kai fu lee i a la plus grande mutation de l histoireJ’ai lu et apprécie le livre de Kai-Fu Lee : Intelligence Artificielle. La plus grande mutation de l’histoire.

Dans une première partie, l’auteur fait l’éloge de la puissance de la Chine en matière d’Intelligence Artificielle. Il explique que la position prise par la Chine dans ce domaine est liée :
- Aux conditions mises en place par la puissance publique.
- A la culture entrepreneuriale.
- A l’esprit conquérant des entrepreneurs, cet esprit de « gladiateur » acquis par la concurrence féroce qui existe dans l’Empire du Milieu.

Il reconnait que pour l’instant les États-Unis sont leaders dans le domaine. Mais il affirme que cela va changer rapidement.
- Kai-Fu Lee rappelle que si les révolutions (les technologies de rupture) viennent des « génies », leurs déploiements viennent des « bricoleurs », c’est-à-dire des personnes qui savent copier, adapter, déployer cette technologie.
- Pour ce qui est de l’IA, il reconnait que les génies sont actuellement de l’autre côté du Pacifique, dans la Silicon Valley. Mais peu lui importe. Car il souligne que ce dont a besoin le monde aujourd’hui c’est des « bricoleurs ». Or ceux-ci sont en Chine. D’où sa certitude que la Chine sera le prochain eldorado de l’IA.

Concernant l’impact de l’Intelligence Artificielle, il pense que cela sera cataclysmique. Mais plus encore pour les professions intellectuelles que pour les professions manuelles. Il présente p243 deux cadrans : le premier pour les tâches intellectuelles, et le second pour les tâches manuelles.
Chaque quadrant a deux variables : sociabilité (élevé ou faible) créativité/stratégie (élevé ou faible). Cela lui permet de distinguer les métiers dans quatre zones :
- zone de sécurité : ces métiers ne seront pas impactés par l’IA, par exemple les concierges.
- zone de vernis humain : ces métiers seront légèrement modifiés par l’IA, par exemple organisateurs de mariage.
- zone d’infiltration lente : par exemple artiste.
- zone de danger : par exemple radiologue.

Il pense que la Chine va dépasser les États-Unis sur bien des points en matière d’IA. Et ne parle que de ce duopole. L’Europe est quasiment absente de son livre, si ce n’est pour mentionner deux ou trois fois qu’il y a de bons centres de recherche, et citer Yann LeCun.

Dans une seconde partie, rédigée dans un style beaucoup plus personnel et humain, il parle de son cancer et de sa rémission. Il explique que cela lui a fait prendre un énorme recul face aux apports de l’intelligence artificielle. Que cela lui a fait prendre conscience que l’IA ne pourra jamais remplacer l’humain, les notions de familles et d’amour. Cela lui permet d’envisager une coexistence réussie entre l’IA et l’humanité.

Un ouvrage à lire ! C’est un parfait complément des ouvrages précédents que j’ai lus sur l’IA :
-Luc Julia : L’intelligence artificielle n’existe pas.  
-Aurélie Jean : De l’autre côté de la machine
-Cécile Dejoux : Ce sera l’IA et Moi.

On pourra lire aussi la critique du Monde.

Jérôme Bondu