darknetDans le même veine que mon billet sur le livre de Rayna Stamboliyska "La face cachée du web", je recommande "Darknet, mythes et réalités" de Jean-Philippe Rennard.

L'ouvrage est plus technique que celui de Rayna. Les réseaux mixnet, P2P, la crypto, la blockchain, ... sont expliquées du point de vue technique. J'avoue avoir sauté quelques encarts détaillés, mais l'architecture très solide du livre permet de s'y retrouver très facilement.

L'auteur (comme Rayna) explique que le Darknet est un rouage important de la liberté d'expression ; Que s'il charrie malheureusement des éléments peu recommandables (doux euphémisme), cela ne justifie pas que l'on jette l'anathème sur ces outils. Comme il l'explique dans cette vidéo il a écrit ce livre dans une optique militante,  pour lutter contre un mouvement de désinformation profond. Une présentation sous format Prezi résume bien le livre.

A lire donc pour ceux qui s'interrogent sur cette face cachée du net, et qui voient dans la marchandisation du web un danger au moins aussi redoutable que son utilisation à des fins illégales.

Et comme la compréhension du Darkweb et du Darknet me semblent essentiels, j'ai invité ces deux auteurs à animer deux conférences en mars et en mai:
- Rayna Stamboliyska interviendra le 15 mars
- Jean-Philippe Rennard interviendra le 17 mai 

Au plaisir de vous y revoir,

Jérôme Bondu



gafam contre internetJe recommande le livre "Les GAFAM contre l'internet – une économie politique du Numérique", de Nikos Smyrnaios. J’y ai appris beaucoup de choses.

Nikos Smyrnaios est maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à Toulouse 3.

Le titre m’avait accroché, mais mes premiers pas dans l’ouvrage n’ont pas été très positifs. Il évoque le "triomphe du néolibéralisme", le "nouvel espace transnational de circulation du capital", "l’ordre capitaliste nouveau" … je ne m’y retrouvais pas trop. J’ai failli arrêter.

J’aurais eu tort. En réalité sa très bonne connaissance du domaine et sa grille de lecture ont font un ouvrage très intéressant.

Il évoque d’abord « l’origine de la marchandisation d’internet », avec au commencement l’ARPANET qui était issu du secteur public, avant que le tournant libéral des années 90 dérégule les télécoms et pave la voie à la privatisation des acteurs des télécoms et du numérique. Il évoque au passage le rôle du démocrate Bill Clinton et de son conseiller Al Gore qui ont contribué à renforcer le privé au dépend du public.

Après avoir campé ainsi le décor, on débouche sur un second chapitre intitulé « Privatisation de l’internet ». Il évoque deux éléments qui vont pousser dans le même sens : la culture financière du capital risque, et la culture start-up véritable « laboratoire du travail dérégulé ».

Le chapitre suivant explique les « conditions d’émergence de l’oligopole de l’internet ». Il détaille les spécificités des biens numériques : le phénomène de « non rivalité », « les externalités positives », « l’abaissement des couts de transactions », la logique du « winner takes all », l’inertie des régulateurs face à l’évitement de l’impôt, et comment tout ceci participa à créer des super-puissances oligopolistiques… Un des chapitres -à mes yeux- les plus intéressants.

Dans le chapitre qui suit l’auteur focalise sa réflexion sur l’infomédiation, avec une analyse poussée de Google et Facebook. Il évoque la concentration verticale (systèmes d’exploitation, cloud, réseaux) puis horizontale (mail, réseautage, actualités) des deux mastodontes.

Puis vient un décorticage du modèle de régie publicitaire des deux géants de l’internet Google et Facebook. Il rappelle que le système de résultats sponsorisés dans un moteur de recherche a été mis en place une première fois par Bill Gross pour son moteur goto.com, et que même ce dernier l’avait repris du moteur de recherche Open Text Index. Les fondateurs de Google n’ont donc pas inventé le principe de publicité, et même l’avaient critiqué à leurs débuts en 1998. On retrouve dans un de leurs papiers l’idée qu’un moteur de recherche ne pouvait pas présenter des résultats d’annonces publicitaires sans se heurter à des incohérences fondamentales (hahaha … quand on sait que c’est ce qui va faire leur richesse). Il rappelle l’extraordinaire captation d’information des cookies, le marché des données personnelles, et finalement « l’impossible régulation démocratique ». Passionnant aussi.

