La démocratie des crédulesJ’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de Gérald Bronner « La démocratie des crédules ». Beaucoup de ses conseils rentrent directement dans le champ de l’intelligence économique. 

Voici en trois articles ce que j’en ai retenu.

1- Les biais d’Internet
2- Les biais démocratiques et médiatiques
3- Les biais cognitifs

Je précise que ces articles ne reflètent que ma compréhension de l’ouvrage et n’engagent que moi.
Si le sujet vous intéresse, Gérald Bronner intervient au Club IES le 16 mai à 19h30. Voir l’annonce.

---------------------------------------------------

 

On aurait pu croire qu’avec :
- la libre diffusion des informations permise notamment par l’essor d’internet,
- la démocratie ancrée en Europe de l’Ouest,
- et l’augmentation du niveau d’études,
Il y aurait un recul des croyances. On s’aperçoit que ce n’est pas le cas. La raison vient du fait que ces trois éléments (internet, démocratie, et sagesse individuelle) recèlent beaucoup d’effets pervers. Voyons en quelques-uns :

 

Première partie : les biais d’Internet

 

La révolution numérique a libéré le « marché cognitif ». Pour dire les choses simplement, aujourd’hui n’importe qui est son propre média. Cela a bien sûr d’immenses effets positifs, mais a aussi entrainé des effets pervers :


- L’augmentation du volume de données diffusées grâce à internet (ce que l’auteur appelle la « massification » des données) produit de la surinformation et augmente la difficulté de trouver des informations pertinentes.

- Cela augmente aussi le « biais de confirmation » : la structure même de la recherche par moteur de recherche fait que lorsque nous tapons une requête (par exemple : Obama est-il un extraterrestre ?) nous allons trouver des articles qui contienne ces mots clés, et donc des articles dont certains vont « confirmer » cette idée aussi farfelue soit-elle.

- D’autant que les promoteurs d’idées absurdes sont plus motivés à se faire entendre et à défendre leur point de vue que les défenseurs de l’orthodoxie. Il en résulte une surreprésentation des idées fantaisistes portée par des « croyants » (au sens sociologique du terme). Ce biais est appelé dans l’ouvrage le « paradoxe d’Olson ».

- Ces derniers défendent leurs idées en utilisant tous les arguments possibles, y compris celui qui consiste à dire que l’on ne peut pas prouver qu’ils ont tort ! Pour reprendre l’exemple précédent : si l’on ne peut pas prouver qu’Obama est un extraterrestre, on ne peut pas non plus prouver qu’il n’en est pas un !

- Ils emploient aussi souvent la technique du « millefeuille argumentatif » qui consiste à trouver tous types d’arguments dans une multitude de domaines. L’internaute sensé n’ayant ni les moyens ni l’envie ni le temps de démêler ce « millefeuille argumentatif » va clore sa recherche en étant un peu plus perméable au doute. On appelle cela « l’effet Fort ».

- Notons aussi le fait que les internautes croyant savoir après un survol de la question sur internet, cela les rend moins perméables à la discussion donc moins ouverts.

- Enfin, l’auteur souligne que la multiplication des données permet de trouver tout et n’importe quoi. Ainsi un mathématicien a conçu un programme informatique pour analyser la valeur numérique des mots d’un texte. Il a ainsi réussi à « calculer » dans la bible l’annonce du naufrage du Titanic ! Cela a jeté un certain trouble, jusqu’à ce que d’autres réussissent sur une base similaire à trouver la même chose dans Moby Dick !

Donc l’idée selon laquelle internet va renforcer la capacité et le droit de savoir, de dire et de décider… doit être relativisée. La démocratie révèle aussi ses effets pervers.

 

Lire la suite : 2- Les biais démocratiques et médiatiques

 

Jérôme Bondu