facebook cymesEn tant que veilleur, passionné par la révolution numérique, enseignant en techniques d’influence, ingénierie sociale, soft power et autres joyeusetés … je me sens assez fort pour ne pas me laisser prendre par le petit jeu de Facebook.
- Je sais par exemple que Facebook a 100 000 critères d’analyse de notre personnalité. J’ai testé Data Selfie et me suis rendu compte que l’outil pouvait déterminer facilement mes opinions politiques, ma religion, mon niveau de vie, … Je sais aussi que Facebook peut aller dans le très intime. Il a par exemple la capacité de déterminer quand vous « couchez avec quelqu’un » uniquement par l’analyse de la fréquence des échanges sur Messenger.
- Je sais enfin que les médias sociaux cherchent à exacerber notre engagement, et pour ce faire, jouent facilement sur la corde de la colère qui est sans doute le plus puissant moteur de l’engagement.
Tout ceci pour dire que quand je jette un œil sur mon profil Facebook pour détecter les notifications de mon réseau, je le fais avec un regard très critique. En un mot comme en cent, je pense maîtrisez la bête.

Et il y a eu la semaine dernière.

Alors que je regardais rapidement mon fil d’actualité, je suis tombé sur la vidéo de Michel Cymes sur la déportation de son grand père. J’ai hésité, flairant le piège émotionnel, et finalement je l’ai regardé. Ce témoignage était effectivement très émouvant. Après le visionnage, j’ai déroulé mécaniquement le fil pour trouver une autre info un peu plus réjouissante. Et justement il y avait une vidéo des Simon & Garfunkel jouant « The Sound of silence ». Magnifique morceau interprété par les deux complices devenus vieux. Beau duo qui redonne foi en l’humanité.

Et j’ai fermé Facebook pensant avoir bien géré mon temps…

facebook simon

Et puis …

Et puis j’ai opéré à postériori un recul critique. Je me suis appliqué ce que j’enseigne. Voyons voir. A bien y réfléchir, j’avais il y a quelque mois déjà fait suivre le témoignage d’une déportée. Et il y a environ un an, j’avais liké une vidéo de Simon & Garfunkel jeunes jouant le même morceau "The Sound of silence".
J’ai été attrapé par une première séquence émouvante. Puis une seconde qui m’a remis du baume au cœur. Comme si Facebook avait su jouer avec mes émotions. La descente et la remontée. L’adrénaline puis la sérotonine. L’infusion parfaite... Hummm. Et j’ai eu un doute. Est-ce que l’algorithme n’a pas joué avec moi comme un chat avec une souris ? Cela parait évident avec le recul. Et j’ai marché comme un bleu. Si je n’avais pas l’esprit tordu, je n’y aurais vu que du feu. Ce fil d’actualité m’a scotché à l’écran et m’a bien piégé.

Bien sûr certains pourront se réjouir d’avoir un si bon ami nommé Facebook qui vous connait par cœur, et vous apporte ce qu’il vous faut d’émotion. Mais cette amitié factice est unidirectionnelle. Vous aimez Facebook, mais Facebook ne vous aime pas. Il vous utilise. Elie Pariser a créé le concept de la « bulle informationnelle ». Je me permets très modestement d’introduire ici le concept de « bulle émotionnelle » qui en serait le prolongement.

Quel recul critique peuvent avoir les plus jeunes ? Comment pourront-ils ne pas se laisser capturer par cette toile d’araignée géante ? Et j’ai eu peur … pas pour moi, mais pour eux !

Jérôme Bondu

Auteur du livre « Maîtrisez internet … avant qu’internet ne vous maîtrise ».