Je termine ce billet avec une reprise de la conclusion de l’auteur « il y a une prise de conscience collective que la direction prise par l’internet n’est pas la bonne : marchandisation accrue, concentration des ressources, surveillance omniprésente. L’internet sous l’emprise étouffante de l’oligopole est en train de ressembler de plus en plus à ce à quoi il était censé s’opposer, à savoir l’informatique conçue comme une technologie de domination ». Bel exposé, très argumenté qui étaye bien le postulat du titre « les GAFAM contre l'internet » !

Cela vaut le coup de passer quelques temps lire ces 122 pages… Je pense notamment aux pseudo digital natives, qui sont en réalité … digital analphabète ( ou analphaNet :-) tant elles méconnaissent les véritables rouages du web !

Pour finir voici quelques références :
-Vous pouvez lire ici de larges extraits du livre
-Il y a aussi cette longue vidéo (que je n’ai pas regardé intégralement) qui semble reprendre assez fidèlement le déroulé du livre
-Enfin ces deux articles, l’un de l’Humanité et l’autre du Figaro


Jérôme Bondu

NB : le hasard a voulu que l’auteur soit un collègue de Guillaume Sire dont j’ai chroniqué récemment le dernier ouvrage.



Il semble bien que la réponse à la question posée dans le titre soit malheureusement positive. Le dernier cas en date (à ma connaissance) est une rediffusion sur France Culture d’une émission d’Amaury Chardeau. L’émission s’intitule « A la guerre économique comme à la guerre »

On peut lire sur la page de présentation :

« Dissimulant jusqu’à son existence derrière des appellations protéiformes (espionnage industriel, renseignement compétitif, renseignement d’affaires…) «°l’intelligence économique°» désigne le fait pour une entreprise de lorgner sur les secrets technologiques, commerciaux ou stratégiques de ses rivales. Ou bien d’œuvrer à déstabiliser ces dernières pour mieux les éliminer. »

Déjà là c’est débile. L’intelligence économique ne dissimule pas son exitance derrière l’expression «°espionnage industriel°». Ce serait même plutôt l’inverse. Des cabinets en dehors des clous de la légalité maquillent des opérations «°d’espionnage industriel°» sous l’appellation fallacieuse d’intelligence économique.

Quand on écoute son émission, on peut entendre à la quatrième minute (et 22 secondes soyons précis) des précisions sur le grand amalgame du journaliste :

« Ce pourrait être le casse du siècle à venir dissimulant jusqu'à son existence derrière des appellations protéiforme : espionnage industriel et commercial, renseignement concurrentiel, renseignement d'affaire ou bien comme on le désigne aujourd'hui pudiquement en France intelligence économique. L'espionnage de l'argent en somme (...) darwinisme élémentaire propre au capitalisme. A ce jeu là tout est possible intrusion informatique, vol à l'arrachée dans des aéroport, micro disposé sous des tables, campagne de diffamation, innocents stagiaires ... »

C’est navrant. On appréciera particulièrement le "darwinisme élémentaire propre au capitalisme" ... C'est sûr que le propre du socialisme sociétique a été except de tout reproche, comme le rappelle la page wikipea consacrée au Concordov "La conception du Tu-144 est due, au moins partiellement, à l'espionnage industriel au profit du GRU".

Cela m’a donné envie de faire une rapide analyse.

espionnageJ’ai fait une requête sur Gogol pour rechercher les articles qui comportent dans le titre le mot « espionnage » et l’expression « intelligence économique ». On obtient 317 résultats. Attention, certains de ces résultats critiquent justement l’amalgame ou précisent les différences. Comme mon interview de Franck DECLOQUEMENT pour ActuEntreprise et intitulée « Espionnage et Intelligence économique ».  J’explique en fin de billet pourquoi j’ai récupéré tous ces articles sans distinction.

J’ai ensuite intégré un filtre temporel pour que la date d’indexation apparaisse. Malheureusement je n’ai pu récupérer que 56 résultats datés (soit 1/5 du total).

espionnage2Ce sont ces 56 articles que j’ai cartographiés (ci-dessous).
Et l’on voit que le nombre d’articles qui parlent de ces deux thèmes (espionnage et IE) n’est pas en baisse. La courbe de tendance (polynomiale) en fait foi.

