santé gafamLes Echos ont publié le 5 septembre 2019 un article intitulé « Les GAFA s’immiscent dans les systèmes de santé publique ». Comme dans beaucoup d’articles sur ce sujet, on retrouve un traitement très positif de l’intrusion des GAFAM dans la santé.

Je me suis amusé à repérer les termes utilisés dans cet article concernant les « utilisateurs » (les malades). Voici ce que cela donne … extraits :
- Que le patient puisse consulter
- Permettre à terme aux citoyens américains d’accéder à l’ensemble de leurs ordonnances
- Permettre aux citoyens américains de choisir son médecin
- Les patients pourront y avoir accès
- Permettre au patient d’avoir accès à l’ensemble de son historique médical

Le traitement de ce sujet est clairement unidirectionnel. Deux verbes sont utilisés : Deux fois « pouvoir » (puisse, pourront). Trois fois « permettre ». Ce qui donne une illusion de maîtrise. En réalité, comme dans les autres domaines que les GAFAM pénètrent, ils cherchent à collecter de la data, contre une illusion de maîtrise.

Si le titre laisse à penser à un traitement plus mesuré, le corps de l’article manque singulièrement de recul. Est-ce la reprise d’un communiqué de presse des GAFAM ?

Cela rappelle exactement ce précédent billet (A lire : Les géants de la technologie se ruent sur la santé, article du Figaro) où les GAFAM étaient traités de la même manière.

Jérôme Bondu



Cigarettes le doier sans filtreJe recommande la BD « Cigarette, dossier sans filtre » de Pierre Boisserie et Siro.

Cette BD est riche d’une foule d’informations sur le monde des vendeurs d’addiction au tabac.

On y apprend :
- L’histoire des grands empires économiques du tabac.
- Leurs manipulations pour imposer la cigarette auprès du grand public.
- La nocivité des cigarettes.
- L’impact écologique, social, politique, …

Je viens de refermer la dernière page. Voici ce que j’en retiens.
- Beaucoup de grands principes marketing et publicitaires ont été inventés par les cigarettiers, comme le placement de produits, la sponsorisation d’évènements sportifs …
- Il se produit à l’heure actuelle environ 6000 milliards de cigarettes par an. Les mégots des deux tiers de ces cigarettes finiront jetés négligemment par terre. Soit par an, 4000 milliards de mégots polluant la nature ! Chaque seconde dans le monde c’est 130 000 mégots qui sont jetés par terre ! Chaque jour rien qu’à Paris il se fume 10 millions de cigarettes dont les 2/3 finiront sur le sol.
- L’habitude de jeter son mégot représente la 3ème cause de pollution dans le monde (pour un service non utile). Un mégot peut contaminer jusqu’à 500 litres d’eau !! Les mégots sont la première cause de pollution dans la méditerranée.
- À ce titre, la loi qui interdit de fumer dans les lieux publics a eu un effet collatéral négatif lié au manque de civisme des fumeurs. Comme ces derniers fument maintenant largement dans la rue, et que ces malheureux n’ont pas de poubelle juste sous la main quand ils ont fini leurs clopes, ils la jettent tout simplement. La pollution a donc grandement augmenté depuis quelques années.
- Le pire est que le mégot ne se sert à rien ! Cela ne filtre en réalité … rien ! Il ne protège pas les fumeurs ! Par contre il protège les cigarettiers qui font croire qu’ils ont bien bossé pour protéger la santé de leurs consommateurs.
- Chaque jour 200 personnes meurent en France de leur consommation de tabac. C’est l’équivalent du crash d’un avion de taille moyenne ! Rapportés par an, c’est près de 80 000 morts, soit l’équivalent d’une ville comme La Rochelle qui est rayée de la carte. Le tabagisme passif tue aussi …
- La nicotine est une drogue plus forte que la cocaïne ou l’héroïne, dans le sens où il est plus difficile d’arrêter de fumer que d’arrêter les deux autres drogues. Plus de 70% des fumeurs veulent arrêter … sans y parvenir.
- Depuis qu’ils se sont rendu compte de la nocivité de leurs produits, les cigarettiers n’ont eu de cesse de manipuler les foules, aliéner les scientifiques et influencer les décideurs. Pire, ils ont augmenté l’accoutumance à la nicotine par l’adjonction d’éléments comme l’ammoniaque.
- Produire un paquet de cigarettes coûte 15 centimes !! Les bénéfices des vendeurs de morts sont immenses. Quant aux taxes prélevées par les Etats, environ 15 milliards en France, elles couvrent à peine plus de 10% des dépenses liées à la consommation de tabac (120 milliards de couts de traitement).
- Après avoir ratissé le monde occidental, et face aux lois qui limitent leur marge de manœuvre (interdiction de fumer dans les lieux publics, interdiction de la publicité), les cigarettiers ont jeté leur dévolu sur le monde en développement. Ils ont utilisé les mêmes recettes que celles expérimentées 50 ans plus tôt dans les pays occidentalisés. Résultat : en Afrique 10% des jeunes entre 10 et 13 fument !!
- La prévention sur l’air de « c’est dangereux » ne fonctionne pas vraiment. Car les jeunes, qui sont les principales cibles des cigarettiers, sont justement dans une phase de prise de risque. Et si ce sont les parents qui sont acteurs de cette prévention cela fonctionne encore moins bien. Car les ados sont à la recherche d’un modèle alternatif. En gros pour résumer trivialement : « Si papa ou maman me dit de ne pas fumer … il faut absolument que j’essaye ».

