Je rappelle souvent en formation que les outils que nous utilisons et qui nous rendent de multiples services ne sont pas neutres. A titre d’exemple Linkedin est un magnifique outil d’ingénierie sociale. Microsoft (qui a eu la bonne idée de racheter le réseau social) a ainsi une magnifique cartographie de dizaines de millions de collaborateurs de centaines de milliers d’entreprises à travers le monde. Pour illustrer cette idée, j’ai téléchargé mon archive Linkedin. Et je vous propose d’y déceler les entreprises qui y sont le plus présentes. Avec l’idée qu’elles sont peut-être celles qui font le plus d’intelligence économique.

Il faut préciser que j’utilise Linkedin depuis le 23 avril 2004 (un an après sa création), alors que j’étais dans l’IE depuis déjà 4 ans. De plus j’utilise Linkedin essentiellement à des fins professionnelles. J’ai un réseau plus qu’honorable en IE. Et pour finir que je suis assez sourcilleux sur la qualité des demandes que je reçois. J’ai écrit à ce propos un article où je dénonce les faux profils… Bref, si j’ai bien sûr des amis d’enfance, des copains et autres voisins, une bonne partie de mes 7000 et des brouettes de contacts sont dans la veille, l’IE, la sécurité, le lobbying et autres joyeusetés professionnelles. Ceci étant posé, commençons le travail. Voici la méthodologie.

La récupération de l’archive se présente ainsi :

Linkedin capture initiale

Le fichier « Connections.csv » vous donne après quelques « conversions » un beau tableau avec les champs : Prénom, Nom, email, Structure et Poste. Voici les premiers contacts.

Linkedin capture excel

J’ai intégré tout cela dans Gephi (on pourra lire mes précédents articles sur Gephi, notamment celui où je démontre que selon que l’on utilise Google ou Bing pour rechercher des professionnels de la veille nous n’avons pas du tout les mêmes résultats).
La première cartographie n’est pas parlante car mes 7000 contacts font un amas d’où rien ne se distingue.

Linkedin capture0
J’ai alors eu l’idée de ne conserver que les structures où j’avais au moins deux contacts. Un petit tour de passe-passe avec excel et me voici avec un tableau beaucoup plus intéressant de 2395 contacts dont la cartographie dégage quelques entreprises très présentes dans mon réseau. On y voit clairement Orange, BNP, les CCI, Thales, Soc Gen, SNCF, Total …

Linkedin capture1

Qu'en conclure sur le pouvoir que nous offrons aux outils en ligne, ... et dans le cas présent à Microsoft : il suffit qu’il corrèle mes contacts et ceux de toutes une série d’autres professionnels de l’IE pour avoir une cartographie magnifique de l’Intelligence Economique en France ! Idem pour les cartographies politiques, lobbyistes, acteurs du nucléaire, de la Défense ou de la lingerie fine…

Les services « offerts » par ces outils ne vont pas sans contrepartie. Surtout quand ils ont une position monopolistique. Cette contrepartie est difficile à mesurer aujourd’hui. Mais il est certain que nous paierons l’addition tôt ou tard. Internet, magnifique outil de liberté, d’épanouissement et d’accès aux savoirs, me fait parfois penser à un gigantesque système de Ponzi dont les prochaines générations seront les débiteurs finaux.

Jérôme Bondu


Note 1 : Bon bien sûr ce petit travail sans prétention ne serait pas complet si je ne soulevais quelques biais méthodologiques qui entachent sa rigueur scientifique ;-))
- D’abord je ne suis pas entièrement représentatif du secteur. Je ne suis qu’un des milliers acteurs de l’IE en France.
- Ensuite il y a une surreprésentation des entreprises où j’ai fait des missions, ou j’ai des amis, …
- Pour éviter trop de dispersion j’ai regroupé les personnes qui travaillaient dans des structures ayant de implantations régionales (toutes les chambres de commerce sont par exemple regroupées sous l’appellation CCI).

Note 2 : On pourra lire des articles similaires :
-Simulons comment Youtube peut analyser votre personnalité.
-Les professionnels de l’IE font-ils vraiment de la veille, de l’influence et de la sécurité économique ?


Note 3 : Il y eu beaucoup de projets de cartographie de réseau à partir des médias sociaux :
-Linkedin avait un temps mis à disposition un outil de cartographie de ses contacts. Mais il l’a rapidement retiré tant la carto que nous pouvions générer était compliquée à paramétrer. Voici la mienne à l’époque.

