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Article de Pierre Achard


Cet article faisait partie du numéro spécial sur l'IE de la Revue de l'Association des Diplômés de l'IAE de paris. Ce numéro 170 paru en mai 2003, intitulé « Intelligence Economique, un outil au service de la compétitivité », a été coordonné par Jérôme Bondu.
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Une forme d'angoisse apparaît chaque fois que l'on est appelé à donner un avis sur la mise en place d'un système d'intelligence économique en entreprise. Peur de l'initiateur du projet qui demande sans arrêt des recettes toutes faites ; inquiétude également de sa hiérarchie qui a eu tant de mal à convaincre les décideurs de l'entreprise et qui ne manque pas d'afficher sa volonté réelle de voir ce projet aboutir. L'analogie qui vient à l'esprit est celle de ce jeune patient venu consulter son ophtalmologiste "parce que sa vision baisse et qu'il n'arrive plus à lire comme par le passé". La solution toute faite s'apparente au geste stéréotypé du médecin qui retire ses propres lunettes et les tend au jeune patient en murmurant : "Voilà des années que ces lunettes me permettent de lire. Tenez! je vous les donne! Si elles m'ont fait beaucoup de bien, il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même pour vous!". La suite est prévisible : le patient exécute les consignes et à sa grande surprise le port des lunettes n'améliore en rien ses problèmes car à présent, non seulement il ne voit toujours pas de près, mais sa vision de loin accuse à son tour de sérieux déficits. C'est dire qu'il n'y a pas de solution miracle pouvant garantir une mise en place idéale quelle que soit l'entreprise, les hommes qui la dirigent et ceux appelés à exercer leur métier de veilleurs.

Avant toute chose, il convient de se poser quatre questions : quel type d'intelligence mettre en place, pour qui, avec quels moyens et dans quel but ?

Ces interrogations d'emblée positionnent le système à créer dans une dynamique de performance et de réponse claire et adaptée aux attentes de l'entreprise par rapport à son système de veille. L'erreur à éviter consiste à créer son système de toute pièce en supposant que l'entreprise suivra. Autant d'illusions que ceux des vendeurs produisant avec la ferme conviction que leur produit décrochera non seulement l'adhésion mais aussi l'appui du consommateur qu'ils n'ont jamais interrogé.

La deuxième question prend en compte les hommes et les femmes qui intègreront l'unité ainsi créée. Leur profil, leur conviction, leur détermination mais aussi leur capacité à communiquer avec tous les niveaux hiérarchiques et à partager l'information. Une démarche qui permet de renforcer le statut du veilleur en entreprise, est celle de s'entourer des conseils d?un ou deux parrains haut placés dans la hiérarchie et avec qui, les veilleurs partagent un certain nombre de valeurs et de convictions.

Le troisième paramètre qui nous paraît d'importance est le souci permanent à impliquer l'intelligence économique dans les missions et objectifs du groupe ainsi que la direction à laquelle elle est rattachée. Je veux dire par-là que l'intelligence économique peut et doit aider à valider certaines données du plan à moyen ou long terme de l'entreprise, certaines projections dans l'avenir des activités du groupe, la segmentation du marché, l'évolution des attentes clients et la saisie d'opportunités. Ne prenez pas le risque de diffuser des documents qui remplissent les étagères de vos clients internes sans pour autant atterrir dans leurs documents stratégiques. Pour cela il faut échanger, comprendre les préoccupations et les attentes, devenir de véritables forces de proposition et cela est rendu de plus en plus difficile par le nombre toujours croissant d'informés demandant toujours plus avec la frustration prévisible de ne pouvoir l'obtenir. Cette démarche permettra de mettre en place le processus veille qu'il va falloir adopter, adapter et implanter dans l'entreprise.

Enfin, tous ceux qui font de l'intelligence économique en entreprise vous le diront : il faut que le système mis en place vous permette en permanence de vous situer par rapport à votre performance. Tous les acteurs de la veille doivent identifier des critères de performance, les quantifier et amorcer une dynamique ascendante vers plus d'efficacité.

Réussir la mise en place d'un système de veille passe avant tout par la preuve de son utilité pour l'entreprise : une efficacité basée non pas sur des critères subjectifs mais objectifs car tout ce qui est important se mesure ; et tout ce qui se mesure se réalise et progresse, y compris l'intelligence économique en entreprise.

Par Pierre ACHARD

Biographie (mai 2003) :
Docteur en médecine, j'ai exercé diverses fonctions hospitalières avant de m'engager dans l'industrie pharmaceutique à différents postes de management. Coauteur d'un ouvrage intitulé " Intelligence Economique : mode d'emploi ", j'interviens dans de nombreux cours, forums et débats consacrés à la veille stratégique et assure des cours en licence professionnelle à l'Université René Descartes Paris V, à l'IUT de Besançon et l'université de Versailles. L'adaptation de l'analyse prospective au développement, conduit à une approche originale de l'accompagnement personnel des hommes et des femmes en entreprise, à titre individuel ou en équipe et quel que soit leur degré de responsabilité, pour plus d'équilibre, de sérénité et de performance.