Conclusion : Il reste du boulot ! le travail de communication n’est pas achevé.


Jérôme Bondu

Nb : Pourquoi avoir intégré indistinctement tous les articles qui mentionnent IE et Espionnage ?
- Premièrement, je l’avoue, pour m’éviter un travail fastidieux de traitement ;-)
- Deuxièmement, parce que cela a quand même du sens de garder un article qui cherche à expliquer que IE et espionnage ne sont pas la même chose. Cela veut dire que le sujet mérite d’être traité, donc que l’amalgame est à combattre.
Je tiens à votre disposition le tableau excel ...



gafam 

Deux étudiants que j'ai eu le plaisir de former à la veille réalisent une étude sur les GAFAM (Google, Apple, Facebok, Amazon, Microsoft) dans le cadre d'un projet tutoré en marketing digital de Paris School of Business.

Merci de répondre à ces quelques questions (Questionnaire en ligne).
Et n'hésitez pas à diffuser autour de vous.
Plus ils auront de réponses, plus cela aura une valeur statistique.

Je diffuserai les résultats sur ce blog.


Merci d'avance,
Jérôme Bondu

NB : bon ok, il aurait été plus logique de ne pas utiliser Google doc, ... mais bon ;-)



oney

Belle annonce près de Lille !
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Type de contrat: CDI
Rémunération: fixe sur 13 mois + bonus sur objectifs + Intéressement et Participation.
Site: Lille (Croix).

Mission : Etre Chargé de veille Stratégique h/f chez Oney

Plus qu’un poste…une mission pour vous !
Et quelle mission ! Acteur indispensable de l’équipe Etudes et prospectives, nous vous proposons de co-construire la stratégie de veille Oney, de la manager et de la faire rayonner.

Vos missions

=> Manager la veille marché sur nos secteurs d’activité : administrer, paramétrer et utiliser des outils de veille (type sindup ou digimind), mener des études de marché, organiser notre présence aux différents évènements liés aux nouvelles tendances ou encore centraliser les retours d’expérience (salon, conférences…)
=> Participer à la réflexion stratégique des équipes qui construisent les offres : rédiger et diffuser des notes d’informations, des cahiers de tendances et mettre en perspective les tendances constatées avec les enjeux et axes stratégiques de l’entreprise
=> Faire vivre la veille en interne : animer une communauté de veilleurs en transverse, utiliser et faire évoluer les outils de communication de la veille…

Profil

Ce qui nous plaira le plus chez vous :
C’est vous-même ! Alors bien évidemment on vous préférera curieux, organisé, ouvert d’esprit et doté d’une aisance relationnelle, car c’est ce qui vous permettra de mener au mieux votre mission. Dans votre bagage, on aimerait y trouver une expérience réussie en veille stratégique, une connaissance de la méthodologie et des outils de veille (Type Sindup, Digimind…) et une bonne capacité à animer en Transverse.
Et bien sûre une forte envie de vous investir avec nous.

Ce qui vous plaira le plus chez nous

=> Oney innove pour ses clients depuis plusieurs années…et ça marche !
=> La culture Start-up n’est pas qu’un simple mot…c’est notre état d’esprit !
=> Chez Oney, nous pensons que le succès se partage…et vous ?
=> Nous avons plein d’ambition pour nous …et donc pour vous !

 

Lien : http://www.oney.com/rejoignez-nous/ 

 

Je continue mes analyses sur le petit monde de l’Intelligence économique. 

- Après un billet sur le rôle d’ensemblier de l’information pour les professionnels de l’IE
- Une réflexion sur les faillites de notre mission
- Et une analyse sur la visibilité du domaine de l’IE
je traite dans ce billet du référencement des profils en IE sur Google et Bing.

Car voila, si tout le monde ne jure que par Google (ce qui est en soit un acte d’un conformisme irresponsable / voir ma position sur cette vidéo) cette petite réflexion va apporter quelques éléments contradictoires.

Objectif

Prouver qu’utiliser uniquement Google pour ses recherches est un non-sens.
Avec une question à la clé : Est-ce que Bing référence mieux que Google les professionnels de l’Intelligence Economique ?

