gephi. Les étudiants ont choisi d’analyser l’utilisation des termes liberté, égalité et fraternité dans la presse. Je vous propose dans ce billet de voir le mode opératoire, les résultats, et pour finir les biais méthodologiques.

Mode opératoire :
Les étudiants ont interrogé G$$gle Actualité avec trois requêtes complexes sur le modèle :
 intitle:liberté intitle:politique OR intitle:société
Avec un filtre temporel de mois d’un an. Et une subtilité supplémentaire dont nous parlerons plus bas.
L’idée d’imposer les mots « politique » ou « société » visait à s’assurer qu’il s’agisse d’articles dans le champ du politique ou du social. Sinon, nous allions être submergé par des articles non pertinents comme par exemple des résultats sportifs : « égalité lors du match entre le club truc et machin ».
(nb : ceux que cette requête laissent perplexes doivent de toute urgence consulter la formation sur les techniques de recherche ;-)

Nous avons ensuite compilé les résultats des trois requêtes dans un tableur.
Puis avons intégré les données dans Gephi.

Résultats :
Comme on peut le voir très facilement sur le graphe :
-Le mot « liberté » est le plus présent dans les titres des articles (79 occurrences).
-Le mot « égalité » est le second plus présent avec 56 occurrences.
-La « fraternité » est le parent pauvre avec seules dix petites occurrences.

Le Monde utilise plus le mot égalité dans ses titres, tandis que Le Figaro utilise plus le mot liberté.
Parmi les rares journaux qui ont significativement utilisé le mot fraternité dans leurs titres, on trouve La Croix, Famille Chrétienne et l’Agence Bretagne Presse…

Sur la période écoulée, DNA, l’Obs, Le Parisien, … n’ont jamais utilisé le mot égalité dans les titres.
Inversement RTL, France Inter, La Voix du Nord, L’Alsace, … n’ont jamais utilisé le mot liberté.

Une surprise :
liberté politiqueNotre travail de requêtage nous a amené à découvrir une source d’information assez cocasse : « La Fondation de service politique » a qui littéralement submergé nos premiers résultats. Cette fondation a réussi à « tromper » les algorithmes de Google dans le sens où une de ses rubriques s’intitule « liberté politique ». Et avec notre requête intitle:liberté intitle:politique OR intitle:société nous tombions sur 1600 résultats provenant de cette source, sur un total de 2200 résultats en tout ! A tel point que nous avons dû l’exclure purement et simplement avec la requête :
Intitle:liberté intitle:politique OR intitle:société -site:libertepolitique.com


Biais :
Pour finir ce court billet, il faut souligner les biais méthodologiques. Cette étude a été menée en classe en une vingtaine de minutes pour illustrer des techniques en analyse des informations. Parmi les biais on peut citer :
-    Evidemment, G$$gle Actualité n’est pas représentatif de toute la presse.
-    Ensuite, nous avons choisi une période de temps courte, et qui n’est pas représentative de l’utilisation de ces mots sur le temps long.
-    Détecter ces mots dans le titre, sans prendre en compte leur présence dans le corps du texte est aussi un parti pris.
-    La volonté d’imposer les mots « politique » et « social » est bien sûr restrictive.
-    Enfin, comme vu plus haut, nous avons dû exclure une source !

En conclusion, cette étude démontre la force d’une bonne interrogation d’un moteur de recherche couplé avec une bonne visualisation des résultats. Deux principes qui forment avec la maîtrise de l’influence et de la sécurité informationnelle l’ossature de l’intelligence économique.  

Jérôme Bondu


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Dans ta bulleQue peut-on apprendre de l’autisme savant ?


On parle de plus en plus d’autisme et notamment d’autisme savant. A titre d’exemple vous avez peut-être entendu que l’armée israélienne intégrait des autistes pour des tâches très pointues de reconnaissance d’image. Je viens de lire deux livres sur l’autisme savant. Celui de Julie Dachez « Dans ta bulle », et celui de Joseph Schovanec « Je suis à l’Est ». Et voici en quelques lignes une partie de ce que j’en retire.

Le spectre autistique est vaste, et il existe beaucoup de nuances différentes. Julie et Joseph sont Asperger ou autistes savants. Cette forme d’autisme se caractérise souvent par des compétences intellectuelles stratosphériques couplées à des failles psychosociales tout aussi profondes. Ces difficultés peuvent les empêcher de prendre un métro, de répondre à une simple question ou de décrocher un téléphone. Ne parlons pas d’un entretien d’embauche.

