web20 15ans et après

J’ai eu le plaisir de participer à l’écriture du livre « WEB 2.0… 15 ans déjà et après ? » (déjà annoncé ici). 57 pionniers du web 2.0 ont été réunis par David Fayon et Fadhila Brahimi pour produire ce beau témoignage.

Je viens de lire le livre et ait découvert les autres contributions. Voici quelques notes avec de bons extraits.

J’ai trouvé l’article de Jean-Pierre Corniou particulièrement intéressant.
- Il rappelle l’arrivée du web dans une France acquise au Minitel : « Aussi le web s’est-il installé par effraction, de façon marginale, dans le paysage économique français au milieu des années 1990. Le web n’a pas été immédiatement perçu comme une révolution, mais comme une alternative ouverte, libérale, voire libertaire, d’inspiration nord-américaine, à un système national, performant, mais couteux et fermé ».
- Il continue en pointant les faiblesses commerciales des inventions françaises : « La France avait connu une longue série de performances techniques sans retombées commerciales majeures. On peut citer le système SECAM de télévision couleur, le Minitel lancé dès 1982, mais aussi le Plan Informatique pour tous de 1985 avec les fameux ordinateurs M05 de Thomson. Dans ces trois cas, la technologie n’était pas en cause, mais le refus obstiné et orgueilleux de s’inscrire dans une logique de standards de faits internationaux a coupé les industriels de tout espoir d’exportation ».

David Fayon (avec qui j'échange régulièrement, via ses livres ou rencontres) rappelle entre autres que le web social repose sur quatre lois empiriques :
- La loi de la longue traine
- La loi de Metcalfe
- La théorie du petit monde
- La loi des médias participatifs 90/9/1

Henri Verrier commence par rappeler lui aussi que la France avait joué un rôle majeur dans la naissance d’internet avec le datagramme de Louis Pouzin (voir son livre, sa cofnérence sur RINA et son interview), une solide industrie informatique, de grandes sociétés de service, l’invention de l’ADSL, du triple play, …
Mais nous allons subir un décrochage lié à trois éléments :
- L’explosion de la bulle internet a semblé donner raison aux tenants de la vieille économie.
- La faiblesse du tissu français de capital-risque.
- La limite du marché français, alors qu’une croissance ultra rapide et internationale est un facteur clé de réussite.

Cyrille Chaudoit commence par une citation de Marc Dugain issu de son roman Transparence : « la révolution numérique a conduit à peu de dictatures, mais elle a vu éclore des démocraties autoritaires élues par des internautes manipulés sans conscience de l’être ». Et finit par La Boétie « il est moins utile de vouloir empêcher la tyrannie en luttant contre elle que d’en comprendre ses mécanismes pour parvenir à ne pas la subir, ni la désirer ». Chapeau !

Pierre Valet en rajoute une couche avec une question terriblement ironique sur la France : « comment un peuple de dépressifs notoires, le plus consommateur d’anxiolytiques au monde, est-il parvenu à confier à des pythies-algorithmiques, nourries par ses affres et noirceurs, son information, son avenir, ses choix de vie individuels comme collectifs ? ». Plus loin il lance que « au XXIème siècle, les nations sont devenues mortelles ». Et encore plus loin « la réalité n’est jamais qu’une perception manipulée par notre sérotonine et folle envie d’avoir raison, un champ de bataille, un théâtre d’ombres et d’opérations ». Et il évoque une pharmacopée :
- Retrouver notre capacité de concentration.
- Lutter contre notre indigence sémiotique, retrouver une richesse de vocabulaire.
- Renforcer le rôle de l’éducation nationale.
- Réenseigner la philosophie, en tant qu’outil permettant de penser par soi-même, et de jouer un rôle dans la fabrique du citoyen.
- Rendre nos outils d’observation du monde à nouveau intelligibles à tous.
- Nous redonner le pouvoir sur notre fil d’actualité, en pouvant réintégrer ou retirer des sources d’informations.
- Faire face aux prétentions démiurgiques d’un Google « souhaitant ordonner l’ensemble des informations du monde – tel un Jorgue de Burgos, le bibliothécaire aveugle du « Nom de la Rose » d’Umberto Ecco, qui seul connait le plan de la bibliothèque, seul en connait la géographie obscure, le système de classement, seul peut nous guider vers ses ouvrages ou les mettre à l’index des livres interdits »

C’est sur cette image sublime, forte et saisissante que je finis ce premier billet. Je m’en veux de ne pas avoir vu avant ce superbe parallèle ! Mais Pierre ne m’en voudra pas de lui piquer (en lui en attribuant bien sur la paternité ;-)

Comme on a pu le lire, ces pionniers du web sont aussi des fins lettrés, riche de plusieurs cultures, informatique, historique et littéraire.

Le livre a été édité par Kawa et on pourra retrouver toutes les informations sur le site dédié Réenchanter Internet

Bonne lecture !

Jérôme Bondu
Auteur de « Maîtriser Internet, … avant qu’internet ne nous maîtrise » Editions Inter-Ligere
Directeur du cabinet de conseil en Intelligence Economique Inter-Ligere.fr