les echosLes Echos a publié le 18 novembre 2019 un article titré « Google accusé de manipuler les résultats de son moteur de recherche ». Nicolas Rauline, l’auteur de l’article, explique que le Wall Street Journal a réalisé des tests qui prouvent que Google « modifie sciemment les résultats de son moteur de recherche, pour servir ses propres intérêts et ceux de ses partenaires ». Google aurait ainsi favorisé les clients de sa propre régie publicitaire. Deuxième point, l’outil d’auto-complétion, qui vous aide à écrire vos requêtes, aurait aussi été modifié pour exclure certains thèmes polémiques. Ce sujet avait déjà créé une certaine indignation quand on s’était aperçu que l’outil aidait à compléter des questions racistes « pourquoi les Arabes sont … » « pourquoi les Juifs sont … ». Troisième point, Google « emploierait des sous-traitants pour vérifier régulièrement la qualité de ses résultats de recherche. » Alors que Google nie faire intervenir des humains dans son algorithme.

Bref, sale temps pour Google. Et quand on connait le pouvoir tentaculaire de Big Brother Google, on ne peut que s’en réjouir. Mais … quelque part, ces critiques s’appuient sur un raisonnement que me semble -en toute modestie- vicié. Explications …

Un modèle économique normal

En effet chaque émetteur d’information à sa propre ligne éditoriale, son modèle économique, et fait la promotion de ses services sur son support. Ainsi France Inter promeut régulièrement ses chroniqueurs, et notamment ses humoristes, quand ils font un spectacle. Idem pour les œuvres culturelles que la radio soutient comme le livre inter… Les chaines de télévision promeuvent elles-aussi leurs émissions sur leurs propres chaînes. Et les journaux comme les Echos ne s’en privent pas, puisque sur ce même numéro du 18 novembre, un petit encart en première page fait la publicité de la chronique de Dominique Seux dans l’émission « l’Edito Eco » sur France Inter à 7h45. La pratique est donc courante.

Pourquoi donc refuser à Google ce que tout le monde fait ? Chacun promeut en effet ses services sur ses supports de communication, et c’est bien compréhensible. Ainsi il est normal que Google promeuve ce qu’il veut… car ce moteur est fondamentalement une régie publicitaire qui vit de la vente de nos données.

Vouloir « redresser » Google, l’amender, en faire un outil « neutre » au service du bien commun est une erreur fondamentale. Car étant propriétaire de son algorithme, il pourra toujours le manipuler à loisir.

Laissons Google faire ses petites manipulations

Il faut en réalité, laisser Google faire ses petites manipulations pour que le grand public le voie tel qu’il est réellement. Pour que cela incite une partie significative de la population à changer de crèmerie. Pour que l’on retrouve plusieurs fenêtres sur le web. Pour que l’on utilise plusieurs moteurs de recherche. Pour que l’on retrouve une forme de liberté, n’ayons pas peur des mots.

L’horreur serait que Google s’approche de cette espèce de « neutralité » qu’on veut lui faire endosser, et qu’il finisse d’écraser totalement et définitivement toutes autres solutions alternatives. Évitons ce scénario cauchemardesque. Laissons Google vivre sa vie de régie publicitaire et formons le grand public à une utilisation experte et pluraliste du web !

Jérôme Bondu
Directeur de la société Inter-Ligere.fr
Président du Club IES


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