Leurs témoignages sont poignants de sincérité et d’humanité. L’autisme décrit dans ces livres ne s’accompagne pas d’une privation d’émotion, mais au contraire d’une sensibilité décuplée. Sensibilité souvent mise à rude épreuve durant l’enfance, jalonnée de discriminations et d’exclusions. Voire comme l’explique Joseph de tabassage systématique dans la cours de récréation.

On peut se pencher sur l’apport intellectuel de cette catégorie de la population. L’analyse des parcours de grands savants laisserait penser que beaucoup d’entre eux aient été Asperger : On cite souvent dans ce cas Mozart ou Einstein… Récemment après avoir assisté à la projection privée du film Jane à l’UNESCO, retraçant l’histoire de Jane Goodall, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’elle était très certainement Asperger.

Pour finir, et c’est sans doute le point fondamental, les deux auteurs posent la question de la normalité. Qu’est-ce qu’être normal ? Qu’est-ce qu’être anormal ? La question est d’autant plus importante que le monde numérique que nous sommes en train de construire a l’effet perverse de nous priver d’anonymat. La question de l’anormalité va donc ressortir avec plus de force. Et nous devons tous y réfléchir.
- Est-ce que s’enfermer dans un monde virtuel où le vécu ne vaut que s’il peut être posté et liké est normal ?
- Est-ce que votre utilisation d’internet est normale ? Si vous préférez surfer anonymement sur internet … est-ce normal ?
- Est-ce que l’acceptation des Chinois du système de « scoring social » est normal ?

Mille questions se posent et nous devons tous y réfléchir collectivement. Notre cécité sur ces sujets pourrait nous coûter très cher. Et l’aveuglement actuelle me fait penser que nous avons collectivement abandonné notre responsabilité numérique. On peut se demander finalement qui sont les autistes de cette grande révolution numérique ?

Deux livres à lire pour se retirer les œillères cognitives.

Jérôme Bondu

 
NB : Julie Dachez a une chaine ioutoube.  Et Josef a fait un paquet de Tedx.




Un paleoanthropologue dans l entrepriseDans cet ouvrage, Pascal Picq mène une analyse critique des organisations actuelles avec son regard de paléoanthropologue. L’étude des temps longs (ses investigations l’amènent sur plusieurs millions d’années), le respect d’une discipline scientifique, ses combats contre les idées reçues, … donne à son regard une acuité particulière.

Sa connaissance de l’entreprise s’est formée notamment par la fréquentation des Clubs APM fondée par Pierre Bellon. Pascal Picq traite d’innovation, de développement durable, du réchauffement climatique, des scléroses que connait la France. Darwin et Lamarck sont partout présents dans son livre, qu’il mêle avec de nombreuses références industrielles. Il évoque par exemple l’innovation musicale qui part de l’inventeur Edison, jusqu’à la musique en ligne en passant par le gramophone. Son adaptation des mécanismes observés dans la nature sur les entreprises est particulièrement intéressante. Il évoque par exemple l’extinction des technosaures (dinosaures de la technique).

L’ouvrage met en valeur les idées de co-évolution, coopétition, communauté écologique, partage des compétences. Tout cela est riche d’enseignements en matière d’intelligence collective, de gestion des connaissances, et d’intelligence économique (ces trois expressions ne sont pas citées mais sont sous-jacentes).

Il prône une « entreprise darwinienne » qui saurait prendre en compte son empreinte écologique, économique et sociale. Qui serait apte à modifier ses facteurs internes, tout en étant sensible aux facteurs externes.

Il évoque une lutte difficile contre l’obscurantisme portée par le retour des fondamentalismes religieux et l’incroyable illusion des croyances finalistes qui voilent notre compréhension du monde. Ces théories finalistes sont de deux ordres : celles qui font croire que le monde s’est créé en 7 jours (fixisme). Ou celles qui, dans une version plus moderne, font croire que le monde a bien évolué mais uniquement dans le dessein de porter au pinacle l’Homme. Dans ces deux conceptions, il va sans dire que la Nature serait là uniquement pour nous servir ! Ces visions égocentristes sont à la base des ravages écologiques actuels.