Linkedin ancienne carto
-Le MIT a proposé de cartographier ses contacts Gmail. J’ai participé à ce programme en tant qu’utilisateur. Il était possible de naviguer dans cette cartographie ce qui en faisait un outil passionnant !!
Linkedin MIT gmail
-Je finis cet article en citant une autre référence utile : le projet Algopol qui proposait de cartographier votre réseau Facebook. Voici la génération de mon graph (incomplet).
Linkedin algopol
Ces trois projets sont aujourd’hui clos, mais il est certain que d’autres initiatives refleuriront tôt ou tard.

Si cela vous intéresse, j’organise des formations sur ces sujets !




Screenshot 2018 6 5 Comment contrôler lhistorique de ses recherches sur Google

J'ai trouvé un article intéressant dans https://facemweb.com/notoriete-sur-le-web/historique-compte-google

Je vous livre quelques extraits que vous pourrez consultez entièrement sur le site Facem web.

Bonne découverte ...
"Les données récupérées par Google sont accessibles assez facilement. et Google vous encourage bien entendu au travers de la connexion des différents appareils sur votre compte à centraliser ces données pour vous les présenter. On est loin aujourd’hui du fonctionnement originel du moteur de recherche. Stockées donc, ces données d’historiques de recherche vous seront accessibles en suivant ce lien et en étant connecté :

https://myaccount.google.com/activitycontrols/search

Là, vous pourrez inclure l’historique de navigation du navigateur Chrome ainsi que l’historique de vos activités sur les sites Internet et les applications qui utilisent des services Google, c’est à peu près le cas de toutes actuellement, la mise en place de la RGPD influençant fortement l’usage de ces outils à l’avenir.

(...)

C’est également à cette adresse fort déterminante que vous pourrez contrôler, supprimer aussi votre activité sur le Web et les applications utilisées dans de nombreux produits qui affichent des suggestions et des mises à jour.

(...)

Vous pourrez modifier ici la manière dont Google récupère les données, mais aussi retrouver au besoin une recherche que vous aviez réalisée. C’est un petit plus tout de même que cet archivage parfois"...

 

Jérôme Bondu

 

liendirect

J'aurai le plaisir d'animer un échange sur les « Stratégies d’influence » le mardi 19 Juin 2018
Dans le cadre d'un petit déjeuner à 8h30 au restaurant "Chez Françoise" (Aérogare des Invalides face au 2 rue Fabert -75007 Paris)

L'événement est organisé par www.liensdirects.fr présidé par André Added.

Ce sera aussi l'occasion pour moi d'évoquer mon prochain livre sur la maitrise d'internet.

Participation aux frais : 15 euros
Réservation : contact [at] liensdirects.fr

Jérôme Bondu



alternaMarjorie Meunier, fondatrice d’Alterna Recherche & Développement, est intervenue le 17 avril 2018 dans le cadre du réseau Inter-Ligere Lille. Sa conférence passionnante, intitulée l’inconscient des organisations, a été filmée, et je ne reprends dans ce court article que quelques éléments introductifs : mythes, rituels, tabous et représentation.

Les mythes d’entreprise sont introduits comme la mémoire d’entreprise théâtralisée. Ils permettent d’incarner les valeurs fondamentales de l’entreprise.
Il existe différents types de mythe :
- Mythe de fondation
- Mythe de refondation ou de transformation, pour redonner du sens.
- Mythe lié à un personnage.
- Mythe lié à des grandes erreurs, pour éviter de les reproduire.

Ces mythes peuvent être réactivés à travers des rituels.
- L’exemple des rituels maçonniques, souvent peu connus des profanes, ou encore, ceux très classiques des mariages ou enterrements ont permis d’illustrer leur part et poids dans le quotidien de nos sociétés. L’évocation des rituels d’entreprise comme la pause-café ou l’entretien d’embauche a permis à chacun de comprendre ce concept.
- Le processus d’intégration est un rituel que l’on retrouve dans l’entreprise au moment de l’embauche. L’embauche se découpe en trois étapes, qui sont des invariants dans beaucoup de cultures : d’abord l’exclusion du groupe, puis une ou plusieurs épreuves, le fameux entretien, puis la réintroduction dans le groupe avec la journée d’intégration.
- L’apparence, la tenue, aussi peut être très codifiée. Le port de la cravate ou du t-shirt implicite est très signifiant sur le style managérial.
- Ainsi ces rituels permettent de forger une identité de groupe, d’obtenir un engagement, de guider les actions vers des objectifs collectifs, et de scander les périodes de temps.

