desmurget

Il faut absolument lire « La fabrique du crétin digital » de Michel Desmurget, sous-titré « les dangers des écrans pour nos enfants ». Michel Desmurget est docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’INSERM. J’avais chroniqué son premier livre « TV Lobotomie ». L’auteur est un expert du domaine, et inutile de dire qu’il base chacune de ses affirmations sur des références scientifiques très solides. Les éléments présentés ci-dessous sont tous justifiés longuement dans son ouvrage.

Voici un résumé de son livre, suivi d'un avis critique.

Etat des lieux de la consommation d’écrans récréatifs

Le temps passé sur les écrans est énorme, et va croissant : Il est actuellement de 3h par jour chez les enfants de 2 à 4 ans. Et de 7h par jour chez les ados. Or il est possible d'emmener l'enfant à minimiser ce temps. Mais il ne faut pas l'imposer brutalement.
Le développement de compétences particulières chez les jeunes est un mythe. Les "digital natives" ou autres générations X, Y ou Z n'existent pas, en tout cas du point de vue scientifique.
L'information sur ce sujet sensible, dispensée au grand public, n'est pas fiable.
-    Les biais d'expertise affectent lourdement les perceptions publiques.
-    Pour les citoyens lambdas il est très difficile d'entendre les vrais experts ... des lobbyistes et autres idiots utiles
-    Les journalistes n'ont pas le temps de faire une sélection rigoureuse entre vraies données scientifiques et l'avis de monsieur tout le monde.

La sur-consommation d’écrans récréatifs chez les jeunes affecte leurs performances scolaires

L'utilisation des écrans domestiques (même avec des programmes éducatifs) n'exerce aucune action positive sur la performance scolaire. La numérisation des outils pédagogiques scolaires entraine une chute des notes. La logique de numérisation de l'école est plus économique que pédagogique :
-    Parce qu’un enseignant coute cher
-    Qu’il est long à former
-    Qu’il est difficile à recruter
-    La numérisation de l'éducation cache en réalité la paupérisation de l'enseignement
Un ordinateur ne peut pas penser, sourire, accompagner, guider, consoler, encourager, stimuler, rassurer, émouvoir, faire preuve d'empathie. Or ce sont des éléments essentiels de la transmission de savoirs.

La sur-consommation d’écrans récréatifs chez les jeunes affecte leur développement intellectuel

Cela affecte en premier lieu les interactions humaines. D’abord les échanges infrafamiliaux. Parce que les enfants ne sont plus disponibles. Et souvent aussi parce que les parents sont aussi indisponibles, figés sur leurs propres écrans.
Cela affecte ensuite le langage. Il y a une baisse du volume et la qualité des échanges verbaux précoces. Puis un retard de l'entrée dans le monde de l'écrit.
Cela affecte enfin la capacité de concentration. Les jeunes sont immergés dans un environnement numérique dangereusement distractif.

La sur-consommation d’écrans récréatifs chez les jeunes affecte leur santé

Cela affecte d’abord le sommeil, qui est un pilier essentiel du développement dans de multiples dimensions physiques, émotionnelles, intellectuelles.
Cela augmente la sédentarité, et diminue l'activité physique.
Cela augmente enfin l’exposition à des contenus à risques (Sexe, tabac, alcool, aliments trop gras, salés, sucrés, violence). Or ces contenus créent des comportements normatifs chez les jeunes.

Conclusion
De manière très opérationnelle l’auteur recommande de ne pas donner d’écrans récréatifs avant 6 ans. Au-delà de 6 ans, pas plus d'une heure par jour !
A l'aune de ces effets négatifs, il faut envisager que la révolution numérique ait en réalité un coût astronomique !

Analyse critique

Je complète ce résumé par une petite analyse critique personnelle :
- Le contenu est très intéressant, mais malheureusement noyé dans un style d’écriture un peu difficile. L’auteur est revanchard, dans le sens où il a le sentiment que la réalité scientifique a du mal à se frayer un chemin vers le grand public. Grand public qui est submergé par les faux sachants, les lobbyistes, qui n’ont que trop d’intérêt à enjoliver l’impact de la numérisation du monde.
- Il dit lui-même qu’il est parti dans l’écriture du livre "exaspéré" et qu’il a fini "ulcéré", en proie à une "rage sourde et froide". Cela m’a un peu gâché la lecture, et j’ai sauté les passages, qui à de multiples reprises, versaient dans la récrimination.
- Pourtant on ne peut pas lui tenir rigueur de son exaspération. Il est un témoin privilégié d’une injustice notoire. Je lui laisse le mot de la fin « Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle ». On comprend sa rage. Il faut le lire …

Jérôme Bondu


NB : je peux envoyer la carto à qui le souhaite