C’est un ouvrage à lire pour ceux qui veulent comprendre les mécanismes qui régissent le monde, pour s’adapter, innover, en un mot pour évoluer.

Jérôme Bondu


Voir mes autres fiches de lecture sur Pascal Picq
- Les origines du langage, de Jean-Louis Dessalles , Pascal Picq & Bernard Victorri
- A la recherche de l’homme, de Pascal Picq et Laurent Lemire





lemireJ’ai beaucoup apprécié le livre de Pascal Picq et Laurent Lemire « A la recherche de l’homme ».

L’ouvrage est parfois un peu technique pour le néophyte en paléoanthropologie que je suis, et je pense qu’il s’adresse plus à des personnes qui ont un minimum de connaissance en la matière.

Néanmoins, il rappelle les fondamentaux, et c’est pour cela que je l’ai lu et a apprécié. En voici une synthèse tout personnelle.

- L’homme ne descend pas du singe ! L’homme EST un singe, ou plus exactement un « grand singe » au même titre que les Gorilles, Chimpanzés, Bonono et Orang-outans. Dire qu’il « descend » (et non pas qu’il « est ») est une manière de mettre une distance avec le monde animal. C’est se placer en position de supériorité, comme le stade ultime d’une évolution (comprendre progression). Or comme l’a dit Darwin, la différence entre les Hommes et les grands Singes est une différence de degré et non de nature.
- Le « chainon manquant » ne sera jamais trouvé car il n’existe pas. Là encore il s’agit d’une barrière mise entre « nous » et les autres « hominoïdes ».
- Les classements (arbres généalogiques du vivant) réalisés à différentes périodes reflètent plus la mentalité d’une époque, qu’une réelle avancée de la science. Ces classements cristallisent et épousent la vision subjective que les Hommes ont eue à un instant donné du monde animal.
- Le travail de réflexion sur nos relations avec le monde animal requiert un abandon absolu de nos préjugés, qu’ils soient politiques, religieux, moraux, idéologiques, …
- Notre vision actuelle est encore empreinte de siècles de préjugés moraux. Nous (Français du XXIème siècle) ne pouvons-nous en détacher complètement tant le poids des préjugés est lourd.
- Par avanie, nous préférons rechercher l’origine de l’Homme du côté du ciel plutôt que du côté de la terre. Pire : nous sommes en train de massacrer (sciemment ?) les derniers représentants des grands singes dont l’étude objective nous apprendrait énormément de chose sur ce que nous sommes. En l’espace d’une génération, nous aurons massacré les autres grands singes … Soit directement (par la chasse) soit en réduisant leur espace de vie (déforestation pour le commerce du bois ou la culture de l’huile de palme).
- Peut-être qu’avec ce massacre insensé de nos « cousins » nous espérons nous couper de la branche qui nous a porté. Mais nous allons plus sûrement couper la branche sur laquelle nous sommes assise !

Jérôme Bondu

Voir aussi
Les origines du langage, co-écrit par Pascal Picq.
Les animaux ont-ils une âme ?

 

NB : En tant que professionnel de l’intelligence économique, l’étude de nos rapports aux animaux m’intéresse en ce qu’elle est un témoin de notre difficulté de distanciation par rapport à un sujet étudié. La problématique pouvant se poser ainsi : Comment mener une analyse saine et sereine quand nous sommes juge et parti ?
Tous les analystes doivent faire ce travail de distanciation quand ils étudient des cibles (la concurrence, des groupes de pression, …) qui impactent leur organisation.



Petit billet pour rappeler de faire quand même un minimum attention aux propositions de contacts sur LinkedIn. 

Ce n’est pas compliqué de passer quelques secondes à regarder si le profil est crédible ou pas. Bien sûr, si vous avez 150 demandes par jour cela peut être compliqué. Mais si vous êtes un profil normal (comme moi) avec quelques demandes par jour, cela vaut le coup de faire attention.
Voici un petit florilège de faux comptes, photos à l’appui, et des signes qui devraient vous mettre la puce à l’oreille.

