lemireJ’ai beaucoup apprécié le livre de Pascal Picq et Laurent Lemire « A la recherche de l’homme ».

L’ouvrage est parfois un peu technique pour le néophyte en paléoanthropologie que je suis, et je pense qu’il s’adresse plus à des personnes qui ont un minimum de connaissance en la matière.

Néanmoins, il rappelle les fondamentaux, et c’est pour cela que je l’ai lu et a apprécié. En voici une synthèse tout personnelle.

- L’homme ne descend pas du singe ! L’homme EST un singe, ou plus exactement un « grand singe » au même titre que les Gorilles, Chimpanzés, Bonono et Orang-outans. Dire qu’il « descend » (et non pas qu’il « est ») est une manière de mettre une distance avec le monde animal. C’est se placer en position de supériorité, comme le stade ultime d’une évolution (comprendre progression). Or comme l’a dit Darwin, la différence entre les Hommes et les grands Singes est une différence de degré et non de nature.
- Le « chainon manquant » ne sera jamais trouvé car il n’existe pas. Là encore il s’agit d’une barrière mise entre « nous » et les autres « hominoïdes ».
- Les classements (arbres généalogiques du vivant) réalisés à différentes périodes reflètent plus la mentalité d’une époque, qu’une réelle avancée de la science. Ces classements cristallisent et épousent la vision subjective que les Hommes ont eue à un instant donné du monde animal.
- Le travail de réflexion sur nos relations avec le monde animal requiert un abandon absolu de nos préjugés, qu’ils soient politiques, religieux, moraux, idéologiques, …
- Notre vision actuelle est encore empreinte de siècles de préjugés moraux. Nous (Français du XXIème siècle) ne pouvons-nous en détacher complètement tant le poids des préjugés est lourd.
- Par avanie, nous préférons rechercher l’origine de l’Homme du côté du ciel plutôt que du côté de la terre. Pire : nous sommes en train de massacrer (sciemment ?) les derniers représentants des grands singes dont l’étude objective nous apprendrait énormément de chose sur ce que nous sommes. En l’espace d’une génération, nous aurons massacré les autres grands singes … Soit directement (par la chasse) soit en réduisant leur espace de vie (déforestation pour le commerce du bois ou la culture de l’huile de palme).
- Peut-être qu’avec ce massacre insensé de nos « cousins » nous espérons nous couper de la branche qui nous a porté. Mais nous allons plus sûrement couper la branche sur laquelle nous sommes assise !

Jérôme Bondu

Voir aussi
Les origines du langage, co-écrit par Pascal Picq.
Les animaux ont-ils une âme ?

 

NB : En tant que professionnel de l’intelligence économique, l’étude de nos rapports aux animaux m’intéresse en ce qu’elle est un témoin de notre difficulté de distanciation par rapport à un sujet étudié. La problématique pouvant se poser ainsi : Comment mener une analyse saine et sereine quand nous sommes juge et parti ?
Tous les analystes doivent faire ce travail de distanciation quand ils étudient des cibles (la concurrence, des groupes de pression, …) qui impactent leur organisation.