searchday

Je serai comme (pratiquement) chaque année sur Search-Day, salon organisé par veillemag. Ce sera sa 12ème édition !
Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est le salon spécialisé sur la recherche en information stratégique et la maîtrise des environnements complexes. Le salon est en accès gratuit.

Rendez-vous le mardi 10 septembre 2019 (de 8h30 à 18h00) au MBA ESG 35 avenue Philippe-Auguste 75011 Paris, Métro Nation.

Ce sera l'occasion de faire le point sur l'innovation dans les domaines de l'information professionnelle :
• Veille stratétique et collaborative, Knowledge Management, Aide à la décision
• Discovery search, data intelligence, datavisualisation, mobilité, social monitoring
• Confiance numérique, RGPD, intelligence normative.
• Protection du patrimoine : PI,  Data Asset Management, R&D, Brevets
• Web mining, ,Analyse sémantique, Intelligence artificielle

Pour plus d'informations.

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Inscrivez-vous (gratuit).


Jérôme Bondu





capital

J’ai lu le hors-série de Capital (n°55 pour les mois de juin, juillet, août) intitulé : Comment être aussi malin que les GAFA ? Et reprendre en main sa vie numérique...

L’ensemble est intéressant, même si le titre dans sa première partie me semble trompeur. En effet il ne s’agit pas d’être « aussi malin que les GAFA », mais simplement de limiter la casse au niveau de sa vie privée.

Voici quelques éléments intéressants glanés çà et là au fil des 102 pages :

L’article « Les chiffres fous du numérique » présente un panorama chiffré intéressant. Notamment :
- 60 likes suffisent à Facebook pour vous connaitre dans les grandes lignes.
- 70 pour vous connaitre mieux que vos amis vous connaissent
- 150 pour vos connaitre mieux que vos parents vous connaissent
- 300 pour vous connaitre mieux que votre conjoint vous connait
Lire à ce propos un précédent post "Savez-vous jusqu'où Facebook peut profiler votre personnalité ?".

L’article « Les GAFAM trop gourmand en énergie » rappelle que le numérique est une industrie extrêmement polluante, et consomme actuellement 10% de l’électricité au niveau mondial. Et cela pourrait monter à 30% en 2050.
- Envoyer un email produit 10 grammes de CO2. Autant que la production d’un sac plastique selon d’Ademe !
- Publier un selfie (une photo d’1Mo) produit 20 grammes de CO2

L’article « Comment ces entreprises exploitent vos données » rappelle entre autres le rôle méconnu des data brokers, telle la société irlandaise Experian qui a dans ses bases des profils de 95% des Français. L’ONG allemande Tactical Tech a fait une expérience édifiante. Pour 136 euros une de ses membres, Johana Moll, a pu acquérir 1million de profils provenant des applications Tinder, OKCupid ou Match.com. Et ceci en toute légalité sur le site du courtier en données USDate. Et dans ces données on trouvait bien sûr des informations sur les orientations sexuelles …

L’article « Préserver sa vie privée, c’est possible » présente des solutions alternatives, telles Qwant, Skred, Snips, Cozy Cloud, iProtego…

Enfin l’article « 10 bons réflexes pour reprendre la main sur ses données » donne -comme le titre l’indique- dix conseils tantôt opérationnels tantôt conceptuels. Les voici :
- Bien configurer son navigateur (le journal conseille d’aller sur history.google.com mais cela pointe sur https://myactivity.google.com/myactivity )
- Utiliser un moteur de rechercher alternatif à Google
- Sonder ses applications avec Exodus Privacy
- Couper sur son téléphone le GPS et le WIFI
- Se méfier sur internet du gratuit
- Faire le ménage dans son compte Facebook
- Lire les CGU avant de cliquer
- Se former à l’informatique
- Traquer les trackers
- Exercer vos droits

Cela se laisse lire. Même quand on grenouille un peu dans le domaine, on y apprend toujours des choses intéressantes.
Jérôme Bondu

--> Sur le même sujet : A lire : #Vie privée, c’est terminé ! Dossier du Canard enchaîné.


google du loupJe recommande « Dans la Google du loup », de Christine Kerdellant. Voici ci-dessous la seconde partie de mes notes de lecture (lire la 1er partie).

