le figaro santéJ’ai lu avec beaucoup d’intérêt les articles du Figaro du 4 décembre titrés « Les géants de la technologie se ruent sur la santé ». L’ensemble fait pratiquement une page et demi (pages 22 et 23).

Ce qui m’a donné envie d’en faire une recension est que cet ensemble d’articles est totalement orienté pro-gafam (Google Apple Facebook Amazon Microsoft). Après une première lecture, j’ai été tellement sidéré par l’angle adopté par le journal que j’ai relu les articles en notant les mentions négatives et positives relatives aux Gafam (j'avais la version papier). Cela donne ceci :
- Deux mentions négatives
- Quinze mention positives.
Et voici quelques extraits :

Mentions négatives :
- « Leur ambition est de recueillir un maximum de données de consommateurs et de parfaire leurs connaissances des comportements quotidiens »
- « La méfiance du public envers les Gafa demeure une réalité, à fortiori lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi sensible que la santé ».

Maintenant, petit florilège issu des 15 mentions dithyrambiques du journal :
- « Cela peut permettre d’améliorer la santé et le bien être des patients »
- « Cela créé de la valeur pour les médecins »
- « C’est un levier d’économie pour les systèmes de santé »
- « Il n’est plus possible de les considérer comme des Big Brother obnubilés par les données mais comme des alliés indispensable »
- « Dans le management des données, on ne pourra pas se passer des Gafam compte tenu de l’avance dont ils disposent »
- « L’industrie pharmaceutique, qui fonctionnait beaucoup en vase clos, a pris conscience de l’intérêt d’avoir un modèle plus ouvert d’open innovation»
- « C’est une alliance naturelle entre deux mondes »
- « La répartition des rôles se fait naturellement »
- « Le PDG de Sanofi loue la capacité d’analyse des données phénoménale de son partenaire »

On ne peut que s’étonner du manque de recul du journal. Il n’est pas fait mention des multiples problèmes que cette abdication entraîne :
- L’aspiration des données par les GAFAM, la problématique d’avoir nos données de santé stockées sur des serveurs américains donc soumises à la loi américaine du Cloud Act,
- La dépendance informationnelle envers les Etats-Unis,
- La perte du marché colossal que la santé connectée représente,
L’orientation univoque du journal de Dassault est vraiment étonnante. Le Figaro ne fait pas mention du fait que Villani ait identifié la santé comme un secteur où la France a une carte à jouer en matière d’Intelligence Artificielle. Le journal passe sous silence le fait que la France ait centralisé (via l’assurance maladie) les données des malades, et que cela en fait une masse d’informations particulièrement bien exploitables.


Mais peut-être que la source de cet aveuglement se trouve page 5 du même numéro (4 décembre) … Car on y trouve une page entière de publi-reportage écrit (sic) « en collaboration avec Google ». Merci les gars, au moins comme cela c’est clair. Vous auriez pu décaler d’un jour ou deux la publicité et le dossier biaisé. En mettant les deux éléments dans le même numéro vous nous facilitez la tâche.

Pourtant vous savez faire. Ainsi le dossier sur la mobilité paru le 15/16 décembre est, à l’inverse de celui sur la santé, parfaitement équilibré. Il présente les raisons du succès des GAFAM, puis nuance leur position, présente des alternatives, et laisse s’exprimer Guillaume Pepy sur la puissance des applis SNCF en France. On préfère un traitement de ce type …

Jérôme Bondu