Mémoires Vives Edward SnowdenJe recommande chaudement « Mémoires Vives » d’Edward Snowden. Un livre que tout le monde devrait lire. Voici ci-dessous quelques morceaux choisis…

Si c'est un homme ...

D’abord, Edward Snowden se présente de la manière la plus humaine possible. Il parle de son enfance, de ses racines, de ses valeurs, de sa maturation intellectuelle, de la découverte de l’informatique :
- Il évoque ses astuces pour analyser les gens « Il faut toujours laisser les gens vous sous-estimer. Parce que quand ils sous-évaluent votre intelligence et vos aptitudes, ils ne font que souligner leurs propres faiblesses ». J’avoue avoir utilisé cette méthode. Je confirme c’est infaillible.
- Etonnamment pour quelqu’un de secret, il parle de son utilisation de sites de rencontre. Mais en profite pour piquer au passage Facebook « Je me suis inscrit sur HotOrNot.com, le site le plus utilisé au début des années 2000, juste avant RateMyFace et AmIHot (Mark Zuckerberg, alors très jeune, a combiné leurs points forts dans Face-Mash, qui allait devenir Facebook). »

Surveillance de masse

Comme on peut s’en douter il étrille le système :
- À commencer par le ministère pour lequel il a travaillé : « l’Homo contractus, une espèce que l’on rencontrait à tous les étages de l’État 2.0. Cette créature, loin d’être un fonctionnaire assermenté, était un travailleur temporaire dont le sentiment patriotique était motivé par le salaire, et pour qui le gouvernement fédéral représentait moins l’autorité suprême que le plus gros client ».
- « Aux États-Unis, le travail de renseignement incombe aussi fréquemment à des employés du privé qu’à des fonctionnaires ».

Il s’insurge contre l’hyperpuissance des États-Unis, la surveillance de masse et l’absence de contrepouvoir :
- « Il reste que les États-Unis conservent l’hégémonie en la matière et qu’ils contrôlent l’interrupteur à même de connecter ou de déconnecter pratiquement le monde entier à volonté ».
- « Etant donné le caractère américain de l’infrastructure des communications mondiales, il était prévisible que le gouvernement se livrerait à une surveillance de masse ».

Le cloud, meilleur outil de la CIA

Il explique la philosophie du système de surveillance :
- « Il ne faut pas envisager les métadonnées comme des abstractions inoffensives mais comme l’essence même du contenu : elles sont précisément la première source d’information exigée par celui qui vous surveille (…) En somme, les métadonnées peuvent apprendre à celui qui vous surveille pratiquement tout ce qu’il a envie ou besoin de savoir sur vous».
- « En technologie, il n’existe pas d’équivalent au serment d’Hippocrate».
- « Ce cloud, Dell le vendait à la CIA ou bien aidait Amazon, Apple et Google à le fourguer à leurs clients (…) avec le cloud, la CIA sera en mesure de savoir qui sur terre a lu tel ou tel fichier ». Vivement un cloud souverain!
- « Au terme d’une décennie de surveillance de masse, l’informatique a prouvé qu’elle servait davantage à brider la liberté qu’à lutter contre le terrorisme»

Prism, Upstream Collection, XKEYSCORE

Puis on en vient aux détails des rouages :
- « PRISM a permis à la NSA de collecter régulièrement des données auprès de Microsoft, Yahoo !, Google, Facebook, Paltalk, Youtube, Skype, AOL et Apple, dont des e-mails, des photos, des chats audio et vidéo, des historiques de navigation, des historiques de recherches et tout autres données susceptibles d’être abritée sur le cloud, transformant ces entreprises en des complices tout à fait conscients de ce qu’ils faisaient ».
- « Pris ensemble, PRISM (qui collecte des données sur les serveurs des fournisseurs de services) et Upstream Collection (qui collecte directement des données sur les infrastructures d’Internet) garantissaient que toutes les informations du monde, qu’elles soient stockées ou en transit, étaient bien surveillables».
- Il évoque beaucoup d’autres solutions, comme TURBULENCE, QUANTUM, XKEYSCORE

