Nos ordinateurs sont tres consJ’ai lu et ai bien apprécié le livre de Cyprien Cini « Nos ordinateurs sont très cons ». Quelques morceaux choisis, divisés en deux articles. Le premier est à lire ici.

18- Les réseaux sociaux aiment les fake news
 - Il cite le témoignage de Guillaume Chaslot, ancien de YouTube. Le but de YouTube « c’est de faire rester les gens le plus longtemps possible sur la plateforme, l’algorithme qui recommande les vidéos ne se pose pas la question de savoir s’il s’agit d’un truc vrai ou pas » p153. En gros infox, fakenews ou pas … du moment que cela permet d’accrocher l’internaute tout va bien.
 - Il présente le « Mandela effect », défini comme le phénomène étrange dans lequel « un grand nombre de personnes partagent un faux souvenir identique » … en l’occurrence la mort de Mandela en prison (qui rappelons-le n’a pas été le cas !).
 - Notre cerveau est fragile, et est la victime collatérale de la quête d’attention des GAFAM.
 - Notre téléphone est devenu un auxiliaire neurologique indispensable pour beaucoup d’entre nous.

21- Ce qui fait courir le numérique
- Cyprien Cini met les pieds dans le plat : « Vous vous doutiez bien que les géants du web, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) ne sont pas là pour faire de la philanthropie, mais leur puissance financière leur confère désormais une place inédite et surréaliste dans l’ordre mondial ». Je n’aurais pas dit mieux. « Chaque nouvelle fonction, chaque nouvelle application leur permettent d’en savoir plus sur vous, sur vos habitudes ». À tel point que « la start-up My Data is Rich, par exemple, récupère toutes vos données personnelles et s’occupe de les vendre aux entreprises que ça intéresse en vous reversant 50% de la somme ». Cela peut représenter jusqu’à 800 euros … et l’on peut vendre plusieurs fois ses données. Le pouvoir des GAFAM est tel qu’ils ne moquent des décisions des Etats. Par exemple quand Nicole Belloubet a demandé à plusieurs reprises à Google Map « de flouter les photos aériennes des prises françaises pour ne pas faciliter l’évasion des détenus ». Google n’a fini par le faire qu’après de multiples relances et une évidente mauvaise grâce…

22- Faites ce que je dis, pas ce que je fais
 - Dans cette partie, Cyprien Cini cite beaucoup de repentis de la tech. Ceux-là même qui ont créé ces outils d’addiction.
 - Justin Rosenstein, qui a inventé le bouton J’aime de Facebook et qui avouait qu’à cause de ce type d’invention « tout le monde est distrait. Tout le temps… notre cerveau peut être pris en otage ». C’est l’économie de l’attention.
 - Il rappelle que Bill Gates et Steve Jobs, ainsi que beaucoup de collaborateurs des entreprises de la tech, ont mis leurs enfants dans des écoles sans écrans ! Et exactement le principe de l’école Waldorf School of the Peninsula dans la ville de Loyola en Californie.
 - Chamath Palihapitiya, ancien vice-président de Facebook a expliqué : « vous ne le réalisez peut-être pas mais vous êtes programmés... Je pense que nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social ».
 - Sean Parker, autre ancien vice-président de Facebook, a inventé le système « pull to refresh » (actualisation). Il y va aussi de son témoignage « le réseau social a été construit dans le but d’exploiter les vulnérabilités de l’être humain ».
 - Tim Berners-Lee dans une lettre ouverte le 12 mars 2019, à l’occasion des 30 ans du web, déplorait que son invention fût devenue un lieu de propagation de haines, fraudes et crimes.

Notre comportement est tellement paradoxal ! Nous adorons ce qui nous fait du mal. Nous sommes « les otages volontaires des nouvelles technologies. Une sorte de syndrome de Stockholm avec son smartphone ». À tel point que l’auteur se demande si au fond, les cons, ce ne serait pas nous !

Bel ouvrage de vulgarisation, plaisant à lire.

Jérôme Bondu

J’ai chroniqué quelques livres sur le même sujet :
 - A lire : Dans la Google du loup. De Christine Kerdellant (notes 1/2).
 - A lire : La civilisation du poisson rouge, de Bruno Patino (notes 1/2).
 - A lire : Culture numérique de Dominique Cardon.