Il y a beaucoup d’autres choses à dire mais je vous laisse les découvrir … Cette BD est géniale car elle met les points sur les i du mot cigarette !

Je termine mon réquisitoire en soulignant que nous payons tous les externalités négatives des cigarettiers : cancers, maladies cardiovasculaires et artérielles, pollutions, nuisances … Il faudrait qu’enfin une loi les cigarettiers à payer pour leurs dégâts. Pourquoi -par exemple- ne pas les obliger à ramasser tous les déchets (mégots) que leurs utilisateurs balancent par terre ? En effet quand une marée noire souille une plage, la population impose au transporteur/pétrolier de nettoyer la plage ! Il faut faire de même avec cette pollution chimique des mégots.

En ces temps de désastre écologique, il y a là un chantier urgent à prendre en charge !

Sur le même sujet on pourra lire :
- Lobbytomie, de Stéphane Horel.
- Propaganda, d’Edouard Bernays.

Jérôme Bondu

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Présentation par Dargaud






lobbytomie2J’ai lu Lobbytomie - Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie (Ed La Découverte) de Stéphane Horel. L’ouvrage est intéressant à lire, même si je pense que la forme aurait pu être optimisée.
L’auteure (le prénom Stéphane peut être féminin) est journaliste au monde.

Avant de commencer, je précise que j’ai déjà travaillé en tant que consultant pour des lobbies, notamment dans la pharma, mais jamais de ceux qui utilisent des techniques de manipulations comme celles décrites ci-dessous. De même j’enseigne les bases du lobbying dans le cadre de mes formations sur l’influence, mais il y a une ligne de partage très claire entre éthique et non-éthique. Ce qui est décrit dans le livre, et que je vais résumer ci-dessous, présente les dérives du lobbying.
Commençons par les choses intéressantes. Nous verrons les questions de forme plus bas.

Les lobbies ont capturé la démocratie

L’auteure attaque de front des firmes dont « les dirigeants prennent en toute conscience des décisions qui vont à l’encontre de la santé publique et de la sauvegarde de l’environnement ».
- « Un certain monde du business est engagé dans la déconstruction de la science et du savoir dans le seul but de vendre des produits toxiques. »
- « Ces firmes usent de stratégies pernicieuses afin de continuer à diffuser leurs produits nocifs, parfois mortels, et de bloquer toute réglementation. »
- Stéphane Horel nous fait découvrir « un monde cynique dénué de toute morale ». « Les lobbies ont capturé la démocratie et ont fait basculer notre système en lobbytomie ».

Quelle sont ces firmes ?

L’auteure incrimine surtout :
- Lobby du tabac (Philip Morris, British American Tobbacco).
- Lobby de la chimie et des pesticides (BASF, Bayer, Monsanto, Dow).
- Lobby du pétrole (Chevron, Exxon, BP).
- Lobby du sucre (Coca-Cola).

La démonstration de l’auteure

- L’auteure présente d’abord Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud, puis John Hill (qui a créé la société Hill & Knowlton). Si Bernays a fabriqué le consentement, Hill a fabriqué la controverse.
- Elle présente ensuite les méthodes pour lobbytomiser le monde. Le rôle des firmes bien sûr, des intermédiaires que sont les lobbyistes, mais aussi la passivité et la naïveté des structures en charge de la régulation.
- Pour ce faire, elle a réalisé un travail de bénédictin en épluchant des fonds de documentations, tels que le Monsanto papers, ou des milliers de « déclaration d’intérêts ».

lobbytomie

Elle présente toutes les méthodes utilisées et les déviances possibles ! Panorama