Les tabous sont aussi des éléments très importants car ils révèlent les enjeux du groupe. Mais comme ils sont le plus couramment non-exprimés, ils se révèlent en creux et sont difficiles à identifier. Ils sont pourtant souvent des freins majeurs au développement des organisations. L’anthropologue peut identifier ces freins, et les leviers de transformation associés.

Les « représentations » enfin sont un objet essentiel car elles créent un univers social, une réalité collective. En entreprise, on rejette régulièrement les innovations car elles ne cadrent pas avec les représentations et les manières de faire, matérialisées par cette réplique : « c’est comme cela que cela fonctionne ici » ou le « not invented here ».  

Tous ces éléments fonctionnent en système, selon les structures formelles et informelles. Le système sera animé par la « dynamique » impulsée volontairement ou non. L’anthropologue est un spécialiste des externalités positives liées à la mise en mouvement des groupes ainsi qu’à l’analyse de leur fonctionnement.

En décryptant le monde de l’entreprise au travers de cette grille de lecture, Marjorie Meunier apporte une vision nouvelle, pertinente et rafraîchissante. Ainsi c’est avec une certaine originalité qu’Alterna R&D apporte une contribution dans le traitement et la perception de l’information au coeur des organisations.

Jérôme Bondu

site : https://www.alterna-workdifferrant.com/ ou @WorkDiffErrant sur les réseaux sociaux. #WorkDiffErrant & #Anthroprise

Prochaine soirée sur Lille : le 7 juin 2018 avec Veille Connect



renardLe jeudi 14 juin 2018 à 19H30
Le Club IES de l’IAE de Paris Alumni
Et le réseau Inter-Ligere Paris
Vous invitent à la 144ème conférence-débat sur le thème  :


Darknet, Mythes et réalités

Par Jean-Philippe Rennard  

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THEME :
Aux yeux du grand public, toujours friand de sensationnel, le Darknet n’est qu’un espace sinistre au service des crapules en tout genre. Pourtant, il est bien plus que cela. Le Darknet est un ensemble diversifié, à la fois sombre et lumineux, où se croisent truands, geeks, activistes et dissidents.
Jean-Philippe Rennard présentera :
- Les aspects technologiques : réseaux pair-à-pair, les mixnets, Tor, Freenet, ou Telegram.
- Les aspects sociologiques et comportementaux.
- Les aspects politiques.

INTERVENANT :
- Jean-Philippe Rennard est Professeur à Grenoble Ecole de Management. Economiste et informaticien il travaille sur les applications des algorithmes biomimétiques à l'économie et à la gestion. Il est ancien Doyen du Corps Professoral.
- Il est auteur de « Darknet, Mythes et réalités », Ellipses 2016

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants par Jérôme Bondu
19h30 - 20h15 : Intervention de Jean-Philippe Rennard
20h15 - 21h00 : Débat avec la salle
21h00 – 21h45 : Cocktail dînatoire

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LIEU :
IAE de Paris. 8 bis, rue de La Croix Jarry
Paris 13ème

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE (lien) :
Inscription en ligne ou par chèque.
- 6€ pour les membres de l’AAE IAE.
- 16€ pour les non membres, dont 10 € remboursés aux IAE en cas de cotisation payée sur place ou dans la semaine qui suit l'événement.

Jerome Bondu








casablancaLa veille stratégique est indispensable dans un contexte économique ultra-compétitifs pour aider les entreprises à toujours rester en phase avec leur environnement : évolutions des pratiques commerciales, liens entre ses fournisseurs et ses concurrents, innovations produit, nouveaux acteurs entrants, etc. Les capacités de développement d'une entreprise dépendent donc évidemment de paramètres extérieurs. Or ceux-ci sont de plus en plus mouvants. D'où l'importance de renforcer sa capacité d'écoute de l'environnement au sens large.

Pour réussir sa démarche de veille stratégique, il est indispensable de se placer dans une logique prospective pour surveiller en permanence le marché et la concurrence  afin d'anticiper les évolutions probables sur les prochaines années.

Comment et pourquoi faire une veille stratégique  ? C’est ce que je vais expliquer dans le cadre du séminaire de formation organisé à Casablanca par le cabinet MENOSYS et Inter-Ligere les 11- 12 Mai 2018.