Il casse le mythe du « je n’ai rien à cacher » :
- « Il n’est tout simplement pas possible de fermer les yeux sur la vie privée. Nos libertés sont solidaires et renoncer à notre vie privée, c’est renoncer à celle de tout le monde »

Puis on revient à la fin du livre sur les éléments plus personnels : le rôle des médias, ses contacts avec les journalistes, les précautions à prendre pour sa fuite, les gens qui l’ont aidé, ses relations avec sa compagne, sa fuite, Moscou et l’exil…

Seule petite contrariété, la traduction française est bâclée. Sans doute par précipitation pour respecter une date de sortie mondiale. J’ai repéré nombre de formulations vraiment tristes « le réseau grâce par lequel » (p10) « une unité centrale Intel 186 de 25 mégahertz » (p47 … ce ne serait pas plutôt d’un microprocesseur qu’il s’agit ?) … Bon bref… cela n’est qu’un détail. Le livre est à lire !

Attention, comme Edward Snowden le dit en fin d’ouvrage, il peut être bon d’acheter le livre en liquide dans une librairie. Si vous payez en carte où en chèque, ou pire, horreur des horreurs sur Amazon, vous rentrerez dans la machine de la NSA ! À moins que vous n’y soyez pas déjà *.

Pour rappel Edward Snowden a demandé deux fois l’asile en France. Je fais parti de ceux qui disent que ce serait un honneur pour nous de l’accueillir. J’organise une réunion sur Lille pour en parler. Il y en aura une ensuite sur Paris.

Jérôme Bondu

* : d'ailleurs j'annonce à tous les lecteurs de ce billet, que vous êtes désormais fiché "extrémiste" dans la nomenclature de la NSA ! **


** : nan, je déconne bien sûr !






vécu jerome bonduJ’ai eu le plaisir d’être interviewé par Gabin Formont, pour la chaine Vécu, sur le thème de la révolution numérique.
Gabin avait repéré le montage dans lequel j’expliquais que si l’on peut faire une requête vocale … c’est qu’un micro est actif ! Il faut dire que différents chaines se sont emparées de ce montage (que je n’ai pas réalisé moi-même) et qu’au total cela totalise plus de 7 millions de vues. Gabin m’a proposé en parler en direct sur sa chaine.

Durant notre échange, il est question :
- des impacts de la révolution numérique,
- de la place des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft),
- des modèles économiques des grandes boutiques du web,
- de la souveraineté numérique,
- de la place de l’Europe, prise en sandwich entre le modèle américain de commercialisation de nos données, et le modèle chinois d’étatisation de nos données…

Lors du montage (que cette fois-ci j’ai réalisé moi-même), j'ai placé les liens des sites mentionnés, et ai réalisé quelques corrections. Tout ce qui est donc avancé est prouvé et certifié.

Bonne visionnage (ici),

Pour des informations :
- sur les opérateurs de recherche,
- sur la maîtrise d’internet,
- sur le livre « Maitrisez internet … avant qu’internet ne vous maitrise »

Jerome Bondu





xdel 100 fichesJ’ai lu le dernier livre de Xavier Delengaigne « 100 fiches pour organiser sa veille sur Internet ». Ce n’est pas un coup d’essai car le livre en est à sa 3ème réédition.

Même pour le vieux routier de la veille que je suis, il y a toujours des éléments intéressants à apprendre ou retrouver. J’ai corné pas mal de pages, où j’ai détecté des outils intéressants. Quelques exemples :
- Outils pour télécharger une vidéo.
- Outils de visualisation de résultats
- Outil de scraping, anti-plagiat, de podcast…

C’est une bonne boite à outil.