1/ Le profil a peine maquillé

Ici, le faussaire a carrément repris la photo d’une des plus célèbres femmes françaises. Je vous laisse deviner qui. Il ne s’est pas vraiment foulé.

faux contact Linkedin badinter

2/ Le profil trop parfait

Là le faussaire a voulu mettre toutes les chances de son côté pour capter sa cible. Il a multiplié les comptes plutôt séduisants. Le hic c’est qu’il a repris un même nom de poste et une même entreprise. Ce qui voudrait dire que la société STR a six postes de directeur/directrice marketing, dont certain(e)s pourraient faire la Une de magazines de mode (voir les profils de Sophie et Nicole). Quand la photo est trop belle, personnellement, je me méfie instinctivement.

faux contact Linkedin STR

3/ Le profil incohérent

Là c’est un profil d’une personne qui travaille dans une société nippone.

Il y a trois problèmes.
- D’abord, cette personne a un profil vide.
- Ensuite, elle n’a que 36 contacts. Ce qui n’est pas un mal en soi, il faut bien commencer un jour. Mais pourquoi me demander moi, pauvre petit frenchi, à la création de son compte. Pourquoi n’a-t-elle pas intégré ses -certainement nombreux- amis japonais. Ce n’est pas logique.
- Enfin, et c’est ce qui m’a poussé à écrire ce billet. Sur ses 36 amis, 29 sont des amis communs. C’est-à-dire que cette personne vise particulièrement des personnes dans l’intelligence économique. Et le pire, c’est que 29 d’entre eux sont tombés dans le panneau. Bon, je ne jette pas la pierre, j’ai dû aussi accepter une palanquée de faux profils.

faux contact Linkedin TCI

Sans compter qu'une petite recherche spécifique confirme que ce nom est inconnu. 
- La première requête ramène vers une page vide de Facebook.
- La seconde montre que ni son nom ni son prénom ne sont présents sur le site de son entreprise. 

faux contact Linkedin TCI verif

4/ Le profil difficile

Dernière demande en date, le profil ci-dessous.
Le personnage existe réellement comme le prouve cette photo trouvée grâce à Google image (on peut aussi utiliser Tineye pour la recherche d'image). 

ismail ismail5

Il y a quelques incohérences :
- Comme avoir indiqué parler l'espagnol alors qu’il aurait logiquement dû indiquer arabe et anglais.
- Et comme le choix parmi ses centres d'intérêt d'une université qu’il n’a pas suivie ! Mais bon, cela n'emporte pas la décision. 

Pour des cas difficiles comme celui-là, mon conseil est d’attendre… Et de revenir quelques jours plus tard pour voir comment le profil a évolué. Souvent cela permet de faire le bon choix.

Et en effet, après avoir attendu quelques jours je vois que ces centres d’intérêt ont radicalement changé.
- Sur la première image ci-dessous on peut lire ses centres d'intérêt le jour de sa demande.
- Sur la seconde image on voit ses centres d'intérêt une semaine plus tard.
Ce changement est sûrement fait pour appâter de nouveaux contacts potentiels.
Le doute est ainsi levé. Direction poubelle ;-)

ismail4

ismail7

Bien sûr, il n'est pas question de faire des captures d'écran sur chacun des profils louches qui nous demandent en contact. Ces captures ont été réalisées pour illustrer cet article. Mon dernier conseil est simple : n'acceptez pas tout de suite un profil dans lequel vous trouvez des incohérences. Revenez une semaine plus tard. Si vous voyez encore des incohérences, dans le doute, supprimez. Mieux vaut la qualité que la quantité. 

Mon grand-père m’expliquait que l’on reconnait un bon artisan au soin qu’il porte à ses outils. C’est toujours valable, même si nos outils sont de plus en plus numériques.

Jérôme Bondu

 

 

Dans ce quatrième article je présente un zoom sur quatre sources presse. (Attention il est très important de lire la méthode suivie pour comprendre ces cartes).

 

Le Monde a cité les huit candidats analysés dans cette étude (je rappelle qu’il s’agit de détecter quelles sources citent un nom de candidat et le mot « candidat » dans les titres d’article, et ce sur une période de moins de 6 mois). Le taille des liens est proportionnelle aux nombres des citations. 

election lemonde

Le Figaro a été plus sélectif et a surtout cité Macron (le lien est plus épais).

election lefigaro

Idem pour BFM qui lui a plus cité Valls.

election bfm

Sud-Ouest ne cite que Fillon et Macron.

election sud ouest

 

Cette étude, menée initialement avec un groupe d'étudiants à qui je donnais un cours d'intelligence économique, montre la force de requêtes complexes sur un moteur de recherche couplé à un outil de cartographie puissant (comme Gephi) pour aider à l'analyse ... CQFD

 

Jérôme Bondu

 

 

Je continue ma petite étude « Cartographie de la presse et des candidats à l'élection ». Ceci est le troisième article, et présente un zoom sur la couverture médiatique de Le Pen. (Attention il est important de lire la méthode suivie pour comprendre ces cartes [Article 1] [Article 2]).

