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Entrer en strategieJ’ai lu « Entrer en stratégie » du général Vincent Desportes.

Le général Vincent Desportes, Saint-cyrien, a été à la tête du Collège interarmées de défense (CID) de 2008 à 2010. Il est aujourd'hui professeur associé à Sciences Po et enseigne la stratégie à HEC. Conférencier international, il s'exprime sur les thèmes de la géostratégie, de la stratégie et du leadership. Il est régulièrement consulté par les pouvoirs publics et les grands médias sur les affaires internationales et militaires.
- Vincent Desportes est aussi directeur de la collection « Stratégies & doctrines » aux éditions Economica.
- Il est auteur du livre "La dernière bataille de France", et expert APM.

Vincent Desportes est intervenu au Club IES en mars 2016 (on pourra consulter le compte rendu écrit et la vidéo de sa conférence)

Voici quelques notes de lecture, qui ne se veulent être ni un résumé, ni une synthèse.

En introduction en peut rappeler la différence entre stratégie et tactique :
- La stratégie vise un objectif global et à plus long terme (équivalent de gagner la « guerre ») ;
- La tactique vise un enjeu plus local et limité dans le temps (équivalent de gagner une « bataille »).
- L'art opératif et les opérations visent à aborder la bataille en position favorable.

Vincent Desportes propose une méthodologie pour aborder le champ stratégique :
Faire diagnostic
Analyser objectivement la situation.
Maximiser les sources de renseignement.

Définir des buts
Définir des buts réalistes.
Intégrer nos forces et celles des adversaires.
Déterminer la situation finale dans laquelle nous voulons arriver.

Déterminer des objectifs stratégiques
A partager avec votre équipe, vos partenaires…
Tenables dans le temps.

Mettre en œuvre la stratégie
Prendre en compte que les plans seront forcément bousculés.
Intégrer que « rien de ce que nous aurons prévu ne se passera correctement ».
Intégrer que nous allons nous battre « contre d’autres orientations stratégiques ».
Se focaliser sur les éléments faibles de l’adversaire.
Concentrer ses forces.
Être agile et adaptable dans la capacité à remettre en cause sa propre stratégie.

Contrôler les résultats
Contrôler de la manière la plus objective et impartiale.


Pour finir, le livre de Vincent Desportes « Entrer en stratégie » enseigne que la stratégie est un combat contre un autre mais aussi contre soi-même. Et c'est sans doute le message que je retiendrai en premier lieu. On doit prendre en compte ses propres biais de raisonnement, et intégrer au plus profond de nous la stratégie de l’adversaire. Enfin, il convient d’être le plus souple et mobile possible dans l’évolution de notre stratégie.
A lire !

Jérôme Bondu




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Larry et moi defP1 1303x2048J’ai lu « Larry et moi » de Denis Robert, édité chez Massot.

Le sous-titre parle de lui-même : « Comment BlackRock nous aime, nous surveille et nous détruit ».


L’intérêt de l’ouvrage réside dans la présentation des ramifications de l’entreprise de Larry Fink : Blackrock.
On peut néanmoins regretter que Denis Robert soit dans un tête-à-tête à sa cible, Larry Fink, qui tourne parfois à l’obsession. Remarquez, on ne peut pas dire que l’on n’a pas été prévenu, c’est quand même le titre du livre ! Mais, je ne m’attendais pas à une réflexion autant centrée sur les états d’âme de l’auteur. Néanmoins, comme évoqué plus haut on y découvre quand même une riche description de l’entreprise tentaculaire Blackrock, et des tribulations de son patron. On y apprend par exemple qu’il a ses entrées à l’Élysée.

Extrait :
« Larry Fink a accès à la matrice du capitalisme. Il peut lire tous les bilans de pratiquement toutes les sociétés du monde. Il sait ce qui se joue entre concurrents. Il peut ainsi privilégier l’un ou l’autre dans le plus grand secret. Il est le dieu vivant du capitalisme »

- Denis Robert est passé plusieurs fois chez ThinkerView, dont la dernière prestation était justement centrée sur son livre.
- On pourra voir aussi cette vidéo qui est dédiée à la promotion du livre.

Jérôme Bondu





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renseignement et espionnage pendant l antiquite et le moyen age2xJ’ai lu Renseignement et espionnage pendant l’antiquité et le Moyen Âge. Eric Denécé et Patrice Brun ont réuni 23 contributeurs pour cette somme de plus de 500 pages.  Eric Denécé est une figure bien connue des praticiens de l’intelligence économique.
 
