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Internet s'est imposé comme un outil essentiel dans tous les « compartiments » de notre vie, autant dans le travail, que les loisirs ou que dans notre exercice de la démocratie. A cet outil, nous ne connaissons pas de limitation ou de censure. Ce n'est pas le cas dans tous les pays !
 
Cet article a pour but de faire un petit état des lieux des méthodes de censure et des pays qui la pratique. A défaut d'avoir un impact sur les pays en question, au moins, cela nous rappelle la « chance » que nous avons de vivre dans un espace de totale liberté numérique.
 
 
Quels sont les moyens d'exercer une censure sur internet ?
 
Les moyens sont multiples et varient du plus global au plus local :
 
- Filtrage des adresses IP
Quand on veut visiter un site, on envoi une requête à son fournisseur d'accès (FAI) qui lui-même fait une demande auprès de « serveurs racines » basés aux Etats-Unis (dont le rôle est d'associer à chaque site à une adresse IP).
La censure peut être réalisée par le son fournisseur d'accès, qui vous refuse l'accès au site.
Elle peut se faire aussi au niveau du serveur racine, qui rejette l'adresse.
 
- Suppression du site dans l'index des moteurs de recherche
Il nous est impossible de connaître l'ensemble des adresses des sites que nous voulons visiter. D'où le rôle des moteurs de recherche, qui nous proposent des sites en fonction de critères de recherche. Les moteurs de recherche ont des index, qui recensent les sites.
La censure peut être réalisée par des versions locales des moteurs de recherche qui suppriment des sites de leur index.
 
- Modification des logiciels
Il nous paraîtrait impensable que notre traitement de texte se ferme automatiquement quand nous tapons le nom « sarkozy ». C'est pourtant à peu près ce qui se passe à Cuba, où la version locale commercialisée du traitement de texte se ferme automatique quand on tape le nom « Fidel », ainsi que d'autres mots jugés « subversif ».
 
- Censure dans les blogs
Certains blogs n'acceptent pas les textes qui contiennent certains mots-clés jugés dangereux.
 
- Censure dans les messageries email
Certaines messageries bloquent les messages qui contiennent certains mots-clés. Ces mails n'arrivent jamais au destinataire.
 
 
Quels sont les pays qui pratiquent la censure ?
 
Ils sont près de 26 pays à pratiquer différentes formes de censure selon le recensement d'OpenNet. Au premier rang desquels on cite toujours l'empire du milieu.
 
- La Chine, où les hébergeurs de blogs reçoivent des circulaires avec les sujets à ne pas aborder. Une police de l'internet riche de 30 à 40 000 policiers sont chargés de contrôler les internautes chinois. Les hébergeurs chinois ainsi que Yahoo et Microsoft ont signé le 24 août 2007 un pacte « d'auto discipline » (des articles sur AgoraVox ont relayé cette nouvelle).
 
- Le Vietnam, où la législation exige « des fournisseurs d'accès et des cybercafés qu'ils installent des logiciels de surveillance, qu'ils conservent les informations sur les utilisateurs et dénoncent ceux qui enfreignent la loi » * (les citations suivies d'un astérisque sont tirées d'un article du Monde intitulé « La censure sur Internet : Etats contre cyberdissidents »). En 2007 une vague de procès s'est abattue sur des cyber-dissidents.
 
- La Tunisie, où les « fournisseurs d'accès doivent transmettre leurs listes d'abandonnés aux autorités. Les exploitants de cybercafés sont considérés comme responsables de ce que regardent et utilisent leurs clients et doivent veiller à ce que les sites visités ne "troublent pas l'ordre public" » *.
 
- Cuba, où « certains mots-clés considérés comme potentiellement subversifs (comme "Fidel"), affichés sur un moteur de recherche, écrits sur un traitement de texte ou sur un message électronique déclenchent invariablement l'ouverture d'une fenêtre indiquant : "Ce programme fermera dans quelques secondes pour raisons liées à la sécurité de l'Etat." » *.
 
D'autres pays sont régulièrement cités, comme (par ordre alphabétique) l'Arabie saoudite, la Biélorussie, la Birmanie, la Corée du Nord, l'Egypte, l'Iran, l'Ouzbékistan, la Syrie, le Turkménistan.
Le site http://opennet.net/ présente une carte interactive des pays incriminés.
 
