web20 15ans et après coauteurs

J’ai eu le plaisir de participer à l’écriture du livre « WEB 2.0… 15 ans déjà et après ? » (déjà annoncé ici). 57 pionniers du web 2.0 ont été réunis par David Fayon et Fadhila Brahimi pour produire ce beau témoignage.

Je viens de lire le livre et ait découvert les autres contributions. Voici quelques notes en deux billets (voir le premier).

Les aspects juridiques sont notamment traités par Eric Barbry et Olivier Iteanu . Ce dernier rappelle une évidence « un seul État, les États-Unis, a pu pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, opérer au niveau mondial une surveillance des populations car il s’appuie sur une puissance industrie nationale qui collecte et stocke les données du monde entier, faisant des États-Unis le grenier des données personnelles du monde et de l’Europe en particulier ».  
Il rappelle que le respect de la vie privée tel que le droit français le défendait, est maintenant proche de ce que les Américains appelle la privacy. Or cette privacy « s’efface chaque fois que les propos sont tenus dans un espace public ». (voir p 103).

Anthony Poncier revient sur l’infobésité : « C’est donc une course contre notre « temps de cerveau disponible » est plus globalement notre niveau d’attention et de concentration qui est en jeu. Car avec l’augmentation constante de la production de contenus, c’est aussi celle des notifications, puisque nous sommes en moyenne interrompus toutes les trois minutes … ».

Cela revient comme une antienne dans beaucoup de témoignages. Olivier Berlingué cite Philippe Verdier qui confirme la chute d’attention à 8 secondes des personnes connectées » (voir à ce propos le livre de Patino La civilisation du poisson rouge).

Cyrille Frank rappelle les mécanismes de l’infobésité : « les réseaux sociaux sont passés maitres dans l’art de capter régulièrement cette attention par le système des rétributions symboliques. Les likes, retweets, favs qui récompensent nos publications entretiennent notre autosatisfaction et déclenchent ainsi des mécanismes hormonaux de plaisir, par production de dopamine ».  Si cela nous fait rester plus longtemps sur notre fil d’actualité, on voit plus de pub ! « voila pourquoi les algorithmes de Facebook se mettent à favoriser les informations les plus émotionnelles : émouvantes, choquantes, révoltantes… tout sauf la normalité trop fade du monde réel ». Et il enfonce le clou : « Pire, ils ont permis l’avènement de cette société de post-vérité où tout est relativisé, où les principes de la raison hypothéticodéductive sont remis en cause par le doute nihiliste, où les valeurs républicaines sont niées au bénéfice d’intérêts communautaires et religieux ». Et les sources d’informations sérieuses, mais ennuyeuses, disparaissent dans le fond du classement. Il conclut « Il y a donc un paradoxe assez surprenant : la technologie a permis l’explosion des sources d’information et de contenus via internet. Pourtant, c’est elle qui rétrécit aujourd’hui notre horizon informationnel ».

François Laurent et Damien Douani traitent des marques. Céline Crespin et Yann Gourvennec expliquent le combat des marques pour exister sur les réseaux sociaux. Yann a une belle métaphore pour fustiger ces réseaux qui tiennent les marques par la barbichette « c’est un peu comme si TF1 faisait payer ses annonceurs une première fois pour faire de la publicité et éteignait dans leur dos les postes de télé des spectateurs, forçant ainsi les annonceurs à remettre au pot pour rallumer les postes de TV » ! CQFD.

Mathieu Flaig traite de réalité virtuelle dans un article passionnant. Il évoque notamment l’intérêt des GAFAM. « Facebook annonce également que sa vision à 10 ans est basée sur la réalité augmentée et virtuelle (avec sa division Oculus), laissant penser que bientôt, on n’ira plus sur Facebook, mais dans Facebook ».

Serge Soudoplatoff revient sur les pouvoirs des algorithmes : « Une des grandes erreurs sur l’impact d’internet sur la société a été de croire que cela allait améliorer les rapports humains, et apporter de l’ouverture. (…) En fait, le net a favorisé les phénomènes de polarisation bien plus qu’il n’a effacé les différences ».

Mes deux articles sont en fin d’ouvrage et soulignent l’importance de reprendre la maitrise du web face aux acteurs hégémoniques.

L’ouvrage se conclut sur les manières de réenchanter internet. Et on en a besoin …

Au final, ce livre apporte une vision caléidoscopique des 15 ans du web 2.0 L’ensemble est très riche, profond, et passionnant. C’est une référence à lire et à avoir dans sa bibliothèque. Bravo David et Fadhila pour ce beau travail !

Le livre a été édité par Kawa et on pourra retrouver toutes les informations sur le site dédié réenchanter Internet

Bonne lecture !

Jérôme Bondu
Auteur de « Maîtriser Internet, … avant qu’internet ne nous maîtrise » Editions Inter-Ligere
Directeur du cabinet de conseil en Intelligence Economique Inter-Ligere.fr