Xavier a l’écriture facile, et a à son actif plus de 20 livres. On pourra retrouver deux de mes anciennes chroniques :
- A lire : La méthode MapWriting, de Xavier Delengaigne et Franco Masucci
- A lire : 101 astuces pour mieux penser, de Xavier Delengaigne
- On pourra aussi consulter le compte rendu de la conférence qu’il a donné au Club des Veilleurs de Lille.
- Et bien sûr aller sur son site.

En conclusion de son livre Xavier cite Gaston Bachelard « Celui qui trouve sans chercher est celui qui a longtemps cherché sans trouver ». J’adore !

Bonne lecture,
Jérôme Bondu



test requete google
Très peu de personnes savent bien utiliser un moteur de recherche. En effet utiliser un moteur de recherche avec deux ou trois mots clés revient à laisser au moteur le choix des résultats qu’il va mettre en avant. C’est confier à l’outil l’effort de réflexion que l’internaute devrait avoir. Cet effort, il va le payer sous une forme particulière : des résultats plus ou moins pertinents, saupoudrés d’annonces publicitaires. Afin de pallier à ce problème on peut utiliser les fonctionnalités avancées proposées par les moteurs de recherche, et notamment les « opérateurs de recherche » (plus simplement appelées « opérateurs » ou « commandes »).

Un opérateur est un élément que l’on peut placer dans la requête et qui sert à préciser ce que l’on recherche. Le tableau ci-dessous présente les opérateurs les plus intéressants, leur utilisation, un exemple de formulation, et une approximation du nombre de résultats dans Google. Prenons l’exemple d’une recherche sur le développement durable.

Opérateur

Utilisation

Exemple

Nombre de résultats (1)

AND

L’opérateur AND ne s’écrit pas dans une requête. Il se matérialise par un espace (ce que tout le monde fait naturellement). AND est l’opérateur que chacun utilise sans le savoir. Il impose au moteur de rechercher chacun des mots.

Développement durable

229 millions

« … »

Les guillemets encadrant plusieurs mots imposent au moteur de trouver l’expression exacte. Il convient d’écrire les mots avec la bonne accentuation. La casse (majuscule / minuscule) n’est pas prise en compte.

"Développement durable"

35 millions

OR

OR permet de rechercher un mot OU un autre. C’est le seul opérateur qui doit obligatoirement être écrit en majuscule.

"Développement durable" solaire OR éolien

11 millions

NOT

L’opérateur NOT s’écrit en plaçant le signe moins (-) devant un mot et permet d’exclure ce mot. Le signe moins peut aussi se placer devant un autre opérateur.

"Développement durable" solaire OR éolien -fossiles

8 millions

 
intitle:

intitle: placé juste devant un mot ou une expression impose au moteur de les rechercher dans un titre.

intitle:"Développement durable" solaire OR éolien
-fossiles

25 000

site:

site: placé devant un nom de domaine impose au moteur de rechercher des résultats uniquement dans le site mentionné.

site:gouv.fr intitle:"Développement durable" solaire OR éolien
-fossiles

465

inurl:

inurl: placé devant un mot impose au moteur de rechercher ce mot dans une adresse internet (que l’on appelle une URL).

Dans la requête ci-joint nous allons rechercher le mot « data » dans l’URL.

inurl:data site:gouv.fr intitle:"Développement durable" solaire OR éolien
-fossiles

8

filetype:

filetype: placé devant une extension (PDF, DOC, PPT, XLS...) impose au moteur de rechercher le format correspondant.

filetype:pdf site:gouv.fr intitle:"Développement durable" solaire OR éolien
-fossiles

163

 

(1) Nombre de résultats approximatifs. Testé le 5 octobre 2019.

Sur le même sujet :

- Les opérateurs de recherche – le plus beau mensonge par omission de Google
- Etes-vous analphaNet ? Savez-vous rechercher des informations sur Internet ?
- Formation: C1- Savoir rechercher et veiller sur internet.




quote what the book does as a technology is shield us from distraction nicholas g carr 149 40 60

J’ai lu le très bon livre "Internet rend-il bête ?" de Nicholas Carr. Le livre porte sur la transformation de notre cerveau avec la pratique d’internet.
Je partage mes notes de lecture en trois billets distincts. Voici le troisième et dernier (lire le premier, et second billet).