Analyse cartographique 

Pour répondre à cette question j'ai cartographié les réponses de Google et de Bing à une même requête. Il s’agissait en l’occurrence de rechercher des profils sur Linkedin qui mentionnent l’expression « intelligence économique » (voir la méthode plus bas).


google bing 1
Et là très grosse surprise … Sur 1000 profils collectés … seuls, 65 apparaissent en commun !! Ils sont matérialisés par les points rouges sur la carte. Je ne m’attendais pas à un tel écart.
C’est-à-dire que 435 n’ont été trouvés que sur Google (dans les 500 premiers résultats).
Et autant (c’est-à-dire 435 pour ceux qui sont fâchés avec les math ;-) n’ont été trouvés que sur Bing (dans les 500 premiers résultats).
C’est hallucinant !!!

Cela me rappelle les résultats trouvés avec un outil de comparaison de moteurs. Cet outil a disparu (en tout cas je ne l’ai pas retrouvé). J’avais fait cette capture en 2004 pour illustrer un cours sur les différences entre les moteurs de recherche. Et on voit bien ci-dessous qu’entre Google et Yahoo (qui utilise Bing) il n’y avait qu’un résultat en commun (matérialisé par le lien en bleu). Les 59 autres résultats entre ces deux moteurs et pour la même requête ["intelligence économique"] étaient différents.

google bing 8


Mais revenons à nos moutons … ou plutôt à nos professionnels de l’IE ;-)


Parmi les 65 profils trouvés sur les deux moteurs, on trouvera notamment Thibaud Renard, Bernard Besson, Olivier Hassid, Serge Courrier, Charles Pahlawan, Arnaud Pelletier, Thibaud du Manoir, Bernard Carayon, Eric Delbecque, … et le modeste auteur de ce billet.

google bing 2

Bien sûr, ce n’est pas parce qu’un profil apparait dans la cartographie comme étant indexé par un seul moteur de recherche, qu’il n’est pas référencé par l’autre. Ainsi Eric Debonne n’est trouvé qu’avec Bing.

google bing 3

Alors qu’il est bien référencé chez Google comme la capture d’écran ci-dessous le montre. J’ai forcé la détection d’Eric avec une nouvelle requête.
[ "Eric Debonne" site:https://fr.linkedin.com/in "intelligence économique" -intitle:ecole -intitle:mastère -intitle:"intelligence économique" ]

google bing 4

Problème équivalent pour Nicolas Moinet qui ne se retrouve que du « côté obscur de la Force » Google ;-) Il est lui aussi bel et bien référencé chez Bing, mais … au-delà des 500 que j’ai récupérés.

google bing 5

Conclusion

Cette petite étude ne vise qu’une chose. Rappeler l’importance de varier les moteurs de recherche. Car selon celui que vous allez utiliser, les résultats ne seront pas classés de la même manière.
Les échanges que je peux avoir sur ce point tournent toujours de la même manière : Mes interlocuteurs pensent que n’utiliser qu’un moteur suffit et que Google écrase tout de sa magnificence. La réalité est plus complexe.
Pour répondre maintenant à la question posée en introduction : « Non ! Bing ne référence pas mieux que Google les professionnels de l’IE ». Il référence différemment. Et c’est cette différence qu’il faut à tout prix préserver. Contribuer à créer une monopolisation de la recherche par Google équivaut à un suicide cognitif collectif !

 

Précisions sur la méthode

J’ai testé une même requête sur Google et Bing.
Il s’agissait en l’occurrence de rechercher des profils sur Linkedin qui mentionnent l’expression « intelligence économique » :
site:https://fr.linkedin.com/in "intelligence économique" -intitle:ecole -intitle:mastère -intitle:"intelligence économique"
(voir les techniques de recherche avancées ici et la)

J’ai récolté les 500 premiers résultats de Google et Bing.
Je les ai travaillées dans excel, puis importés dans Gephi pour voir ce que cela donnait.