Programme :

Déterminer les enjeux de la veille concurrentielle et stratégique
- Le processus de planification stratégique.
- Les évolutions des marchés.
- La veille concurrentielle : outil de réduction de l’incertitude.

Définir les objectifs de la veille
- Observer, analyser et comprendre les évolutions de l’environnement.
- Anticiper les changements.

Mettre en place une méthodologie de benchmarking et organiser sa démarche de veille active
- Le benchmarking : à la recherche des bonnes pratiques.
- Les différents domaines de la veille : règlementaire, technologique, concurrentielle.
- La définition du périmètre de la problématique à adresser.
- La mise en place d’un réseau.
- Le panorama des sources d’information off-line et on-line.
- Les outils de surveillance.
- L’analyse et l’interprétation de l’information.
- Le classement et la diffusion des recommandations.

La collecte, le traitement et la diffusion de l’information utile :
- Organisation et méthodes pour le recueil des informations pertinentes.
- Surveiller les signaux faibles.
- Identifier les principaux acteurs de la veille : mettre en place un dispositif de veille humain.
- Faciliter l’échange et le partage d’informations en dynamisant un réseau interne d’experts.
- Prendre en compte les réseaux et les stratégies d'influence.

Panorama et manipulation d’outils de veille :
- Logiciels et plateformes de veille disponibles
- Agrégateurs de flux RSS
- Réseaux sociaux d’entreprise (RSE) et leur utilité


Informations :
- Durée : 2 jours
- Prix : 6500 DH/HT
- Date : 10 – 11 Mai 2018
- Lieux : Hôtel Barcelo

Inscription :
- Soit via MENOSYS / Tél : +212 (0) 522.22.01.03 / GSM : +212 (0)648.50.48.78
contact [at] menosys.com / Code formation : VS 15
- Soit via le formulaire en ligne

 

 

Le jeudi 12 avril 2018 à 19H30
Le Club IES de l’IAE de Paris Alumni
Et le réseau Inter-Ligere Paris
Vous invitent à la 143ème conférence-débat sur le thème :

L’avenir de l’Intelligence Economique
dans un monde d’Intelligence Artificielle

Par Alain Garnier & François-Régis Chaumartin
Inscription

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THEME :
Que ce soit dans 3, 5 ou 10 ans, nous allons connaître dans un avenir plus ou moins proche l’avènement de l’Intelligence Artificielle. L’onde de choc de cette révolution va être ressentie dans toutes les activités économiques, … y compris dans le monde de l’intelligence économique.
- Quels seront les impacts de l’IA dans notre pratique de la veille ?
- Quelles évolutions pour les outils ?
- Comment adapter nos pratiques ?

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INTERVENANTS :
- Alain Garnier est multi-entrepreneur, co-fondateur de Jamespot, expert en réseaux sociaux et conférencier sur le domaine du numérique. Ingénieur et homme de lettres, il est l'auteur de "Le réseau social d'entreprise" et de "L’information non structurée dans les entreprises : Usages et outils" publiés aux éditions Hermès-Lavoisier.
- François-Régis Chaumartin, ingénieur en informatique et docteur en linguistique théorique a aussi suivi le cursus HEC Challenge+. En 2007, il a créé Proxem, éditeur de logiciel d’Intelligence Artificielle (deep learning) appliquée à l’analyse des Big data textuelles, dans la plupart des langues.

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE :
19h15 - 19h30 : Accueil des participants par Jérôme Bondu
19h30 - 20h15 : Intervention d’Alain Garnier et François-Régis Chaumartin
20h15 - 21h00 : Débat avec la salle
21h00 – 21h45 : Cocktail dînatoire

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LIEU :
IAE de Paris. 8 bis, rue de La Croix Jarry
Paris 13ème

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INSCRIPTION OBLIGATOIRE :
Inscription en ligne ou par chèque.
- 6€ pour les membres de l’AAE IAE.
- 16€ pour les non membres, dont 10 € remboursés aux IAE en cas de cotisation payée sur place ou dans la semaine qui suit l'événement.

Au plaisir de vous y revoir,
Jerome Bondu




darknetDans le même veine que mon billet sur le livre de Rayna Stamboliyska "La face cachée du web", je recommande "Darknet, mythes et réalités" de Jean-Philippe Rennard.

L'ouvrage est plus technique que celui de Rayna. Les réseaux mixnet, P2P, la crypto, la blockchain, ... sont expliquées du point de vue technique. J'avoue avoir sauté quelques encarts détaillés, mais l'architecture très solide du livre permet de s'y retrouver très facilement.