Parmi nos capacités cognitives les plus en danger, il y a notre capacité de mémorisation

Dans le chapitre "Cherche, mémoire, cherche" Nicholas Carr s’intéresse aux processus mémoriels.
- L’auteur explique d’abord que nous avons deux types de mémoire : mémoire de travail, et mémoire long terme qui passe par la création de nouvelles synapses. La mémoire de travail est sursaturée, et la création de nouvelles synapses en amoindrie. L’auteur ne cite pas l’effet Skinner mais on peut voir internet comme une gigantesque "boite de Skinner" ! 
- La mémoire c’est de l’attention, du temps et de la répétition. Or Internet capture notre attention, notre temps et ne nous permet pas de nous remémorer ce qui est important. "La Toile, elle, est une technologie de l’oubli".
- Il explique ensuite que sans mémoire l’homme n’a pas d’intelligence. Or à sous-traiter notre mémoire nous allons perdre notre intelligence.
- "Le fait de confier la mémoire à des banques de données extérieures ne met pas seulement en danger la profondeur et l’individualité du moi. Il menace aussi la profondeur et le caractère distinct de la culture que nous avons tous en commun".

Outre la mémorisation, c’est notre essence humaine même qui est en danger

Dans le dernier chapitre "Une chose qui est comme moi" Nicholas Carr lâche ses dernières cartouches en s’appuyant sur de nombreuses études scientifiques.
- Il relate le travail de Joseph Weizenbaum qui dans les années 60 a fait un programme d’analyse du langage (Eliza) qui allait faire grand bruit. Les conclusions de l’informaticien sont que nous ne faisons qu’un avec les outils que nous utilisons. Nous réfléchissons à travers eux, et en retour ils transforment notre vision du monde. Une expression que j’affectionne particulièrement illustre bien cette idée "Quand on a un marteau dans la main, tous les problèmes ont la forme d’un clou". On pourrait ainsi dire que l’omniprésence des ordinateurs et d’internet nous fait voir le monde qu’au travers de ces outils. Plus on se sert d’internet, "plus on se moule dans sa forme et sa fonction". "Le prix que nous payons pour prendre à notre compte la puissance de la technologie est l’aliénation".
- Une expérience édifiante de Christof van Nimwegen en 2003, prouve qu’utiliser des logiciels trop faciles tue notre esprit critique, notre capacité de raisonner et de résoudre des problèmes. Les médias sociaux avec leur obsession de faciliter l’accès aux données nous rendent en réalité un très mauvais service.
- Une autre constatation de James E. Evans est riche d’enseignements. Il a comparé la variété des citations dans des ouvrages scientifiques sur des dizaines d’années. Sachant que le Net apporte plus de facilité pour trouver des citations, il s’attendait à trouver une plus grande variété de citations après 1990. Or il a découvert le contraire "plus les revues se publiaient en ligne, moins les universitaires citaient d’articles" (p 297). Selon Evans "Une extension de l’information disponible a conduit à un rétrécissement de la science et du savoir". Cela rejoint le concept de bulle de filtre de Pariser avec la polarisation des idées.
- La capture incessante de notre attention implique un bourdonnement visuel constant. Selon Mary Helen Immordino-Yang le net "altère la profondeur de nos émotions et de nos pensées" (p 302).

L’ouvrage est à lire pour tous les travailleurs de l’internet … c’est à dire tout le monde !

Jérôme Bondu


Sur le même sujet, on pourra lire :
- L'article de Capital
- Celui de Telerama
-
C'est drôle, en 2009 j’avais chroniqué cet article de Télérama !
- Une analyse intéressante de Marc Le poivre.