Chapitre 3 : L’avènement de l’eugénisme

- Avec la société 23andMe, Google construit la plus grande base de données d’ADN au monde. En 2017, date de l’écriture du livre, Google avait déjà les empreintes génétiques de plus d’un million de personnes. Et là encore on peut compter sur les assureurs pour inciter le public à entrer dans la danse. Au Canada ou en Angleterre les informations génétiques peuvent être prises en compte dans les calculs des très grosses primes d’assurance (p146). On peut imaginer que dans un avenir proche pouvoir se faire soigner dans certaines cliniques ne soit possible que si l’on a fait décoder son ADN. Georg Church pense que modifier son ADN sera bientôt aussi banal que faire de la chirurgie esthétique.
- Le monde où des « SURhommes » destinés à gouverner des « SOUShommes » car non améliorées est … en route. Cela rejoint tout à fait le discours de Laurent Alexandre.

Chapitre 4 : L’éradication d’un style de vie

- Transférer la domination du smartphone à la voiture, faire de la viande sans viande, ringardiser les relations hommes-femmes, … voila l’avenir triste promis par les magnats des nouvelles technologies américaines et notamment Google.

Chapitre 5 : Une entreprise totalitaire

- L’auteure commence ce chapitre par reproduire in extenso la lettre du patron de Springer, Mathias Dopfner, à Eric Schmidt dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et cela vaut le coup de la lire. On lit sous la plume du patron allemand « il n’y a pas d’alternative à Google … Nous avons peur de Google … abus de position dominante … un modèle d’entreprise que l’on appelle du racket » ! Chapeau. Si nos dirigeants européens avaient eu son courage nous n’en serions pas là aujourd’hui.
- L’auteure rappelle ensuite les secteurs et entreprises qui ont subi une « stratégie générale d’élimination » pour reprendre les mots du tribunal de commerce de Paris. Le journaliste américain Chris Thompson rappelle que « Google est devenu un danger mortel pour les médias, l’industrie du spectacle, les télécommunications, la publicité classique… ou l’extraction du charbon ».
- Tout ceci n’est pas due au hasard. Eric Schmidt n’a-t-il pas expliqué au Times en 2006 « Nous nous efforçons, avec beaucoup de minutie, de donner le sentiment d’être une entreprise fourre-tout. En fait, tout cela est très rigoureusement piloté… ».
- L’auteure rappelle aussi la duplicité d’Obama qui a défendu Google contre la commission Européenne. L’ex-président américain a ainsi faussement expliqué à l’endroit de l’Europe « leurs entreprises, parfois, ne peuvent pas lutter contre les nôtres et essaient seulement d’empêcher nos entreprises d’opérer en Europe ».
- L’auteur finit sur l’évasion fiscale de grande ampleur opérée par Google avec la technique du sandwich hollandais. Et évoque les idées des patrons des techs américains d’expatriation en haute mer, dans des zones non soumises à des juridictions, ce qui leur permettrait de s’affranchir de tous contrôles politiques ou démocratiques.

Chapitre 6 : Le coup d’Etat des robots

- De ce chapitre je retiens surtout que Google peut influencer une élection présidentielle. Cela a été prouvé par une étude de Robert Epstein et Ronald E. Robertson parue dans l’Académie des Science des Etats-Unis (The search engine manipulation effects -SEME- and its possible impact on the outcomes of elections 2015).

Conclusion !