Sans entrer dans des considérations philosophiques, il faut quand même souligner que la censure est un jugement de valeur. Ainsi, en France l'accès à des sites néonazis est censuré. Or, il ne nous viendrait pas à l'esprit (en tout cas pas à moi) de nous en plaindre, mais cela est pourtant de la « censure » selon la définition du Larousse : « examen qu'un gouvernement fait faire des livres, journaux, pièces de théâtre, etc., avant d'en permettre la publication ». Il existe donc une censure « utile », ou du moins avalisée par consensus.
 
 
Que pouvons-nous faire face à cette privation de liberté dans de nombreux pays ?
 
Il semble important, d'inciter à la vigilance, et de donner des pistes pour qu'internet s'étende comme un média de liberté.
Il n'est pas pertinent de traiter ici des moyens qu'ont les internautes des pays cités plus haut pour dépasser la censure qu'ils subissent. Revenons plutôt à notre quotidien pour réfléchir à nos moyens d'actions.
 
- Etre vigilant vis à vis du comportement d'entreprises complices
Certaines de ces censures ne seraient pas possibles sans la complicité d'entreprises occidentales. Je reprends un extrait de l'article de Yves Eudes « Aux Etats-Unis, pression accrue contre les entreprises complices » ** :
 
« Microsoft est accusé d'avoir fermé des blogs de dissidents sur ordre des autorités chinoises.
Google et Yahoo ont créé des moteurs de recherche en chinois qui se plient aux exigences des organes de censure.
Yahoo à livré à la justice chinoise des informations personnelles sur M. Shi Tao, un dissident qui avait publié anonymement des textes politiques sur un forum. M. Shi Tao a ainsi été identifié, arrêté et condamné à 10 ans de prison. »
 
Le site français d'Amnesty s'est fait aussi l'écho de cet emprisonnement et à lancé une campagne en juin 2007. Sur leur site ***, on peut lire un élément de la ligne de défense du Yahoo : « Yahoo indique que sa priorité est de se maintenir dans le pays, même si cela implique de respecter des lois nationales qui bafouent les droits humains. Yahoo estime que l'obligation de se conformer à des lois qui sont contraires à ses propres valeurs est compensée par le fait qu'une présence active en Chine contribue à la modernisation du pays ».
 
- Etre vigilant vis à vis de nos sources d'informations
Le b-a-ba du professionnel de l'information (qu'il soit journaliste ou professionnel de l'intelligence économique) est de varier ses sources d'information, ? et (ce qui est moins souvent dit) de les entretenir ! Si on n'entretient pas une source, qu'elle quelle soit, elle se tarit.
 
Cela pose la question de la viabilité du modèle de la gratuité des informations. En lisant des blogs bien renseignés, en lisant des médias citoyens comme Agoravox, en lisant les versions gratuites en lignes des quotidiens, on ne « rétribue » pas ceux qui ont fourni l'information. Bien sur, il y a la publicité en ligne. Mais va t-elle suffire pour maintenir ces outils ? On peut s'interroger, car (sans tirer de conclusion d'une démarche individuelle) personnellement, je n'ai jamais cliqué sur aucune publicité en ligne.
 
On peut se demander si on n'est pas en train de tuer la presse papier (qui se vend de moins en moins) au profit de l'information internet, qui ne pourra pas vivre longtemps sans des rentrées d'argent ! Si ce n'est pas les lecteurs qui rétribuent, ce sera forcément autre chose ?
 
L'information a de la valeur. Il faut la lui rendre.
 
Jérôme Bondu
 
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Sources :
* « La censure sur Internet : Etats contre cyberdissidents » écrit par Sylvie Kaufmann.
Article paru dans Le Monde du 29 août.
 
** « Aux Etats-Unis, pression accrue contre les entreprises complices » écrit par Yves Eudes
Article paru dans Le Monde du 29 août.
 
*** Site d'Amnesty en français http://www.amnesty.fr/index.php?/amnesty/agir/actions_en_cours/chine/actions/la_responsabilite_de_yahoo_en_matiere_de_droits_humains