Voici ce qu’en dit la 4e de couverture :

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Dès la plus haute Antiquité apparaissent de nombreuses preuves de l'existence d’organisations de renseignement dans toutes les grandes civilisations : au Moyen-Orient (Mésopotamie, Égypte, Perse), en Extrême-Orient (Inde et Chine) et en Europe (Grèce, Carthage et Rome). L'espionnage est attesté par des textes nombreux : la Bible ; les inscriptions des temples de Louxor ; les récits d’Hérodote et ceux des historiens romains ; et les deux plus anciens traités de stratégie au monde : L’Arthasastra de Kautilya (Inde) et L’Art de la Guerre de Sun Tse (Chine).
Au Moyen Âge, les pratiques du renseignement se pérennisent, notamment dans l’Empire byzantin et en Chine. Les Vikings y recourent systématiquement lors de leurs raids, tout comme les Normands pour la conquête de l’Angleterre. Pendant les Croisades, l’espionnage est pratiqué tant par les royaumes chrétiens que musulmans, comme pendant la guerre de Cent Ans. Les opérations clandestines s’observent également dans la péninsule ibérique lors de la Reconquista, dans l’Amérique préhispanique et au Japon, avec les mystérieux ninjas.
Ainsi, tout au long de l’Antiquité et du Moyen Âge, principautés, royaumes et empires qui s’affrontent pour la domination du monde conduisent des actions secrètes qui comportent tous les volets de l’espionnage moderne : espionnage, contre-espionnage, écritures secrètes, interception des courriers, assassinats ciblés... Ce sont quelques-uns des plus beaux épisodes de l’histoire du renseignement de l’Antiquité et du Moyen Âge que ce livre propose au lecteur.

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Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié :
- La découverte des pratiques d’espionnage en Mésopotamie et dans l’Égypte pharaonique.

- Si on connait tous Sun Tzu, on connait beaucoup moins les pratiques dans l’Inde ancienne, et à ce titre, l’article de Julie Descarpentrie est passionnant. Elle présente le stratège Kautilya du IVe siècle av. J.-C..

- On s’imagine facilement les Vikings en barbares sanguinaires, alors qu’ils étaient aussi des marchands avisés et avaient des systèmes de collecte d’informations remarquables.

- Il en va de même pour Guillaume le Conquérant qui n’a pu conquérir l’Angleterre qu’en masquant ses préparatifs et en préparant minutieusement son débarquement. Il avait des informateurs au plus près de la cour du roi d’Angleterre.

- L’article « Renseignement et contrôle des croyants en islam » est passionnant. L’auteur, Abderrahmane Mekkaoui, après avoir pris des précautions oratoires qui en disent long sur les risques d’apostasie qui pèsent sur les chercheurs en islam, dévoile des facettes totalement passionnantes de l’islam des premiers temps. Il présente notamment Waraqa ibn Nawfal , le cousin de la première femme de Mahomet, Khadidja, et qui était prêtre chrétien - ébionite. Les mariages étant claniques, il est impensable que Mahomet, époux de la très riche Khadidja, soit d’une autre religion qu’elle. En outre, Waraqa ibn Nawfal, tout comme la première fille de Mahomet, Zineb, ont eu un enterrement selon le rite chrétien. Preuve complémentaire avancée par l’auteur. Il explique que l’influence de Waraqa ibn Nawfal a été très importante sur Mahomet qui était destiné à diriger la communauté ébionite de la Mecque. Je cite p336 « Pendant plusieurs années, il [Waraqa ibn Nawfal] forma le jeune Mahomet et le prépara à lui succéder à la tête de la communauté ébionite de la Mecque ». Le reste de l’article parle bien sûr d’espionnage. Mais cette première partie d’article est passionnante.

- Les articles sur les « espies » dans la France du Moyen-Age étaient un peu trop pointus pour moi, et j’avoue honteusement que je les aie en partie survolés.

Pour conclure, le livre est intéressant. On plonge dans près de 5000 ans d’histoire sous un angle tout à fait novateur. C’est la première publication du CF2R que je lis. Et je suis partant pour acheter le second tome qui devrait suivre ce premier opus.

Jérôme Bondu

 

 

 

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Je viens de recevoir un joli mail d’hameçonnage.

Voici le titre du mail : Découvrez notre sélection des meilleurs Champagnes à prix irrésistibles !
Et l’expéditeur : Ventes Privées Champagnes. On va compter les points.