Critique de la méthode

Comme pour mes précédentes études, il convient de détecter les biais méthodologiques. En l’occurrence :
- Google affiche 26000 résultats et Bing 14000, mais je me suis restreint aux 500 premiers.
- La requête peut bien sûr être améliorée.
- Je n’ai pas validé la pertinence des résultats, et il peut y avoir du bruit. On peut imaginer le cas extrême où un profil indiquerait dans sa page Linkedin « je ne fais pas d’intelligence économique » … il serait quand même collecté dans mon graphe.
- Google ou Bing n’indexent pas forcément bien les profils.
- J’ai fait la collecte à partir de Google Chrome avec un risque (réduit, mais néanmoins réel) de « bulle informationnelle ».
- …

NB :
1- Je tiens à votre disposition le tableau excel avec les 1000 noms et la carto Gephi (il faudra télécharger le logiciel). Je place ci-dessous les 20 premiers noms. Les noms en rouge sont trouvés par les deux moteurs de recherche.
2- Quelques heures après mon étude j’ai refait la même recherche dans Google et Bing et les résultats était légèrement différents. Mais cela ne change pas les conclusions.

Jérôme Bondu

google bing 6

 

 

 

 

archimag


Michel REMIZE, rédacteur en Chef d’ARCHIMAG a mis en ligne un questionnaire pour participer au prochain guide pratique sur la veille.
N’hésitez pas à y répondre !

 

Alain Juillet avait travaillé pour établir les trois axes fondamentaux de l’intelligence économique : la veille, l’influence et la sécurité économique.

Je me suis interrogé sur la réalité de la pratique de cette triple compétence.
Et pour cela j’ai réalisé une cartographie des acteurs en intelligence économique.
Ou plus exactement une cartographie qui analyse les profils Linkedin d’acteurs dans les domaines de l’intelligence économique, de la veille stratégique et de la gestion des connaissances (premier pôle), du lobbying et de la communication d’influence (second pôle) et de la sécurité économique (troisième pôle).
Mon objectif était de voir si les professionnels de l’IE mentionnaient ces différentes compétences dans leur profil Linkedin.

Mode opératoire.
J’ai réalisé une série de requêtes dans un gros moteur de recherche en position monopolistique (on ne le répétera jamais assez ;-) :
site:linkedin.com/in "intelligence économique"
site:linkedin.com/in "veille stratégique"

(voir les techniques de requêtes avancées)

Pour chacune des six requêtes, j’ai récupéré les 100 premiers résultats du moteur de recherche.
J’ai intégré les 600 résultats dans un tableau excel pour les « travailler ».
Puis j’ai intégré les données dans Gephi pour obtenir la carte ci-dessous (visualisation Fruchterman Reingold).

pro ie

Description des résultats :
Nous voyons clairement les 6 grands thèmes. Autour d’eux il y a une multitude de points qui correspondent aux professionnels.
Les points rouges correspondent aux profils ayant mentionné au moins deux domaines de compétence. Comme Bryan Coder dans le focus ci-dessous. Ce sont ces « connecteurs » que nous allons évoquer plus bas.

carto pro IE coder.JPG

A ma grande surprise, il y a très peu de connecteurs entre ces différents domaines.
- Il y a 1 connecteur entre « intelligence économique » et « gestion des connaissances », Bryan Coder.
- Il y en a 15 entre « intelligence économique » et « sécurité économique », dont Eric Delbecque et Nicolas Moinet.
- Il y en a 8 entre « intelligence économique » et « veille stratégique ».
- Il y en a zéro entre « intelligence économique » et « lobbying ».
- Il y en a zéro entre « intelligence économique » et « communication d’influence ».

carto pro IE 2

Critique des résultats :
Il y a bien sûr des multiples biais dans la méthode de collecte.
- Un profil qui fait de l’IE et du lobbying peut très bien ne pas mentionner ses activités en lobbying dans son profil Linkedin, ou utiliser une périphrase comme « communication institutionnelle » ou mentionner le mot « lobbyiste ». À titre d’exemple, j’aborde dans mes formations les méthodes du lobbying et des éléments de sécurité informationnelle, mais cela n’apparait pas sur mon profil. Et de ce fait j’apparais comme un des 600 points tristement grisés sur la carte du haut, et non un des points rouges.
- Google peut très bien avoir mal indexé certaines parties du profil. Autre illustration tirée de mon profil : Alors que l’expression "gestion des connaissances" apparait bien sur mon profil, la requête [ site:linkedin.com/in/ inurl:jerome inurl:bondu "gestion des connaissances" ] ne donne aucun résultat.
- Le profil peut très bien apparaitre en 101 position et au-delà. Ce qui fait que je ne l’ai pas intégré.
Tous ces biais étant soulignés, les résultats sont quand même intéressants à analyser.

