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Suite à la demande d'un des lecteurs du billet précédent, voici quelques extraits qui illustrent une des interprétations possibles de l'affaire Perrier.

 

Les extraits ci-dessous sont issus de l'allocution de Christian Harbulot et Philippe Baumard, intitulée "Intelligence économique et stratégie des entreprises : une nouvelle donne stratégique". Cette intervention a été donnée à la Cinquième Conférence Annuelle de l'Association Internationale de Management Stratégique le 14 mai 1996.

 

 

Voici quelques extraits qui résument la thèse des auteurs :

"Le 19 janvier 1990, un laboratoire de Caroline du Nord dans la ville de Charlotte décèle des traces de benzène (substance cancérigène) dans une quinzaine de flacons d'échantillons de Perrier (...).

 

Perrier ne détient en propre que 6% du marché américain d'eaux minérales soit 150 millions de dollars de revenus annuels. Mais, grâce à ses acquisitions, Perrier contrôle 25% du marché des eaux gazeuses (sparkling waters) aux États-Unis soit 500 millions de dollars de chiffre d'affaires (...).

 

(suite à la découverte de traces de benzène) le 14 février 1990, Gustave Leven, Président de Perrier, annonce le retrait des 160 millions de bouteilles du marché mondial pour un coût évalué à 400 millions de francs (200 millions de francs après impôts soit un cinquième du bénéfice net réalisé en 1988) (...).

 

Le Professeur Jean-François Girard, Directeur Général de la Santé déclare « La consommation quotidienne d'un demi litre de Perrier pendant 30 ans n'augmenterait que d'un millionième le risque d'apparition d'un cancer [...]. La décision de retrait des eaux Perrier ne correspond nullement à une mesure d'ordre sanitaire » (?).

 

De nombreux mouvements stratégiques suivent immédiatement l'affaire Perrier. Le 19 mai 1990, Coca-Cola inaugure l'usine la plus grande, la plus moderne et la plus sophistiquée du monde à Dunkerque dans le but d'approvisionner l'Europe de l'Est. Le 28 mai 1990, Cadbury Schweppes rachète une partie des boissons non minérales de Perrier (excepté Pepsi) pour un montant de 1,2 milliard de francs (...).

 

Le 29 novembre 1990, dans une déclaration d'intention commune, Coca-Cola et Nestlé annoncent leur association pour la fabrication de boissons au café et au thé. Enfin, en 1991, le Groupe Nestlé rachète la société Perrier (?)."

 

Je laisse à ces deux prestigieux auteurs la responsabilité de la démonstration (voir le texte complet de leur l'allocution ). Leurs propos est d'illustrer un cas de "non-marché" où des acteurs économiques cherchent à lutter contre d'autres acteurs avec des moyens qui sortent du jeu traditionnel. Christian Harbulot et Philippe Baumard sont parmi les promoteurs de méthodes d'intelligence économique offensives, partant du principe qu'il faut s'adapter avec réalisme aux pratiques en cours.

 

L'Ecole de Guerre Economique enseigne cette vision de l'IE. Parmi les sites qui relayent cette vision, citons Infoguerre.fr (où d'ailleurs un article écrit en 1994 présente le cas Perrier en insistant sur la contre offensive informationnelle mise en place par ce dernier).

 

La visibilité sur internet (réputation numérique ou e-réputation) est devenue un nouveau champ de bataille. D'où l'importance de connaître les règles en attaque et en défense.

 

Cordialement,

Jérôme Bondu