- Premièrement, je me suis effectivement abonné il y a des années à Vente Privée pour avoir des offres sur le champagne. Je me suis par la suite désabonné. J’imagine que leur base a dû être hackée. Un point pour le spammeur.
- Il y a toutes les mentions utiles, par exemple « consulter cet email dans votre navigateur ». Deuxième point.
- Niveau orthographe, c’est bon. Troisième point.
- Je pense qu’ils ont dû s’inspirer d’un vrai message de Ventes Privées. Tout est cohérent. Quatrième point !
- Et cerise sur le gâteau, la référence à la CNIL, le lien de désabonnement, le bouton "signaler comme spam" ! Je me demandais justement depuis quelques temps quand un spammeur allait avoir l’idée de mettre des liens de ce type. Cinquième point !

Bref 5/5 pour ce beau travail ! J’aurai pu me faire prendre.

Par contre il y a deux choses qui ne trompent pas :
- L’adresse de l’expéditeur <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.; (même si, attention, cela peut aussi être usurpé facilement).
- Mais surtout les URL vers lesquels pointent les liens. Ce qui reste la preuve ultime et indubitable du spam https://mail5.wcm-msc.com/view/1dmb/1e7x/rs/7nd7/16r/rs.html qui ne ressemble pas vraiment à une adresse de Ventes Privées


Il y a moins de 6 mois j’avais déjà écrit un article pour signaler que l’arnaque à la nigériane avait fait de beaux progrès !

Bref, vigilance !

Jerome Bondu




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renseignement


J’ai lu un exemplaire de la revue Prospective et Stratégie sur le thème du Renseignement (merci : Nicolas). L’occasion de creuser un peu le sujet.
Les auteurs sont bien connus du monde de l’intelligence économique : Nicolas Moinet, Franck Bulinge, Olivier de Maion Rouge, Christian Harbulot , Eric Delbecque, Ali Laïdi, Vincent Desportes. Il n’y a que deux auteurs que je ne connais pas : le préfacier Fabrice Roubelat. Et Yannick Pech qui est doctorant. Ce numéro est très bien conçu avec des résumés en français et en anglais de chaque article.

Voici quelques notes de lecture tout à fait parcellaires, subjectives et personnelles.

Nicolas Moinet pointe les disfonctionnements du cycle de l’information, et propose un autre axe de réflexion basé sur le couple paralysie-agilité.

Franck Bulinge part, lui, du dysfonctionnement dans la traque du terrorisme radicalisé. Il propose de nouveaux angles d’analyse.

Olivier de Maison Rouge évoque lui un angle mort du renseignement : la sécurité économique. Il présente un schéma très intéressant (p50) de ce qui pourrait être une organisation de l’IE en France. Il imagine une Agence Nationale de la Sécurité Economique et de l’Intelligence Stratégique (ANSEIS) sur le modèle de l’ANSSI.

Christian Harbulot fait une analyse historique passionnante du développement de l’IE en France. Il pose directement la différence entre souveraineté et puissante. La souveraineté est souhaitable. La recherche de puissance est plus problématique et peut déboucher sur des externalités négatives. La confusion entre ces deux concepts fait qu’en France, le refus de puissance entraine malheureusement un refus de la souveraineté.
Il promeut le concept de renseignement économique, pour des questions de sécurité, et en intégrant des notions de souveraineté et de puissance.

Eric Delbecque insiste sur l’importance de l’anticipation, dynamique sacrifiée sur l’autel des logiques de sécurité.

Yannick Pech explique que le monde du renseignement n’a pas encore pleinement intégré la dimension cyber. Il rappelle entre-autre ce que l’on peut faire avec les Google dorks dans le cadre du Google hacking ou l’utilisation de Google Map pour faire évader un prisonnier. Il invite à développer le renseignement d’origine sources ouvertes (ROSO / OSINT) à partir du cyber. Il évoque la naissance du ROMESO renseignement d’origine médias sociaux.


Ali Laïdi, toujours aussi passionnant, explique que le renseignement américain c’est toujours renforcé depuis Reagan jusqu’à Trump.

Dans un entretien avec Nicolas Minet, Vincent Desportes explique les composantes de la stratégie.

Un dossier intéressant à lire, qui malgré son titre parle pratiquement autant d’intelligence économique que de renseignement. Ce sera utile à tous les professionnels de la veille et de l’IE.

Jérôme Bondu