Le Pen est très loin derrière. Ceci m’a étonné et j’ai placé plus bas quelques captures d’écran avec la requête d’interrogation utilisée sur Google Actu. On notera qu’il y a des sources en langue anglaise comme Sputnik (je n’avais pas présélectionné « Langue Française »).

Ces captures d'écran proviennent de l’outil Gephi. Ce sont des captures "de travail". Elles ont été prises à un stade intermédiaire de préparation de la cartographie. Ceci explique que certains nom de journaux soient peu lisibles (certains lettre sont masquées).

 

Ce graph présente la somme des articles qui ont mentionné dans le titre un nom de candidat et le mot "candidat" sur les six derniers mois :

stat

 

Cette cartographie présente les journaux qui ont cité les mots "Le Pen" et "candidat" dans le titre d'au moins un article sur les six derniers mois.

election lepen2

 

Cette capture d'écran présente la requête effectuée sur Google Actu à propos de Le Pen

election google actu lepen

 

Cette capture présente une partie des résultats et montre bien les résultats en langue anglaise et notamment de la source Sputnik.

election google actu lepen2

 

Jérôme Bondu

 

 

Pour compléter le post du 19 janvier « Cartographie de la presse et des candidats à l'élection » je vais publier quelques articles présentant des éléments complémentaires.

Ceci est le second article, et présente un zoom sur la couverture médiatique de 3 candidats.

La couverture presse est très différente selon les candidats comme les cartes ci-dessous le prouvent. (Attention il est important de lire la méthode suivie pour comprendre ces cartes).

Ces captures d'écran proviennent de l’outil Gephi. Ce sont des captures "de travail". Elles ont été prises à un stade intermédiaire de préparation de la cartographie. Ceci explique que certains noms de journaux soient peu lisibles (certains lettre sont masquées). 

 

Fillon et Macron ont bénéficié d’une grosse couverture

election macron

 

election fillon

 

Valls a moins été cité

election valls

 

Le Pen est très loin derrière comme je le présente dans un pochain billet.  

 

Jérôme Bondu

 

 

 

patou mathisVoici le compte rendu de la conférence de Marylène Patou-Mathis au Club IES. On pourra aussi visionner la vidéo de son intervention. Ce compte rendu a été écrit par David Commarmond avec ma partitipation. Bien sûr comme pour chaque compte rendu, cela ne reflète que ce que nous en avons compris et n'engage pas l'intervenant. 
Voir la présentation du Club IES.

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Les guerres et les conflits ont forgé une partie de notre histoire tout au long des millénaires. Ils ont contribué à influencer notre imaginaire et notre vision du monde. Cette violence trouve-t-elle ses racines dans les premiers âges de l’humanité ou est-elle plus récente ? Est-elle naturelle ou culturelle ? De quelles preuves archéologiques disposons-nous pour résoudre cette énigme ?

Marylène Patou-Mathis est une préhistorienne spécialiste des comportements des Néandertaliens. Elle est directrice de l’équipe « Comportements des Néandertaliens et des Hommes anatomiquement modernes replacés dans leur contexte paléoécologique ». Au travers de l’étude de l’alimentation, de la chasse et des comportements sociaux des premiers hominidés, elle nous apporte des réponses.

Quelle sont les conditions de vie des chasseurs cueilleurs ?

Le cannibalisme rituel
Si le cannibalisme est aujourd’hui l’acte le plus violent qu’un être humain puisse commettre sur un autre membre de son espèce, cet acte est circonscrit dans notre imaginaire à des populations reculées géographiquement comme la Papouasie Nouvelle-Guinée ou d’Indonésie. Autant dire des cultures particulièrement lointaines et isolées pour nous autres occidentaux. Et encore, parmi ces peuples, nombre de ceux-ci ont arrêté la consommation de chair humaine depuis presque un siècle. Pour trouver des actes similaires dans notre culture, il faut rechercher des épisodes tragiques de famine, de naufrage ou de détresse qui ont acculé des groupes à commettre cet acte.

