Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu de la conférence du 22/04/2002 au Club IES

Sur "Le lobbying"
Animé par Alexandra Laferrière

 

Présentation de l’Intervenant


Melle Alexandra Laferrière est adjointe du directeur et consultante en stratégie institutionnelle, Arcturus Group, Bruxelles.

Résumé


Alexandra Laferrière nous a rappelé, dans un premier temps, le rôle des institutions européennes et le domaine d’intervention des lobbyistes. Puis, au travers d’un cas concret, elle nous a présenté les facteurs critiques de succès d’une action de lobbying.
Le reste de la séance a permis aux membres présents de débattre avec l’intervenante.
 

A. Présentation des institutions européennes et du domaine d’intervention des lobbyistes


Dans la première partie de son exposé, Melle Laferrière nous a rappelé brièvement le fonctionnement des différentes instances européennes, et est revenue sur un certain nombre de préjugés tenaces :
· On peut grossièrement présenter les différentes institutions comme suit :
La Commission initie les dossiers.
Le Conseil décide.
Le Parlement co-légifère (par la procédure de co-décision).
La Commission gère l’application des décisions.

· En France, non seulement ces institutions sont mal connues, mais elles sont entachées d’un certain nombre de préjugés.
On a l’habitude de « fustiger » la Commission, qui initie les dossiers, alors que c’est le Conseil qui prend les décisions. Et le Conseil n’est que la représentation des Etats membres. En outre, les Etats membres ont une certaine latitude pour transposer en droit national les décisions européennes. Et parfois, c’est la loi nationale qui, en durcissant les textes européens, provoque des mécontentements.
Autre erreur couramment répandue, celle de sous-estimer le rôle du Parlement. Le Parlement co-légifère sur les dossiers, et a donc un rôle politique très important - et croissant !
Enfin, faut-il le rappeler, l’image caricaturale du fonctionnaire bruxellois « oisif » est fausse. Un réel travail est mené au niveau des différentes Directions générales de la Commission.

· Domaine d’intervention des lobbyistes.
Il existe différents types de lobbying. Celui pratiqué par notre intervenante est très éloigné des aspects de communication.
Il consiste à faire des interventions techniques auprès des institutions, c’est à dire, de fournir de l’information aux fonctionnaires européens pour les aider dans leur prise de décision.
Parfois même (et c’est presque un paradoxe), c’est le fonctionnaire qui fait appel aux lobbyistes, la complexité et le nombre de dossiers à traiter ne lui laissant pas le temps de se renseigner par lui-même de manière satisfaisante. Il n’est pas rare qu’ils demandent – ou simplement apprécient – les synthèses fournies pas les lobbyistes.

B. Les facteurs de réussite d’une action de lobbying


Au travers d’un cas concret, notre intervenante nous a présenté quelques facteurs critiques de succès pour une action de lobbying.
· Communautariser le dossier.
Les dossiers gérés au niveau européen doivent bien évidemment défendre des intérêts européens. Défendre un dossier sous couvert de la défense d’intérêts nationaux n’a pas de sens, et serait automatiquement voué à l’échec.

· Construire un argumentaire efficace.
C’est la pertinence des arguments présentés qui assure le succès d’une action de lobbying. Il est donc important pour le cabinet en charge d’un dossier de connaître l’argumentaire de la partie adverse et de le « démonter ».
C’est autour de « drinks » et de « pinces fesses » - comme le dit non sans humour notre intervenante - que l’on peut approcher les porteurs des projets adverses et connaître les arguments développés.
Une fois l’argumentaire construit, il faut le soumettre à ceux qui ont en charge de légiférer : les parlementaires.

· Maillage parlementaire.
Il s’agit d’identifier les parlementaires qui sont susceptibles d’être intéressés par le dossier. Il faut également cibler les parlementaires qui ne connaissent pas le sujet et que l’on pourra convaincre.
Pour atteindre les parlementaires de différents pays, il est utile de passer par des cabinets partenaires étrangers.

· Commencer à temps.
Plus un dossier est défendu tôt, plus il a de chances d’aboutir. Une action de la lobbying efficace s’inscrit forcement dans la durée.

C. Débats avec les participants


· Une première question a abordé les différences internationales dans les pratiques du lobbying.
Les pays du Nord sont en général très présents à Bruxelles. Les régions allemandes sont très bien représentées, à l’image du land de Bavière (45 personnes au sein de leur représentation) !
De l’autre côté de l’Europe, l’Espagne est également très bien implanté à Bruxelles.

La France n’est pas bien représentée :
- Les régions françaises commencent simplement à comprendre l’intérêt d’être présent sur place. Au mieux, une région est représentée par « un directeur et une secrétaire ».
- La proximité de Bruxelles n’incite pas les Parisiens à y établir des missions permanentes. Les deux capitales ne sont séparées que par 1h20 de TGV ! « Ca ne vaut pas le coup de s’y installer » peut-on entendre fréquemment.
- Les parlementaires européens français sont éparpillés dans les groupes politiques. (Peu nombreux dans les grands groupes PSE-PPE ; ils sont nombreux dans un groupe sans poids réel, les « non inscrits »). Ce qui contribue à amoindrir la représentation française.
- Tout ceci concourre à faire que les Français arrivent souvent tard dans le processus de décision pour lancer une action de lobbying efficace.

· D’où l’interrogation sur la mauvaise image du lobbying en France.
Les Français projettent sur Bruxelles les problèmes qu’ils vivent à Paris.
A Paris, le processus décisionnel est moins transparent nous explique notre intervenante (opacité des institutions, influence des grandes écoles, difficulté pour obtenir un rendez-vous, …). Dès lors, il est tentant de s’imaginer qu’à Bruxelles la situation est similaire, voire pire du fait de la complexité du puzzle européen.
Or, c’est bien le contraire qui a cours Outre Quiévrain. Le système est largement plus transparent qu’ici.

· Les différents types de lobbying.
Mme Perre de Redon nous a présenté le lobbying qu’elle pratique à Paris, et en a donné la définition suivante : « Il s’agit de techniques d’influence pour faire évoluer les décisions publiques ». Cela est proche de la communication.
Notre intervenante présente son métier comme l’action de « gérer l’environnement législatif et réglementaire du client ». Un métier de procédures conclue-t-elle.

Conclusion


Cette réunion a permis, pour ceux qui ne connaissaient pas le lobbying, de voir ce métier sous un jour nouveau et sans préjugés. Et ainsi de mesurer le retard français et d’identifier les actions correctives à mettre en œuvre.

 

Compte rendu rédigé par Jérôme Bondu