- Dans une conclusion, qui est en soit plus un dernier chapitre qu’une ouverture finale, l’auteure rappelle que derrière des algorithmes il y a des personnes et une vision. Celle messianique des fondateurs de Google est fort éloignée de notre idéal de vie. On peut se demander d’ailleurs si l’incitation à toujours plus d’exhibitionnisme numérique ne fait pas leur jeu et facilite la récupération des données. Sommes-nous les idiots utiles de leur volonté de construire une intelligence artificielle qui ne servira qu’eux ?
- Drôle de destin pour un moteur de recherche, qui est devenu moteur de recommandation de nos vies. Plus que nous informer, Google nous prescrit de plus en plus ce que nous devons faire et comment le faire.
- Effet aggravant : Sa collaboration avec la NSA est avérée. Pour ceux à qui il faudrait une preuve de plus : en 2015 Google a donné à la centrale de renseignement les comptes de trois membres de Wikileaks. En outre le gouvernement américain lui demande de surveiller 1000 à 2000 comptes par an. Google est donc clairement un auxiliaire de la sécurité américaine. L’image d’entreprise sympathique est donc encore une fois une construction. D’ailleurs sa crainte ultime est que le grand public la voit pour ce qu’elle est : le Big Brother des temps modernes.
- Parmi les solutions esquissées : L’utilisation massive par le grand public des outils concurrents. La scission de Google organisée par les autorités américaines. La transformation de Google en un bien commun. La règlementation, notamment portée par l’Europe. (voir mon article dans Usbek et Rica "Peut-on créer un nouveau moteur de recherche aujourd’hui ?")
- Mais il est probable qu’il ne se passe rien de tout cela. L’auteure déplore que nous soyons touchés d’une anesthésie cognitive. Et les services rendus au jour le jour sont immédiats alors que les dangers de monopolisation du pouvoir sont lointains. Je développe pour ma part l’idée que nous vivions à crédit numérique. Nous empruntons gratuitement des services numériques. Le coût du crédit nous semble ridiculement bas, et nous laissons le soin de rembourser aux prochaines générations. En somme, ce que nous avons fait à la nature, nous le faisons maintenant à nos données. Avec notre incapacité à comprendre les exponentielles, nous rentrons sans nous apercevoir dans la Google du loup !

Jérôme Bondu

Dans le même esprit, on pourra consulter les liens suivants :
- Les GAFAM contre Internet, de Nikos Smyrnaios.
- Souveraineté numérique, de Pierre Bellanger.
- Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien, de Pascal Perri



 google du loup

Je recommande « Dans la Google du loup », de Christine Kerdellant. Bien qu’écrit en 2017, avec des références qui datent pour certaines de 2015 le livre est très intéressant et riche d’analyses pertinentes. Je vous partage mes notes de lecture en deux articles. Voici ci-dessous le premier. Et le second en suivant ce lien.

Ecrit d’une manière originale, chaque chapitre est divisé en deux parties :
- L’auteure commence d’abord par une continuation de l’ouvrage 1984. Elle imagine une suite à l’histoire des deux héros de l’uchronie de Georges Orwell, Winston et Julia, et les place dans un futur proche où Google est devenu une puissance dominatrice et impériale. Elle fait vivre aux deux héros des événements de tous les jours, en rapport avec les enfants, les déplacements quotidiens, le travail, la banque et l’assurance. On se projette facilement, et c’est le but. C’est une vision prospective de ce que pourrait être notre vie dans 10 à 20 ans. Et cela n’est pas drôle. Google, comme Big Brother dans 1984, est omniprésent et omniscient.
- Puis dans une seconde partie, l’auteure revient sur les points développés précédemment, ces événements de la vie de tous les jours réglés par Google, et explique que loin d’être de la science-fonction, nous sommes en réalité assez proche de ce qui a été décrit. C’est très bien vu. Cela incarne un avenir qui sinon pourrait sembler flou.

Suivant de modèle en deux parties, elle aborde six thématiques :
- La fin de la vie privée.
- Les dangers du transhumanisme.
- L’avènement de l’eugénisme.
- L’éradication d’un style de vie.
- Une entreprise totalitaire.
- Le coup d’Etat des robots.

Chapitre 1 : La fin de la vie privée

Le constat est simple :
- Google collecte tout : L’auteure rappelle un incident qui montre bien la capacité de collecte de Google. En 2010 Street View avait « involontairement rendu publiques des données récupérées sur les habitants des rues photographiées ». (p59) (pour plus d’informations)
- Google conserve tout : Elle rappelle par exemple que la suppression de votre historique de navigation ne l’annihile pas vraiment. Il n’est plus associé à votre compte mais Google peut toujours l’utiliser.
- Google est partout : L’emprise de Google sur l’internet mondial est illustrée par un chiffre. L’auteure se base notamment sur un buzz de 2013 : Une panne de quelques minutes a fait chuter le trafic internet mondial de 40% (attention voire la note de bas de page). A propos des cookies, ces petits mouchards, elle recommande l’installation du module « disconnect ». « Il vous permet de visualiser à chaque visite le nombre de sites avertis de votre présence ».
- Enfin, pour Google la vie privée est un concept dépassé. Elle rappelle que les Américains ne hiérarchisent pas comme nous les libertés fondamentales. Et que pour eux la liberté d’expression passe avant la vie privée.