Au vu du matériel humain étudié à Gran Molina site datant de 780 000 ans, de Baume Monta-Guercy en Ardèche (100 000 ans), Gasgh dans le Somerset (87 000 ans), ce cannibalisme des temps anciens (comme le révèle les ossements retrouvés) est soit rituel, soit alimentaire, mais non précédé de violence. Il concerne dans une grande majorité de cas soit un nombre peu élevé d’individus (un ou deux membres de la tribu) soit une autre tribu. Cette pratique s’étend sur plusieurs millénaires.

L’impact de l’environnement
Pour mieux comprendre cette pratique, il faut comprendre l’environnement des chasseurs-cueilleurs. La race humaine a frôlé l’extinction il y a six millions d’années : Les groupes humains sont peu nombreux. La population humaine sur la zone qui sera l’Europe avoisine le million d’individus. Il n’y a donc « pas foule » sur le continent, les communautés humaines réunissent environ une trentaine d’individus et chacun de ses membres est important. Chaque personne remplit dans le groupe un rôle essentiel : une force de travail, une capacité de reproduction, est dépositaire d’un savoir-faire et de connaissances. Perdre un ou plusieurs membres est un drame qui peut mettre la survie du groupe en jeu.

Le contient Européen présente pendant la période glaciaire un climat rude (même si les préhistoriens du 19e et 20e siècle en ont exagéré la description). Ce continent offre de vastes territoires de chasse, des zones de climats plus ou moins favorables, les saisons sont marquées et les chasseurs-cueilleurs se déplacent au gré de leurs besoins, de camps en camps pour des périodes plus ou moins longues. Ils suivent les déplacement des troupeaux de cervidés, d’animaux sauvages qui parcourent les plaines et qu’ils chassent. Les glaciers retiennent l’eau, ils permettent de passer d’un territoire à un autre, le niveau de la mer, beaucoup plus bas, libère de larges vallées aujourd’hui englouties. Ce qui sera l’Angleterre est encore relié au continent.

La place de l’animal
L’animal dans la société des chasseurs-cueilleurs occupe une place centrale. Ces derniers lui vouent un immense « respect ». L’acte de chasse ne s’apparente pas à une boucherie, c’est un acte sacré. On prélève ce dont la tribu a besoin. La distance entre l’homme et l’animal est faible. L’animalisation de l’homme dans ce contexte est moins incompréhensible. Le sacrifié est associé à une dimension spirituelle. Dans certains cas, pour conjurer « un sort », quelque chose qu’il ne comprend pas, l’homme néandertalien choisi de sacrifier parmi ses frères, une personne importante.

La chasse est dangereuse, les accidents sont nombreux et il n’est pas rare de voir revenir des hommes blessés. Parfois les pertes sont importantes et les accidents mortels peuvent mettre en jeu la survie du groupe.

Les corps retrouvés dans les nécropoles et qui ont été étudiés, présentent souvent des traces de projectiles, pieux, chocs, mais il est difficile voire impossible de savoir si le coup porté est volontaire ou non. Si dans 90 % des cas la cicatrisation se faisait sans problème, il n’en demeure pas moins que c’était une activité risquée, laissant des traces sur les corps.

Quand la mort survient, le défunt peut conserver encore des liens dans la communauté. En effet le traitement rituel des ossements laisse apparaître après la mort un usage cérémoniel, comme par exemple l’utilisation du crâne comme récipient (coupe). La signification de ces actes est perdue : Lien entre mort et vivant ? Cérémonie du passage à l’âge adulte ?

Pendant toute la période glaciaire le peuplement demeure faible et la population croît très lentement. Le territoire est riche en animaux et plantes. La société qui en découle est basée sur le partage et la coopération, elle a peu de hiérarchie. Les tombes reflètent cet état d’esprit. Les sources archéologiques de ces périodes montrent en effet des tombes homogènes, avec peu d’éléments distinctifs.