1- Instrumentaliser la science.
L’auteur explique qu’il existe une science académique, mais aussi une « science règlementaire » qui est laissé entièrement à la discrétion des entreprises.
- Autant la science académique se doit de suivre des règles strictes pour mener à bien des expériences. Autant les essais cliniques des firmes pourront sur simple déclaration se dirent conformes aux « bonnes pratiques de laboratoire » sans jamais avoir à dévoiler leurs modes opératoires car elles seront protégées par les secrets industriels et commerciaux. C’est ce que l’auteure appelle « la science par dérogation ».
- L’auteure démonte au passage le modèle global de production de la science. Elle dénonce par exemple le modèle économique des éditeurs de revues scientifiques qui font payer pour ce qu’elles obtiennent gratuitement. Autre exemple, elle rappelle le « facteur d’impact » (citation par des pairs) mais soulève qu’il manque pour que ce soit équitable un « facteur de complaisance ».

Créer des éléments de défense de leurs thèses :
- Acheter des expérimentations à des scientifiques renommés, et orienter leur recherche. Des études ont montré qu’offrir un repas à un scientifique pouvait déjà orienter sa vision. D’où le mouvement intitulé « Aucun repas n’est gratuit » (p169).
- Créer des liens de dépendance avec des scientifiques, les transformer en débiteurs.

Créer des outils de diffuser de leurs pseudo science.
- Créer des journaux pseudo scientifiques pour disséminer de la fausse science.
- Créer des peuso événements scientifiques pour donner une part de voix à ces pseudo scientifiques. C’est le phénomène de « chambre d’écho ».

2- Jouer sur la naïveté des régulateurs :  Elle explique aussi que la Commission Européenne fait des lois en copiant-collant des textes écrits par des lobbies. Elle parle à leur propos « d’inculture scientifique » et de « science au pays des bisounours ». Pour un représentant de l’EFSA (autorité européenne de sécurité des aliments) « la pratique du copier-coller relevait pour eux de la routine » (p287). Ces acteurs de la régulation se croient immunisés contre le lobbying et les tentatives d’influence des industriels (p238).

3- Jouer sur les incohérences des lois ou règles.  Ainsi elle explique que les « déclaration d’intérêt », que tout scientifique doit normalement préciser lorsqu’il écrit un article, ne sont jamais vérifiées. Les collègues relecteurs répugnant à « faire la police » ! Les journaux scientifiques ne contrôlent pas. Ainsi que les instances de régulation comme l’EFSA qui ne fait aucune vérification des déclarations d’intérêts des documents scientifiques qu’elle reçoit (p228). Ces mêmes instances expliquent que s’ils ne devaient utiliser que les documents émis par la science académique, ils n’auraient plus grand-chose à lire. Dans le même sens, ces instances se plaisent à créer des panels collégiaux (science académique + science de dérogation) . Comme si intégrer l’ivraie dans le bon grain avait du sens…

4- Jouer sur les mots et faire de la novlangue. Le plus bel exemple est le remplacement du mot pesticide (qui fait peur) par phytosanitaire (qui fait beau). Remplacement du mot fracturation hydraulique dans le cas du gaz de schiste, par massage, stimulation ou brumisation de la roche.  

5- Se défausser sur la liberté individuelle. L’addiction à la cigarette est donc présentée comme un choix personnel.

6- Entretenir le doute : Par exemple on ne peut pas prouver que le tabac tue, car on ne peut pas prouver que tout le reste de l’environnement des fumeurs ne joue pas de rôle (peut-être sont-ils morts aussi l’air pollué, d’une mauvaise alimentation, …).

7- Promettre de s'autoréguler.
8- Mener des procès, intimider.

L’auteure résume ces actions en une « destruction de la connaissance et de l’intelligence collective ». Elle utilise le terme agnotologie pour cette science de destruction des savoirs.

Quelles solutions ?

Il y en a d’évidentes :
- Par exemple faire une base des conflits d’intérêts, publique et consultable, qui empêcherait les déclarations fausses, biaisées, ou à géométrie variable (différente d’un article à un autre).
- Sensibiliser tous les corps législatifs aux mécanismes des lobbies.
- Et en parallèle, éduquer le grand public pour qu’il apprenne à lire une étiquette et ne soit pas le jouet final de cette farce.

