Parmi les 8 livres en sélection finale pour l'attribution de prix IEC, celui de Pierre Fayard a attiré mon attention.

Cet ouvrage propose une plongée en apnée dans la culture japonaise. Cela se ressent dès la couverture où trônent des idéogrammes japonais, puis dans la manière de concevoir le plan, avec des « clefs » et des « portes », enfin dans le texte dont le style est à la fois limpide et complexe (je me suis surpris à relire trois fois une même phrase), et en cela tout à fait extrême-oriental.

Il présente la philosophie dans laquelle baignent les japonais et qui détermine leur attitude vis à vis de l'information et la connaissance.

Ainsi l'ouvrage présente en première partie des « clés » de compréhension :
- Le Budo, qui est la connaissance intuitive, que les japonais essayent de développer en eux (qu'il fut samouraï hier, ou employé aujourd'hui).
- Le Ba, qui est la connaissance collaborative, celle qui émerge de l'harmonie entre les personnes (et donc entre les collaborateurs d'une même entreprise).
- Le Kata, qui est la création de connaissances.

Si on peut comparer l'entreprise occidentale à un orchestre symphonique structuré, dont les musiciens suivent une partition, l'entreprise nippone serait plus comparable (dans ses objectifs philosophiques) à un groupe de musiciens de jazz en train d'improviser. « En fonction de ce que chacun est (nature) et de ce qu'il sait (compétences) tous entrent dans une ambiance (ba) qui mobilise leur sensibilité et leur savoir faire ? » (page 83)

En seconde partie, sont présentés les « portes ». Il s'agit d'une description d'une trentaine de cas d'entreprises, qui « illustrent comment cette voie japonaise dans la société de la connaissance se traduit dans le concret des organisations de l'Archipel ».

Voici quelques morceaux choisis :
- Extrait de la présentation de Honda, page 102 « une trop grande confiance en soi affecte les capacités de jugement, c'est pourquoi Honda attache beaucoup d'attention à ceux qui ne lui sont pas fidèles (?). Dans cet esprit l'intérêt des fans, de ceux qui sont acquis presque définitivement aux marques est limité. Honda a besoin de recueillir les avis et opinions de ceux qui n'aiment ni les moteurs ni les voitures ».

- Extrait de la présentation de HondaKao Corporation, page 111 : « La première tache du management consiste à connaître le « chi » du groupe, car ce facteur de spécification fait la différence entre ses capacités et sa productivité par rapport aux autres. On pense que les hommes, les biens, les capitaux, l'information? font tout ! Pourtant, on peut en rassembler autant que l'on veut, ce ne sera que du bruit, sans les compétences en analyse, en jugement et sans une philosophie qui les anime. Or l'aptitude à identifier des signes porteurs de sens pour en tirer le meilleur profit dépend de cette capacité d'ensemble qui agrège opinions, perspicacité, clarté et décision. Cela constitue le « chi » global de l'entreprise (?)  ».

- Extrait de la présentation de Mayekawa, page 107 « Mayekawa distingue entre deux formes de marketing. Le « naturel » prend sa source dans la communication avec les clients et leurs besoins, alors que « l'artificiel » se focalise exclusivement sur la vente de produits, qu'ils correspondent ou non à des attentes. ».

D'autres cas d'entreprise présentent des solutions (presque des systèmes) de valorisation par remerciement internes (p 125), production zéro papier (p 148), formation par les meilleurs (p 168), de valorisation du réseau (p 198), ?

Ce livre vous invite à ce voyage presque initiatique, en ce sens qu'il fait vivre autant qu'il explique.

Jérôme Bondu

* Le réveil du Samouraï, Pierre Fayard, Edité chez Dunod collection Polia, 231 pages.
Pierre Fayard est Aïkidoka, professeur à l'ICOMTEC (Poitiers).
Il est directeur du centre franco-brésilien de documentation scientifique à Sao Paolo.
Auteur de « Comprendre et appliquer Sun Tzu ».
 
Voir aussi : www.comprendreetappliquersuntzu.com