Au final les sites sur lesquels on peut voir des actes de violence avérés sont rares. Il y en a néanmoins quelques-uns : il y a des traces certains de conflit sur le « site 117 », une nécropole de 59 squelettes, où sur plusieurs siècles des corps ont été enterrés. Ou encore sur le site de Nataruk ou 27 individus et 14 squelettes ont été enterré, la grande majorité des corps semblent être liés à des conflits interpersonnels.

Qu’est-ce qui est à l’origine de ces violences ?

Au néolithique, plusieurs ruptures interviennent :

Au niveau climatique, le réchauffement modifie les territoires, libère de nouveaux espaces et en fait disparaître d’autres. Ces changements se retrouvent dans les peintures qui nous sont parvenues. La démographie augmentant, les chasseurs-cueilleurs deviennent plus « sédentaires », la pression se fait plus forte sur les individus et l’exploitation des ressources. Peu à peu, le sens de la propriété prend forme ainsi que la spécialisation des individus. Le surplus de production engendre de nouveaux besoins de stockage (silos), de nouveaux circuits d’échanges et de commerce. Tandis qu’en parallèle se poursuit l’évolution de la domestication des animaux et des plantes.

Ces évolutions modifient la société et son organisation avec l’apparition de castes, de chefs, le développement du patriarcat. L’homme devient une figure importante et les divinités deviennent masculines.

Ces évolutions ne sont pas sans impacts négatifs. Par exemple le cochon, nouvellement domestiqué, partage l’environnement proche des hommes. Au fil des générations, la proximité permet aux virus de migrer et de déclencher des épidémies. Epidémies incomprises par les populations, qui pour mettre tenter de les éradiquer sacrifie aux forces de la nature une femme et/ou un enfant.

L’agriculture transforme profondément la société et les sépultures. Et de nouvelles questions se posent comme celle de la propriété des champs, et des surproduction contenues dans les silos ! La réponse est apportée par le plus fort : on voit transparaitre dans les restes archéologiques des classes sociales, des propriétaires entouré de travailleurs. On retrouve cette hiérarchie dans les tombes, ou au centre, le chef décédé est entouré de sacrifiés. L’analyse du corps du « chef » montre que celui-ci a eu toute sa vie une bonne alimentation, tandis que les « travailleurs » présentent des carences. La pratique des sacrifices est plus régulière et concerne les mêmes groupes familiaux.

La maîtrise des métaux et la métallurgie est une autre étape qui permet l’apparition de trésors et de caches, et le développement du culte du guerrier. L’arc est une innovation technologique qui bouscule les équilibres et transforme la chasse.

A cette époque, les Néandertaliens disparaissent et seul subsiste Sapiens. Et l’idée principalement rependue est que les Néandertaliens sont des brutes féroces. Pourquoi une telle différence entre les preuves archéologiques et notre imaginaire ?

Pourquoi cette croyance dans une violence primitive ?

Cette croyance est partagée par une vision scientifique et populaire depuis longtemps.

Pour les scientifiques, le passé archaïque est vu comme primitif. Ce qui est sauvage est inférieur et donc simiesque. Ce paradigme est dominant pendant tout le 19e siècle et une bonne part du 20e siècle, jusqu’à encore récemment. On le retrouve dans l’iconographie, la littérature, les expositions et bien d’autres sciences. Les musées véhiculent cette image, justifiant la continuité de cette violence et donc du comportement. Ainsi le musée de l’armée présente dans ses vitrines les armes de chasse comme des armes de guerre. Les magazines illustrés diffusent de nombreuses histoires. Les romans préhistoriques deviennent un genre en eux-mêmes, la guerre du feu est l’un des plus connu qui nous sont parvenus. Le ressort de la violence étant récurrent.

Par exemple Thomas Hobbes philosophe anglais du 16e siècle a une influence considérable sur la pensée occidentale concernant la nature de l’homme (auteur du « Léviathan »). Il est l’un des premier à imaginer l’État de nature comme un état préexistant à la société de l’homme. Hobbes décrit les relations humaines comme un état de “guerre de tous contre tous”, dominé par la bestialité des rapports. Et c’est à partir de ce postulat (il est l’auteur de “l’homme est un loup pour l’homme”), qu’il bâtit sa théorie du Léviathan : “Tout ce qui résulte d’un temps de guerre, où tout homme est l’ennemi de tout homme, résulte aussi d’un temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle que leur propre force et leur propre capacité d’invention leur donneront. Dans un tel état, il n’y a aucune place pour une activité laborieuse, parce que son fruit est incertain; et par conséquent aucune culture de la terre, aucune navigation, aucun usage de marchandises importées par mer, aucune construction convenable, aucun engin pour déplacer ou soulever des choses telles qu’elles requièrent beaucoup de force; aucune connaissance de la surface de la terre, aucune mesure du temps; pas d’arts, pas de lettres, pas de société, et, ce qui le pire de tout, la crainte permanente, et le danger de mort violente; et la vie de l’homme est solitaire, indigente, dégoûtante, animale et brève”

