pierre rosetteJe reprends ici un bout d'article publié en 2011 dans le journal des anciens élèves de l'ENA.

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Si l’on prend une grande focale sur l’histoire de l’Homme, on est témoin depuis l’aube des temps d’une recherche constante pour améliorer les moyens de communication. Une première révolution a lieu avec la naissance de l’écriture il y a 5000 ans. Les images initiales vont se simplifier jusqu’à former des lettres. Les supports vont évoluer en parallèle vers toujours plus de portabilité (tablette d’argile, tessons, papyrus, parchemin, papier). Une seconde révolution va automatiser le processus d’écriture avec la mise au point des caractères mobiles. En faisant baisser les coûts de production d’un livre, l’imprimerie va accélérer la diffusion des « savoirs » au plus grand nombre. Une troisième révolution a permis le transport de la voix puis de l’image. Enfin, le développement du numérique (quatrième révolution) a réduit encore plus les coûts de diffusion et démultiplié la possibilité d’audience. Un billet publié sur un blog ou sur Twitter peut être lu quelques secondes plus tard par n’importe qui sur terre. Rien que ce fait est en soi totalement extraordinaire ! Les améliorations s’enchaînent vers toujours plus de rapidité et d’ubiquité.

A chaque fois, ces évolutions ont eu des répercussions économiques, sociales, politiques, … L’alphabet a accompagné le développement commercial phénicien, puis le développement des savoirs en Grèce. L’imprimerie en Europe a accompagné la diffusion de la Bible, donc la capacité des croyants à mesurer l’écart entre le discours papal et les Ecritures, … et donc le Protestantisme. L’Encyclopédie a accompagné la Révolution Française.

Que va donc engendrer la révolution numérique ? Une nouvelle forme de commerce, de croyance, de gouvernance ? Il est un peu tôt pour le dire, mais l’on peut déjà observer certaines mutations en cours :

- L’appropriation des réseaux numériques s’est faite à des vitesses diverses, avec des gagnants et des perdants. Au sein des perdants on va trouver les influenceurs historiques (ceux qui « possédaient » les anciens canaux de communication de masse : journaux, chaines de télévision ou de radio), et tous ceux qui sont mal à l’aise avec un outil qui privilégie rapidité, interaction, partage, travail en réseau, horizontalité (absence de hiérarchie).

- Chacun peut s’exprimer sur la toile. Et l’on peut ressentir cela comme une force, ou une faiblesse engendrant un malaise lié à cette surcapacité d’expression, et ses corolaires (manque de recul face à l’avalanche d’informations, infobésité).
Enfin, la révolution numérique rend quasiment obligatoire une surveillance de son image numérique. Car si n’importe qui peut diffuser des informations sur soi (que l’on soit une personne, une organisation ou une entreprise) mieux vaut le savoir rapidement !

Jérôme Bondu