On parle beaucoup de corruption en ce moment. C'est l'occasion de se poser quelques bonnes questions :

Quelle est l'étendue de cette pratique ?
- Selon la dernière enquête de PwC (1) 43% des 5400 entreprises interrogées dans 40 pays se disent victime de fraude. Au total, la criminalité économique déclarée aurait engendré 3,1 milliards d'euros de pertes. Le coût moyen de la fraude par entreprise est de 1,6 millions d'euros. La perte est sèche dans 62% des cas. Que recouvre la fraude : détournement d'actifs (33%), contrefaçon (15%), et corruption (13%).
- La France est mauvais élève. Pour l'ONG Transparency International, notre pays stagne dans sa lutte contre la corruption, et siège à la 19ème place sur 90 pays dans son classement de perception de la corruption.
- Le livre de Roger Lenglet « Profession Corrupteur » (2) traite entièrement de cette pratique délictueuse. Il estime lui que cela coûterait 30 milliards d'euros à la France, soit ¾ du déficit annuel de l'Etat.

Qui en sont les auteurs ?
- L'auteur de « Profession Corrupteur » décrit les métiers qui versent dans ces pratiques illégales, au premier rand desquels on trouve ? le lobbying, « le lobbying sans la corruption, ce n'est plus rien » (3), les agences de renseignements ou de sécurité privées. Il n'est pas le seul. Beaucoup d'articles qui traitent du sujet évoquent le lobbying.
- Pour avoir organisé deux conférences au sein du Club IES pour dés-stigmatiser cette profession, j'avoue être assez perplexe. Il est certain que l'on doit trouver des brebis galleuses dans cette profession, mais de là à généraliser. France Soir écrit « certaines dérives de ces groupes de pression (?) leur donnent une image pour le moins sulfureuse. En particulier en France où des cabinets de lobbying ont trempé, dans les années 80 et 90, dans des scandales sanitaires, par exemple, celui de l'amiante, dont ils avaient cherchés à minimiser la portée » (4). Il est à mon avis plus intéressant de parler de dérive, que de mettre à l'index une profession. Comment ensuite faire du lobbying « positif » à Bruxelles. La France va rester sous représentée avec les conséquences que l'on connaît.
- Les racines de la corruption ne se situent pas dans une profession (lobbying ou autre) mais dans un état d'esprit. Et c'est cet état d'esprit doit être modifié avec des moyens appropriés.

Que faire contre la corruption ?
Roger Lenglet donne quelques pistes :
- Promouvoir le rôle des militants associatifs qui mettent leur nez partout, et fouillent avec opiniâtreté jusqu'à dénicher des « affaires ».
- Renforcer la loi, avec par exemple la proposition de l'association Anticor (5) consistant à rendre inéligible à vie tout décideur politique qui aurait été jugé coupable de corruption, et d'interdire tout marché public pendant une certaine durée à tout entreprise qui aurait corrompue.
- Le site Rue 89, rappelle par sa part que cela fait deux ans que le France doit adopter la Convention de Mérida (2005) qui règlemente la corruption des agents publics étrangers, qui comporte tout un arsenal préventifs et répressif à l'échelle internationale. (6) On voit que quelques solutions sont entre les mains des législateurs ! Sans doute ceux-là mêmes qui sont la cible des corrupteurs !

Mais ce n'est pas si simple.
- Eva Joly dans une interview dans Télérama rappelle les liaisons dangereuses que « la France entretient avec certains pays africains dont elle soutient les dirigeants corrompus au nom des intérêts économiques de ses entreprises ». Evidemment, quand le mauvais exemple vient d'en haut. Cette femme avoue avoir trouvé son travail « surhumain ». « On ne vit pas sept années avec une telle pression sans dommages ni sans être confrontée à tous ces sentiments ». (7)
- Rue89 renchérit « les moyens consacrés à la grande délinquance financière n'ont cessé de diminuer. Baisse d'effectifs dans les brigades spécialisées, pressions diverses sur les juges du pôle financier et enfin cette déclaration étonnante du président de la République devant les patrons du Medef, le 30 août dernier: "La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme". »

Comme le dit Roger Lenglet « les incorruptibles seraient exceptionnels » !

Jérôme Bondu

Sources :
(1) La tribune du 17 octobre
(2) On pourra lire avec intérêt la biographie de Roger Lenglet, philosophe et journaliste d'investigation. Son parcours est très intéressant.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Lenglet
(3) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30042
(4) France Soir du 20 septembre
(5) Anticor, association à laquelle appartient Roger Lenglet et le juge Eric Halphen, et présidé par Séverine Tessier
http://anticor.wordpress.com/
(6) http://www.rue89.com/2007/10/09/lassemblee-fait-un-petit-pas-contre-la-corruption
(7) Télérama du 26 octobre 2007. Elf, une affaire, deux femmes.