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IA et moi desjoux

J’ai lu « Ce sera l’IA ou/et Moi » de Cécile Dejoux. L’ouvrage est intéressant pour ceux qui commencent à s’intéresser de près à l’intelligence artificielle.

Les plus du livre

- Le livre est pédagogique, bien structuré.
- L’auteure a fait de très nombreuses interviews et les comptes rendus écrits alimentent son propos. Elle a aussi fait des interviews vidéos qui sont accessibles via des QR codes (par exemple celle de Luc Julia).
- L’ouvrage est un plaidoyer pour s’initier à l’IA. La première partie explique où nous en sommes avec l’IA. La seconde, comment participer à un projet d’IA. La troisième, quelles sont les complémentarités entre l’homme et l’IA.
- Il y a de très nombreuses informations intéressantes, dont je liste quelques éléments ci-dessous.

Quelques extraits pertinents

Quand on installe une IA, il y a trois phases pour l’utilisateur :
- L’émerveillement.
- La prise de conscience que cela ne sera pas si facile, et éventuellement la déception.
- Le réalisme, et le début d’un travail fructueux avec l’IA.

L’Homme va garder certains domaines de compétence : innovation, créativité, capacité à traiter des sujets transversaux, à interpréter des informations complexes, à intégrer une dimension sociale et émotionnelle. Il faut développer adaptabilité, opportunisme et agilité.

Face à la révolution de l’IA qui risque d’être très violente, il y a deux écoles :
- L’une schumpetérienne, qui pense qu’après une phase de destruction des emplois, il y aura de nombreux nouveaux emplois créés.
- L’autre, qui parie sur le revenu universel.

Cécile Dejoux oppose les tenants du transhumanisme aux bioconservateurs. Elle cite Pierre Levy, professeur à Montréal, qui rappelle que les expériences d’IA doivent se faire dans des « bacs à sable » non connectés à internet pour maîtriser les problèmes de viralités.

Elle rappelle les biais classiques dans la mise en place d’une Intelligence Artificielle : biais d’échantillonnage, biais de généralisation, biais de confirmation, biais de corrélation, biais de disponibilité des données.

Elle rappelle qu’un projet sur deux en IA échoue ! Voici les causes principales :
- Le problème ne nécessite pas d’IA pour être résolu
- L’équipe est trop focalisé technique et pas assez usage
- L’équipe n’a pas intégré d’expert métier
- Les données ne sont pas de bonne qualité
- Les méthodes agiles n’ont pas été utilisées
- Les algorithmes ne sont pas interprétables, actionnables, scalables (en bon franglais dans le texte de Desjoux)
- Les résultats coûtent trop cher par rapport aux bénéfices

Elle évoque la société Bridgewater qui a intégré une Intelligence Artificielle dans son conseil d’administration. Elle explique que l’IA n’est pas convaincante dès qu’il y a des ambigüités ou des incertitudes.

Pour l’instant, aux échecs, la machine bat l’homme seul. Mais l’homme aidé de la machine bat la machine !

Les GAFAM utilisent des techniques de neuromarketing :
- Nous culpabiliser de ne pas consulter notre fil d’actualité.
- Une fois que nous sommes sur notre fil, nous inciter à y rester.
- Nous faire ressentir un sentiment de satisfaction quand nous augmentons notre réseau.
- Idem quand nous recevons des notifications.
Elle plaide pour continuer à travailler nos compétences cognitives « Le danger est que sans attention, pas de concentration, pas de réflexion, pas d’approfondissement, pas de mémoire ». Il va falloir déléguer des travaux aux machines sans cesser de travailler notre mémoire.

Tout ceci est donc très positif.

Avant de finir, il y a deux éléments qui m’ont un peu énervé: 

- Certaines interviews vidéos me semblent faites pour un public jeune. Celle de Luc Julia est particulièrement étonnante dans le sens où Cécile Dejoux reformule tout ce qu’il dit. J’aurais aimé qu’elle s’efface plus devant le spécialiste.
- Et même si c’est un détail, j’ai été choqué par la multitude d’anglicismes. Pas pour l’emploi de deep learning ou machine learning, comme je l’ai fait plus haut, et qui sont quasi incontournables. Mais pour tout le reste. Exemples : Elle utilise pattern (même pas en italique comme il est d’usage pour des mots étrangers) pour modèle. Social ranking pour parler du crédit social en Chine. Entrepreneurship pour entrepreneuriat … alors même que Georges Bush a été la risée du monde économique pour avoir dit que les Français n’avaient pas de mot pour désigner un « entrepreneur ». Road map, feed back, design thinking … peuplent les pages. La phrase la plus caricaturale est sans doute (attention je cite) : « engager une démarche bottom-up de personnalisation en fonction des projets en utilisant les POC (Proof of concept) et le test and learn pour identifier les obstacles… » Mais pourquoi tant de haine du français ? Et je pense que c’est dramatique. Ainsi quand elle s’ingénie à utiliser l’expression Natural Language Processing (NLP) au lieu de Traitement Automatique du Langage naturel (TAL) elle incite les lecteurs à intégrer l’expression anglaise. Ces derniers ne feront aucune recherche sur l’expression française, et ne seront donc pas renvoyés aux acteurs tricolores du domaine. C’est donc un vrai manque de visibilité pour la recherche et l’entrepreneuriat français dans le domaine.
Fermons cette parenthèse linguistique. Le livre de Cécile Dejoux est à lire pour comprendre pourquoi et comment nous devons nous sensibiliser à l’Intelligence Artificielle et prendre en main cette révolution. J’ai beaucoup appris.

IA et moi

Jérôme Bondu

On pourra lire d’autres billets sur l’intelligence artificielle :
- On lira le livre de Luc Julia, « L'intelligence artificielle n'existe pas », pour avoir une présentation de son parcours, et de la réalisation de SIRI.
- On lira le livre d’Aurélie JEAN « De l’autre côté de la machine » pour comprendre qu’une IA peut se tromper et que la compréhension des biais algorithmiques est essentielle.
- On pourra lire La guerre des intelligences, de Laurent Alexandre, pour avoir une vision polémique des impacts de l’IA.
- On pourra visionner « Au cœur de la souveraineté numérique » cartographie réalisée avec Geotrend (outil de recherche qui utiliser l’IA et notamment le TAL).