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Faut-il avoir réellement peur des fonds souverains, ou cette peur est-elle un avatar d'un protectionnisme récurrent en période de crise ? Peut-on applaudir l'agressivité des nos entreprises quand elles partent à la conquête du monde, et construire des barrières de protection dans le même temps.

Comment mesurer le danger ? 
- D'abord, avec 7 000 milliards de dollars de réserves de changes, la richesse des fonds souverains des pays émergents représente actuellement plus du quart de l'ensemble de la capitalisation des sociétés occidentales [1]. Pour dire la même chose autrement ? « ils ont les moyens ».
- Il serait naïf de penser que ces pays attendent uniquement un retour sur investissement financier. La volonté d'acquérir des positions stratégiques dans l'énergie ou des technologies clés, apparait évidente. Sans jeter l'anathème, ce serait d'une naïveté coupable de ne pas penser qu'il y ait une « intention stratégique » derrière ces mouvements. Comment penser que des pays « en émergence » ne cherchent pas à sécuriser (améliorer) leur position ?
- L'Europe est plus vulnérable aux fonds souverains que les Etats-Unis ou le Japon où les OPA étrangères sont pratiquement interdites. Donc l'Europe sera certainement la première cible.

Pour autant, tout mouvement dans le sens de la protection, sera analysé comme un retour au protectionnisme, qui ne manquerait pas d'être imité par d'autres économies, et serait néfaste au niveau global. En outre, protéger des entreprises, revient souvent à protéger les plus faibles, donc les plus mauvaises gestions. Enfin, l'Europe est le premier bénéficiaire de ces mouvements de capitaux, qui sont aussi « une chance » pour notre économie.

Le pour et le contre sont autant convainquant, mais on peut remarquer que :
- la peur de l'étranger reste vivace quelque soit le milieu (financier comme ailleurs),
- la peur de l'inconnu est constante quand une entreprise change de « propriétaire ». Ainsi dans une bataille strictement européenne, les salariés d'ABN AMRO témoignent de leur sentiment d'incertitude après la victoire du consortium mené par Royal Bank of Scotland.

Quelle sera la position Française sur ce dossier ? 
Une clé nous est apportée par nos amis Hollandais, citée par les Echos [2]. Le quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad dans un article sur le « gâchis prévisible » de l'OPA hostile réussie sur ABN AMRO, écrivait « La France n'aurait pas laissé cela arriver ». Simple assertion liée à la communication sur le « patriotisme économique », prémonition pour l'avenir, ou révélateur du souhait de la population ?

Jérôme Bondu

[1] La Tribune du jeudi 11 octobre 2007
[2] Les Echos du mardi 9 octobre 2007