Chapitre 2 : Les dangers du transhumanisme

Derrière l’image sympa que se donne Google, se cache des dirigeants avec une vision du monde et une stratégie long terme effrayante. Déjà en 2004 Larry Page et Sergei Brin expliquaient à Steven Levy du magazine Wired que Google serait dans le cerveau des internautes. Je recopie trois échanges de cette discussion :
- Larry Page : « Google sera inclus dans le cerveau des gens. Quand vous penserez à quelque chose que vous ne savez pas, vous recevrez automatiquement l’information. »
- Segei Brin : « C’est vrai. Je vois Google comme une manière d’enrichir votre cerveau avec tous les savoirs du monde. »
- Larry Page : « Vous aurez un implant cérébral, et quand vous penserez à quelque chose, vous aurez la réponse ».
- Dans la même veine Eric Schmidt dira plus tard « Google doit devenir le troisième hémisphère de notre cerveau » !
Et tant pis, rajoute l’auteure, si cette volonté de faire de nous des SURhommes commence en réalité par nous réduire à l’état de SOUShommes. Car force est de constater la baisse des capacité cognitives des internautes (j’en ai beaucoup parlé dans ce blog). L’auteure cite à ce propos l’étude de trois chercheurs de l’Université de Columbia publié en aout 2011 dans le journal Science et intitulé « Google effects on memory ». Cette étude prouve que l’on transfert à Google notre effort de mémoire, et que donc … nous perdons la nôtre.

L’auteur développe ensuite une importante partie sur les objectifs de Google dans la santé avec d’une part, la création de Calico dont l’objectif affiché est d’augmenter l’espérance de vie de 25 ans d’ici à 2035. Et d’autre part, la création de Verily Life Sciences dont l’objectif est de comprendre le corps humain. Verily mène trois programmes majeurs :
- Baseline Study pour travailler sur les génomes et faire de la médecine prédictive.
- Les lentilles de contacts intelligentes, avec une première application dans la mesure de la glycémie pour les diabétiques.
- Les nanotechnologies, avec là encore des premières applications dans la lutte contre les cancers et infarctus.
- Le corolaire de tout cela est l’appropriation de nos données médicales. Et que Google fasse dans la santé ce qu’il a fait dans les médias : C’est-à-dire capter une partie de la valeur ajoutée, par la connaissance la plus fine possible des clients. Google a des relais… en la personne des assureurs. Déjà ces derniers proposent des assurances moins chères pour les détenteurs d’objets connectés qui mesurent le nombre de pas quotidiens… Avec ces incitations financières proposées, le ver est dans le fruit, car les moins aisées accepteront volontiers cette démarche.

Un monde à deux vitesses se dessine entre ceux qui accepteront la perte de vie privée pour une vie « améliorée », et les autres.
- La quête de l’immortalité transhumaniste peut prendre ce premier chemin qui est celui de l’amélioration du corps.
- Il y en a un second : celui qui consiste à transférer à une machine notre savoir ! Et c’est ce que nous sommes en train de faire sans nous en rendre compte en acceptant la compilation de l’ensemble de nos activités en ligne.

La suite bientôt …

Jérôme Bondu

Notes :
- Présentation vidéo.
- L’auteure explique qu’en 2013 une panne de quelques minutes a fait chuter le trafic internet mondial de 40%. Attention ce chiffre est grossier comme l’explique ZDNet 


club ies jerome bonduJ'ai le plaisir de vous annoncer que le 26 septembre j'organiserai la 150ème conférence-débat du Club IES.

Pour cette soirée très spéciale, nous allons convier quatre intervenants, experts en intelligence économique reconnus pour leur investissement dans le domaine.
Ils partageront avec vous leur vision de l’IE, les progrès, les perspectives.
Leur intervention se poursuivra par un débat avec la salle, puis un cocktail dînatoire.

Avec une moyenne de 40 inscrits par conférence, le Club a drainé plus de 6000 inscrits sur les 20 dernières années.

Inscrivez-vous dès maintenant en ligne !
Le 26 septembre à 19h30
LE LOUNGE - 4ème étage
11 Rue Watt
75013 PARIS
Adhérents IAE Paris Alumni : 10 €
Non adhérents et Extérieurs : 20 €

Au plaisir de vous y retrouver,

Jérôme Bondu
Président du Club IES
Directeur d'Inter-Ligere.fr