Analyse :
Alain Juillet a contribué à forger le « canon » de l’IE, avec ces trois piliers : veille, influence et sécurité. Or il semble que cela apparaisse très peu dans les profils Linkedin des professionnels.
Sur la visualisation ci-dessous les différents îlots se détachent nettement les uns des autres, preuve de leur éloignement « sémantique » et « professionnel »

carto pro IE eloignement

Reprenons la question du titre : « Est-ce que les professionnels de l’IE font vraiment de la veille, de l’influence et de la sécurité économique ? ». Cette petite étude, menée loin de toute rigueur scientifique, ne peut pas trancher. Mais nous pouvons évoquer néanmoins le fait qu’il semble y avoir une spécialisation des acteurs, et donc un manque de polyvalence.

Pourquoi ? Il semblerait que le marché ne demande tout simplement pas « d’ensemblier » de l’intelligence économique ? Une vision synoptique de l’information, depuis la collecte, en passant par l’influence, jusqu’à sa protection, ne serait qu’une vue de l’esprit.

Cela est bien dommage : Car il faut cette hauteur de vue, à un moment charnière de notre histoire qui voit la révolution numérique tout bouleverser. Et surtout qui va voir l’intelligence artificielle s’imposer partout. Laurent Alexandre ne cesse de l’annoncer : La survie des entreprises européennes (qu’il qualifie « d’idiots de la révolution numérique ») dépend de notre capacité à comprendre les enjeux stratégiques de la data. Les professionnels de l’IE devraient être bien placés. Pourvu qu’ils aient le recul nécessaire.

J’en parlerai dans ma conférence du 14 décembre à 19h30 au Club IES « États de lieux et perspectives en intelligence économique ». Vous êtes les bienvenus pour échanger ...

Jérôme Bondu





 

monopole google ie

Durant la conférence de jeudi soir au Club IES je me permettrai de m’interroger sur notre mission fondamentale, à nous autres professionnels de l’intelligence économique.

Car au-delà de notre gagne-pain qui consiste à mettre en place des systèmes de veille, de faire des études de benchmarking concurrentiel ou autre, je me demande si nous n’avions pas une mission plus générale de préparer les entreprises et organisations à la grande révolution informationnelle du numérique.

Cette mission n’a jamais vraiment été énoncée de manière explicite. Mais de manière implicite, on peut penser que nous étions bien placés pour préparer les organisations et ses collaborateurs aux techniques de recherche d’informations sur internet, à l’utilisation des moteurs de recherche, aux biais de la recherche en ligne, et autres menus détails …

Menus détails dont l’absence aujourd’hui fait le lit des fakes news et des monstrueux monopoles de l’information.

Prenez cette requête intitle:Google intitle:monopole "intelligence économique"
On peut être effaré que très peu d’articles ressortent sur le sujet du monopole de Google et mentionnant l’expression « intelligence économique ».

J’évoquerai jeudi soir ces modestes détails qui sont à mes yeux un des ratages patents de l’intelligence économique actuel. Il y aura du positif aussi rassurez-vous. L’idée est d’échanger et de faire un bilan.

A jeudi soir pour ceux que cela intéresse …

Jérôme Bondu





Dans le cadre d’un cours en intelligence économique à l’UPEM, j’ai réalisé un Atelier avec les étudiants de la formation en master 2 ILMS (intelligence économique, influence, lobbying, médias sociaux)
- L’objet de l'étude était de réaliser une rapide étude sur le développement du thème de l’intelligence économique sur le web. 
- L'objectif de l'atelier était de tester les modes de recherche (illustré par cette vidéo).
- Contraintes : utiliser les outils en ligne.
- Temps : limité à 30 minutes

La méthodologie suivie :
- Les étudiants ont procédé à l’interrogation de Google avec des requêtes complexes.
- Ils ont comparé l’expression « intelligence économique » avec des expressions voisines : « veille stratégique », « souveraineté numérique », « sécurité économique », « guerre économique ». Pour être sûr que l’article parle bien de ces domaines, la requête a été écrite de telle manière à n’avoir que des résultats qui comportent dans le titre l’expression voulue.
- Ils ont comptabilisé le nombre de résultats annuel pour chacune des requêtes sur les 17 dernières années.