Autre exemple Freud, passionné d’archéologie, développe sa thèse œdipienne sur la horde primitive, dans le célèbre livre Totem et Tabou (1912) : « Dans la horde primitive, les fils, auxquels le père interdit l'accès aux femmes, se révoltent, tuent le père et le mangent. Tous les instincts se déchaînent au cours d'une fête. Mais le complexe paternel est ambivalent. Le père était haï, mais aussi aimé et admiré. Les fils, après leur crime, ressentent un fort sentiment de culpabilité. Loin de se partager leurs mères et leurs sœurs, ils y renoncent et instituent l'exogamie. Seul le sacrifice de l'animal totémique, avec la consommation de sa chair, va commémorer, à une date rituelle, l'événement originaire. »

Pour conclure : D’après les dernières données archéologiques ces théories sont erronées. Nous ne descendons pas d’un singe tueur, la sauvagerie intérieure est une construction mentale. L’empathie, l’altruisme serai des catalyseurs de l’humanisation.
La guerre n’apparaît pas comme consubstantielle de la nature humaine, mais un produit de la société et surtout de la possession. La violence est un antidote à la peur, comme les dieux, les esprits qui sont présents dans toutes les civilisations. La violence est donc « culturelle » plus que « naturelle » !

Marylène Patou-Mathis est intervenue le 24 novembre 2016 au Club IES.

 

David Commarmond & Jérôme Bondu 

Pour en savoir plus :
Hominides et Monde Diplo  
Voir la conférence d'Ali Laïdi sur l'Histoire de la Guerre économique Mondiale 

 

patou mathis video2Je vous recommande l'excellente conférence de Marylène Patou-Mathis sur le thème : "Préhistoire de la violence et de la guerre".
Marylène répond à des questions fondamentales : Quelle est l'origine de la violence ? Quels sont les faits générateurs de la violence ? Quels enseignements pour notre avenir ?

Cette conférence est la 131 ème organisée dans le cadre du Club IES / Réseau Inter-ligere.
Je rappelle que le Club a pour vocation à réunir des personnes intéressées par l’intelligence économique sous toutes ses formes : rôle et place de l’information, techniques de veille, influence, rumeur, sécurité informationnelle. Voir la liste des précédentes conférences.

En guise d'introduction pour la conférence de Marylène Patou-Mathis, voici la présentation de son ouvrage sur le site de l'éditeur :

"L’Homme a-t-il toujours été violent ?

La guerre est-elle consubstantielle au genre humain ou est-elle inhérente à la construction des sociétés modernes ?

Nourri par les recherches scientifiques, le débat sur le pourquoi de la violence n’en finit pas de rebondir. Il donne à la querelle qui opposait Rousseau (le « bon sauvage ») à Hobbes (« l’homme est un loup pour l’homme ») une actualité toute nouvelle.

Pour en finir avec les approches caricaturales, Marylène Patou-Mathis propose avec ce livre une vaste enquête qui croise les données de l’archéologie et de l’anthropologie. Explorant les raisons qui ont transformé les chasseurs-cueilleurs en sociétés guerrières – sédentarisation et changement d’économie, avènement du patriarcat, apparition des castes –, elle pointe aussi le rôle des croyances et met en évidence l’existence d’une violence antérieure à l’apparition de la guerre.

Ainsi se dessine peu à peu le portrait d’un homme préhistorique, dont la violence exprime surtout ses peurs et ses premières pensées existentielles : humain, trop humain."

Prochaine conférence : Histoire mondiale de la guerre économique

La prochaine conférence du Club restera dans le thème de la guerre.
Nous recevrons Ali Laïdi qui évoquera une « Histoire mondiale de la guerre économique ». Inscriptions ouvertes en ligne

Jérôme Bondu

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