L'auteur (comme Rayna) explique que le Darknet est un rouage important de la liberté d'expression ; Que s'il charrie malheureusement des éléments peu recommandables (doux euphémisme), cela ne justifie pas que l'on jette l'anathème sur ces outils. Comme il l'explique dans cette vidéo il a écrit ce livre dans une optique militante,  pour lutter contre un mouvement de désinformation profond. Une présentation sous format Prezi résume bien le livre.

A lire donc pour ceux qui s'interrogent sur cette face cachée du net, et qui voient dans la marchandisation du web un danger au moins aussi redoutable que son utilisation à des fins illégales.

Et comme la compréhension du Darkweb et du Darknet me semblent essentiels, j'ai invité ces deux auteurs à animer deux conférences en mars et en mai:
- Rayna Stamboliyska interviendra le 15 mars
- Jean-Philippe Rennard interviendra le 17 mai 

Au plaisir de vous y revoir,

Jérôme Bondu



gafam contre internetJe recommande le livre "Les GAFAM contre l'internet – une économie politique du Numérique", de Nikos Smyrnaios. J’y ai appris beaucoup de choses.

Nikos Smyrnaios est maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à Toulouse 3.

Le titre m’avait accroché, mais mes premiers pas dans l’ouvrage n’ont pas été très positifs. Il évoque le "triomphe du néolibéralisme", le "nouvel espace transnational de circulation du capital", "l’ordre capitaliste nouveau" … je ne m’y retrouvais pas trop. J’ai failli arrêter.

J’aurais eu tort. En réalité sa très bonne connaissance du domaine et sa grille de lecture ont font un ouvrage très intéressant.

Il évoque d’abord « l’origine de la marchandisation d’internet », avec au commencement l’ARPANET qui était issu du secteur public, avant que le tournant libéral des années 90 dérégule les télécoms et pave la voie à la privatisation des acteurs des télécoms et du numérique. Il évoque au passage le rôle du démocrate Bill Clinton et de son conseiller Al Gore qui ont contribué à renforcer le privé au dépend du public.

Après avoir campé ainsi le décor, on débouche sur un second chapitre intitulé « Privatisation de l’internet ». Il évoque deux éléments qui vont pousser dans le même sens : la culture financière du capital risque, et la culture start-up véritable « laboratoire du travail dérégulé ».

Le chapitre suivant explique les « conditions d’émergence de l’oligopole de l’internet ». Il détaille les spécificités des biens numériques : le phénomène de « non rivalité », « les externalités positives », « l’abaissement des couts de transactions », la logique du « winner takes all », l’inertie des régulateurs face à l’évitement de l’impôt, et comment tout ceci participa à créer des super-puissances oligopolistiques… Un des chapitres -à mes yeux- les plus intéressants.

Dans le chapitre qui suit l’auteur focalise sa réflexion sur l’infomédiation, avec une analyse poussée de Google et Facebook. Il évoque la concentration verticale (systèmes d’exploitation, cloud, réseaux) puis horizontale (mail, réseautage, actualités) des deux mastodontes.

Puis vient un décorticage du modèle de régie publicitaire des deux géants de l’internet Google et Facebook. Il rappelle que le système de résultats sponsorisés dans un moteur de recherche a été mis en place une première fois par Bill Gross pour son moteur goto.com, et que même ce dernier l’avait repris du moteur de recherche Open Text Index. Les fondateurs de Google n’ont donc pas inventé le principe de publicité, et même l’avaient critiqué à leurs débuts en 1998. On retrouve dans un de leurs papiers l’idée qu’un moteur de recherche ne pouvait pas présenter des résultats d’annonces publicitaires sans se heurter à des incohérences fondamentales (hahaha … quand on sait que c’est ce qui va faire leur richesse). Il rappelle l’extraordinaire captation d’information des cookies, le marché des données personnelles, et finalement « l’impossible régulation démocratique ». Passionnant aussi.

Je termine ce billet avec une reprise de la conclusion de l’auteur « il y a une prise de conscience collective que la direction prise par l’internet n’est pas la bonne : marchandisation accrue, concentration des ressources, surveillance omniprésente. L’internet sous l’emprise étouffante de l’oligopole est en train de ressembler de plus en plus à ce à quoi il était censé s’opposer, à savoir l’informatique conçue comme une technologie de domination ». Bel exposé, très argumenté qui étaye bien le postulat du titre « les GAFAM contre l'internet » !