Requêtes :
- Ils ont interrogé Google avec une première série de requêtes : intitle:"intelligence économique", intitle:"veille stratégique", intitle:"souveraineté numérique", intitle:"sécurité économique" et intitle:"guerre économique".
- Puis ont lancé une seconde série de requêtes pour rechercher quand le mot « formation » était présent dans le corps du texte (sur le modèle : intitle:"intelligence économique" formation).
- Et enfin, une troisième série de requête pour rechercher le mot « conférence » (sur le modèle intitle:"intelligence économique" conférence).

Analyse :
Ce premier graph présente les expressions les plus utilisées. Dans l’ordre : intelligence économique, veille stratégique, guerre économique, souveraineté numérique, et sécurité économique. Toutes les courbes sont ascendantes. Il y a de plus de plus de publication sur l’IE. On peut repérer trois années où la courbe augmente moins vite ou décroit franchement (2008, 2012 et 2014).
Les thèmes suivants peine à émerger. Ainsi Google a indexé moins de 100 publications en 2017 comprenant dans le titre l’expression « souveraineté numérique » ou « sécurité économique ».

UPME TD Titre

Ce second graph présente les résultats avec le mot « formation ».
L’ordre est le même. Il y a moitié moins de résultats.
On repère les mêmes inflexions (2008, 2012 et 2014) auxquelles on peut rajouter 2016.
UPME TD formationCe troisième graph présente les résultats avec le mot « conférence ».
On repère les mêmes inflexions (2008, 2012 et 2014). Et paradoxalement ce sont trois périodes où l’expression « veille stratégique » augmente (2008/09, 2012 et 2014). Mais le fait remarquable est la progression nette de la thématique « guerre économique ».

UPME TD conférence

Pour compléter ce travail, ils ont testé Google Trends qui présente les tendances de recherche des internautes sur le moteur de recherche Google (échelle de temps 2012 - 2017). On voit que la recherche "guerre économique" est aussi forte que "veille stratégique", et tend à rejoindre "intelligence économique". 

UPME TD trends2


Et enfin, ils ont testé Google Books qui présente les tendances d’occurrence de ces expressions dans des livres francophones (échelle de temps 1990 - 2008).

UPME TD books

Conclusion :
- Tous ces sujets sont en croissance, ce qui est une bonne nouvelle.
- L’expression « Intelligence économique » est deux fois plus utilisée que « veille stratégique ».
- Le volume d’articles indexés est faible. L’expression IE se retrouve dans le titre d’environ 800 articles par an maximum en 2017.
- Le sujet de la « guerre économique » associé au mot « conférence » fait une percée en 2017. Cela est certainement dû au travail de communication de l’Ecole de Guerre Economique. On voit aussi paradoxalement que le nombre de livres sur le sujet baisse. 
- La progression est en dent de scie (creux en 2008, 2012, 2014). Il est difficile d’établir une causalité avec des événements en IE. Une hypothèse serait une corrélation avec les mandats des hauts représentants à l’intelligence économique (Alain Juillet : 2003 – 2009, Olivier Buquen 2009-2013, Claude Revel 2013-2015).
- Les sujets de la « souveraineté numérique » et « sécurité économique » sont très peu traités malgré leur importance.


Jérôme Bondu

NB : Ce travail est partiel car réalisé dans un laps de temps court, et ne prétend pas être une étude sérieuse. C’est un exercice d’application qui visait à mettre en pratique les techniques de recherche d’information.
L’année 2017 a été rectifiée, dans le sens où nous avons rajouté 1/12ème des résultats pour compenser l’absence de données pour le mois de décembre.

Cet atelier a été réalisé avec les étudiants :
AUCLERQ Olivia
CARRAUD NAOMI
CERBOTARI Corinna
COURDERC Valentin
DAMEME Dylan
KOFFI Alexandra
LAURAC Ingrid
MARGUERITA-BORDEAU Clémence
OLADIPUPO Christine
RIBIGINI Mélissa
SALAOUATCHI Farrah
TECK Mylène
YOMKIL Anaïs