Tout ceci fait que ce livre est à lire. Par contre, je me permets une petite critique sur la forme :
- D’abord j’ai eu souvent l’impression que les différentes parties ont été écrites indépendamment les unes des autres. Il y a parfois des redites qui montrent que l’ensemble manque de liant. Par exemple on retrouve au moins trois fois cette phrase quasiment in extenso « l’herbicide le plus utilisé au monde, commercialisé sous le nom de Roundup, a été jugé « cancérigène probable pour l’homme » (catégorie 2A) ». Autre exemple, l’auteure nous parle d’un acteur, puis le représente 20 pages plus loin.
- Ensuite, je pense que le tout aurait pu être plus condensé. Certaines démonstrations tirent un peu en longueur.

Mais au global c’est un livre à lire car on y apprend comment et pourquoi une forme de lobby perverti les décisions qui engagent notre santé.

Jérôme Bondu


Stéphane Horel, journaliste indépendante et collaboratrice du Monde, explore de longue date l’impact du lobbying et des conflits d’intérêts sur les décisions politiques. En 2017, son travail sur les perturbateurs endocriniens - qui a donné lieu au livre Intoxication, La Découverte, 2015 - a été récompensé par le prix Louise Weiss du journalisme européenn. En 2018, elle a reçu, avec Stéphane Foucart, le European Press Prize de l'investigation pour leur série sur les Monsanto Papers publiée dans Le Monde.

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- Article : Les incorruptibles n'existent pas 



Voici la cartographie, réalisée à la lecture de Lobbytomie, qui a généré la structure de l'article :

lobbytomie3

Le mercredi 27 Janvier 2016 à 19h sur Paris, ActuEntreprise organise une soirée spéciale sur les stratégies d’influence et de déstabilisation. Durant cette soirée, assistez à trois interviews filmées qui seront ensuites diffusées sur la webTV ActuEntreprise. Vous pourrez lors de cette soirée échanger avec les conférenciers dans le cadre amical et décontracté d'une dégustation de vins. 

Présentation sur ActuEntreprise.
Lien direct pour l’inscription.


Au programme :

Trois experts :

Comment mettre en place une stratégie d’influence ?

zerbibPar Romain Zerbib : Enseignant-Chercheur en management stratégique et intelligence économique, expert des stratégies d’influence, co-auteur de « INFLUENTIA » l’ouvrage référence concernant ces thématiques aux éditions Lavauzelle.

 

 

Déstabilisation et facteurs humains

decloquementPar Franck Decloquement : Expert Intelligence Economique Groupe KER-MEUR et enseignant à l’IRIS en géoéconomie et intelligence stratégique. Co-auteur du « Petit Traité d’attaques subversives Contre les Entreprises / Théorie et pratique de la contre ingérence économique » aux éditions CHIRON.

 

 

Influence et usages offensifs des réseaux sociaux

huyguesPar François-Bernard Huyghe : docteur d’État et directeur de recherche à l’Iris. Il enseigne à Polytechnique et au Celsa. Depuis la Softidéologie, ou Maîtres du faire-croire, jusqu'à Désinformation (2016), il a consacré plusieurs livres à nos croyances et à leurs supports.

 

 

Ces trois experts seront interviewés par Jérôme Bondu.

Présentation sur ActuEntreprise
Lien direct pour l’inscription.

 

L’accueil se fera à partir de 18 h 30 jusqu’à 19 h 00
Les interviews commenceront à 19h.

Au plaisir de vous y revoir
Jérôme Bondu

 

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J'ai eu le plaisir de recevoir Bruno Racouchot pour aborder le sujet de la "communication d'influence".

Wikipedia nous dit que : "La communication d'influence désigne un ensemble de procédés qui visent à susciter, infléchir, légitimer ou empêcher des décisions publiques dans le but de promouvoir ou de défendre les intérêts commerciaux ou idéologiques d'une organisation, en utilisant comme principal levier d'action l'influence de l'opinion publique."

Et Bruno nous parle de perception, d'identité, de cibles et d'écosystème...

 

Vidéo a voir ici.

 

Animateur de Stratégie et Intelligence Economique : Jérôme Bondu, Dirigeant d’Inter-Ligere
Production : Franck Herbault & Bernard Berge (Yodise TV)
Réalisation : Bernard Berge (Yodise TV)
Rédaction ActuEntreprise : Franck Herbault



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Emmanuelle Garault est directrice des affaires Institutionnelles chez EBAY France, et présidente de l’association BASE.

 

Emmanuelle commence par définir le lobbying et précise la perception que les Français ont du lobbying.

Nous abordons aussi la représentation de la France dans les Institutions Européennes, les moyens à mettre en place pour une PME qui décide de faire du lobbying, et les réglementations en matière de lobbying en France.

 

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