Cela vaut le coup de passer quelques temps lire ces 122 pages… Je pense notamment aux pseudo digital natives, qui sont en réalité … digital analphabète ( ou analphaNet :-) tant elles méconnaissent les véritables rouages du web !

Pour finir voici quelques références :
-Vous pouvez lire ici de larges extraits du livre
-Il y a aussi cette longue vidéo (que je n’ai pas regardé intégralement) qui semble reprendre assez fidèlement le déroulé du livre
-Enfin ces deux articles, l’un de l’Humanité et l’autre du Figaro


Jérôme Bondu

NB : le hasard a voulu que l’auteur soit un collègue de Guillaume Sire dont j’ai chroniqué récemment le dernier ouvrage.



Il semble bien que la réponse à la question posée dans le titre soit malheureusement positive. Le dernier cas en date (à ma connaissance) est une rediffusion sur France Culture d’une émission d’Amaury Chardeau. L’émission s’intitule « A la guerre économique comme à la guerre »

On peut lire sur la page de présentation :

« Dissimulant jusqu’à son existence derrière des appellations protéiformes (espionnage industriel, renseignement compétitif, renseignement d’affaires…) «°l’intelligence économique°» désigne le fait pour une entreprise de lorgner sur les secrets technologiques, commerciaux ou stratégiques de ses rivales. Ou bien d’œuvrer à déstabiliser ces dernières pour mieux les éliminer. »

Déjà là c’est débile. L’intelligence économique ne dissimule pas son exitance derrière l’expression «°espionnage industriel°». Ce serait même plutôt l’inverse. Des cabinets en dehors des clous de la légalité maquillent des opérations «°d’espionnage industriel°» sous l’appellation fallacieuse d’intelligence économique.

Quand on écoute son émission, on peut entendre à la quatrième minute (et 22 secondes soyons précis) des précisions sur le grand amalgame du journaliste :

« Ce pourrait être le casse du siècle à venir dissimulant jusqu'à son existence derrière des appellations protéiforme : espionnage industriel et commercial, renseignement concurrentiel, renseignement d'affaire ou bien comme on le désigne aujourd'hui pudiquement en France intelligence économique. L'espionnage de l'argent en somme (...) darwinisme élémentaire propre au capitalisme. A ce jeu là tout est possible intrusion informatique, vol à l'arrachée dans des aéroport, micro disposé sous des tables, campagne de diffamation, innocents stagiaires ... »

C’est navrant. On appréciera particulièrement le "darwinisme élémentaire propre au capitalisme" ... C'est sûr que le propre du socialisme sociétique a été except de tout reproche, comme le rappelle la page wikipea consacrée au Concordov "La conception du Tu-144 est due, au moins partiellement, à l'espionnage industriel au profit du GRU".

Cela m’a donné envie de faire une rapide analyse.

espionnageJ’ai fait une requête sur Gogol pour rechercher les articles qui comportent dans le titre le mot « espionnage » et l’expression « intelligence économique ». On obtient 317 résultats. Attention, certains de ces résultats critiquent justement l’amalgame ou précisent les différences. Comme mon interview de Franck DECLOQUEMENT pour ActuEntreprise et intitulée « Espionnage et Intelligence économique ».  J’explique en fin de billet pourquoi j’ai récupéré tous ces articles sans distinction.

J’ai ensuite intégré un filtre temporel pour que la date d’indexation apparaisse. Malheureusement je n’ai pu récupérer que 56 résultats datés (soit 1/5 du total).

espionnage2Ce sont ces 56 articles que j’ai cartographiés (ci-dessous).
Et l’on voit que le nombre d’articles qui parlent de ces deux thèmes (espionnage et IE) n’est pas en baisse. La courbe de tendance (polynomiale) en fait foi.

Conclusion : Il reste du boulot ! le travail de communication n’est pas achevé.


Jérôme Bondu

Nb : Pourquoi avoir intégré indistinctement tous les articles qui mentionnent IE et Espionnage ?
- Premièrement, je l’avoue, pour m’éviter un travail fastidieux de traitement ;-)
- Deuxièmement, parce que cela a quand même du sens de garder un article qui cherche à expliquer que IE et espionnage ne sont pas la même chose. Cela veut dire que le sujet mérite d’être traité, donc que l’amalgame est à combattre.
Je tiens à votre disposition le tableau excel ...