Ce post correspond à l'intervention de François David, président de la Coface, au Club des Vigilants le 17/09/2003. 

Ce compte rendu rédigé par Jérôme Bondu et Miguel Vasone date de cette époque. Il est amusant à postériori, de voir M. David mentionner des faiblesses en Allemagne, les conséquences d'un baril de pétrole à 30$ et d'autres éléments, comme le relèvement des pays émergents. 
Ce compte rendu informel n'engage que ses auteurs.

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Présentation de la Coface
Le Président de la Coface rappelle qu'à son arrivée, il y a dix ans, le rôle de la Coface consistait beaucoup plus que maintenant à étudier et à garantir les programmes d'entreprises publiques à l'étranger. Aujourd'hui, ces garanties, destinées à soutenir les exportations françaises financées à moyen et long terme qui ne sont pas assurables par le marché privé, ne représentent plus que 6% du chiffre d'affaires. 

François David insiste sur le fait que la Coface est très autonome en termes de prévisions économiques sur les différents risques-pays, et l'observateur peut se demander légitimement la raison pour laquelle elle ne reprend pas purement et simplement les prévisions des grands organismes économiques internationaux. En fait, la Coface de par sa présence mondiale (implantation directe dans 56 pays, 91 pays en comptant les représentations) détient un volume et une qualité d'information unique, qui lui permet de pouvoir noter potentiellement 45 millions d'entreprise grâce à ses 260 arbitres. Mais ces entreprises sont notées sur un seul critère : le non-risque de défaillance à six mois.

La Coface a démontré depuis longtemps la corrélation existant entre l'augmentation du nombre de défaillances d'entreprise dans un pays donné et la chute de son PNB. La sinistralité des entreprises est donc en quelque sorte un indicateur avancé de conjoncture ! Ainsi, dès le début 2001, la Coface avait relevé l'augmentation significative du nombre de faillites aux États-Unis, qui avait précédé la dégradation globale de la situation économique.

Tour d'horizon des risques et chances

En cette fin d'été 2003, François David relève un sujet d'inquiétude (l'Allemagne), un sujet d'interrogation, (les Etats-Unis), une surprise (le Japon), et enfin un espoir (les pays émergents).

Le sujet d'inquiétude est l'Allemagne
. En effet, les effets conjugués de quatre facteurs contribuent à une dégradation significative de la situation économique de ce pays : il y a d'abord le coût de la réunification, qui avait été largement sous-estimé, et qui grève (et grèvera encore pour plusieurs années) largement le budget fédéral, avec des répercussions évidente pour toute l'UE. Il y a ensuite la démographie, la natalité étant particulièrement faible outre?Rhin depuis plusieurs années. Le troisième facteur est la rigidité importante du marché du travail, le quatrième facteur étant enfin la mauvaise santé des banques allemandes, dont la tradition était jusqu'ici de soutenir, y compris en capital, le tissu industriel allemand, et qui sont contraintes, de par leurs pertes et les nouvelles contraintes réglementaires (Mac Donough) de se désengager massivement des secteurs industriels en difficulté, comme le BTP ou la communication.

Le sujet d'interrogation concerne les Etats-Unis d'Amérique
. En effet, on constate que la croissance économique retrouvée depuis quelques mois, qui devrait être de l'ordre de 3 % pour 2003, s'appuie largement sur l'accroissement des budgets militaires. La contrepartie en est l'explosion du déficit budgétaire, qui pourrait approcher les 6 % du PNB américain et un déficit commercial supérieur à 500 milliards de dollars !

La (bonne) surprise vient du Japon
, qui semble enfin sortir de son long marasme. La hausse de la consommation de ces derniers mois doit toutefois être observée avec circonspection dans la mesure où elle pourrait n'être qu'un effet paradoxal du SRAS. Les Japonais ont semble-t-il consommé localement de peur de quitter l'Archipel!

Enfin les motifs d'espoir résident dans la santé retrouvée des pays émergents
, qui, à l'exception notable de l'Argentine, retrouvent des fondamentaux sains qui devraient leur permettre de ne pas revivre la situation des années 97-99. On se souvient que la crise de solvabilité, née en Amérique latine s'était propagé ensuite en Asie, puis en Russie.

Fin des modèles économiques

François David relève d'ailleurs à cet égard que la plupart des " modèles " économiques étrangers des années 70-80 ont volé en éclat. Ainsi, le Japon : la forte spécialisation technologique à l'exportation appuyée sur une symbiose privé-public (le fameux MITI) n'a pas résisté à l'ouverture des marchés des années 90. De même, on a parlé (surtout en France) du modèle rhénan (capitalisme subtil fondé sur une alliance bien comprise entre l'industrie et les banques et soutenu à bon escient par le gouvernement) prôné par Michel Albert milieu des années 80 : ce modèle, a lui aussi été battu en brèche par le vent de libéralisation.

Restait donc le modèle américain, qui a montré très récemment toutes ses faiblesses. On pu voir par exemple ce qu'il en était du dogme de la transparence des comptes (ENRON, Mobilcom,...) et des dérives de la course aux résultats induite, entre autre, par l'obligation de produire absolument des comptes trimestriels. 

Débat avec la salle :

M. Bernard Esambert, Président du Club des Vigilants, releva que le déficit américain n'est plus, comme dans le passé, gagé sur l'or.

François David aborde Cancun, en relevant que rendre public un accord sur l'agriculture entre les États-Unis et l'Europe quelques semaines avant ce sommet de l'OMC condamnait pratiquement celui-ci à l'échec. On peut se demander si les Américains n'avaient pas finalement intérêt à cet échec, qui les autorise à passer un certain nombre d'accords bilatéraux et non plus passer sous les fourches caudines d'un accord mondial concernant 146 pays. François David relève d'ailleurs qu'il n'y a plus grand-chose à discuter aujourd'hui (il n'y a pratiquement plus de droits de douane) et se demande si l'OMC n'a pas tout simplement vécu en tant qu'institution. Au quotidien, il relève que l'absence d'accord général affecte très peu la vie des entreprises (sauf dans certains secteurs comme l'acier, le coton, le café, ...).

À la question d'un participant sur l'amélioration considérable du ratio sinistres sur primes (dit "loss ratio", qui est, à fin juin 2003, descendu à 52,2 %, soit un des plus faibles niveaux jamais enregistrés par Coface), François David l'explique par le rôle joué par l'Allemagne. En effet, l'augmentation de 40 % du nombre de faillites a obligé la filiale allemande de la Coface (700 personnes) à résilier massivement les mauvais risques, le loss ratio de cette filiale passant donc de 110 % à 60 % en un an.

À propos de la Russie, François David estime que ce pays profite de la crise irakienne dans la mesure où le baril est à 30 dollars. Il tient rappeler que la Russie à un PNB qui est équivalent à celui des Pays-Bas. Une discussion s'engage avec la salle sur le sérieux à accorder aux chiffres des ex-pays communistes. Pour l'anecdote, François David rappelle qu'avant l a chute du mur, la RDA se présentait comme la septième puissance économique du monde !