Dans ta bulleQue peut-on apprendre de l’autisme savant ?


On parle de plus en plus d’autisme et notamment d’autisme savant. A titre d’exemple vous avez peut-être entendu que l’armée israélienne intégrait des autistes pour des tâches très pointues de reconnaissance d’image. Je viens de lire deux livres sur l’autisme savant. Celui de Julie Dachez « Dans ta bulle », et celui de Joseph Schovanec « Je suis à l’Est ». Et voici en quelques lignes une partie de ce que j’en retire.

Le spectre autistique est vaste, et il existe beaucoup de nuances différentes. Julie et Joseph sont Asperger ou autistes savants. Cette forme d’autisme se caractérise souvent par des compétences intellectuelles stratosphériques couplées à des failles psychosociales tout aussi profondes. Ces difficultés peuvent les empêcher de prendre un métro, de répondre à une simple question ou de décrocher un téléphone. Ne parlons pas d’un entretien d’embauche.

Leurs témoignages sont poignants de sincérité et d’humanité. L’autisme décrit dans ces livres ne s’accompagne pas d’une privation d’émotion, mais au contraire d’une sensibilité décuplée. Sensibilité souvent mise à rude épreuve durant l’enfance, jalonnée de discriminations et d’exclusions. Voire comme l’explique Joseph de tabassage systématique dans la cours de récréation.

On peut se pencher sur l’apport intellectuel de cette catégorie de la population. L’analyse des parcours de grands savants laisserait penser que beaucoup d’entre eux aient été Asperger : On cite souvent dans ce cas Mozart ou Einstein… Récemment après avoir assisté à la projection privée du film Jane à l’UNESCO, retraçant l’histoire de Jane Goodall, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’elle était très certainement Asperger.

Pour finir, et c’est sans doute le point fondamental, les deux auteurs posent la question de la normalité. Qu’est-ce qu’être normal ? Qu’est-ce qu’être anormal ? La question est d’autant plus importante que le monde numérique que nous sommes en train de construire a l’effet perverse de nous priver d’anonymat. La question de l’anormalité va donc ressortir avec plus de force. Et nous devons tous y réfléchir.
- Est-ce que s’enfermer dans un monde virtuel où le vécu ne vaut que s’il peut être posté et liké est normal ?
- Est-ce que votre utilisation d’internet est normale ? Si vous préférez surfer anonymement sur internet … est-ce normal ?
- Est-ce que l’acceptation des Chinois du système de « scoring social » est normal ?

Mille questions se posent et nous devons tous y réfléchir collectivement. Notre cécité sur ces sujets pourrait nous coûter très cher. Et l’aveuglement actuelle me fait penser que nous avons collectivement abandonné notre responsabilité numérique. On peut se demander finalement qui sont les autistes de cette grande révolution numérique ?

Deux livres à lire pour se retirer les œillères cognitives.

Jérôme Bondu

 
NB : Julie Dachez a une chaine ioutoube.  Et Josef a fait un paquet de Tedx.