idriss


J’ai lu « L’âge de la connaissance » d’Idriss Aberkane (interview sur ThinkerView). Ce livre est en quelque sorte la suite de « Libérez votre cerveau » qui avait fait un carton.

Je connais Idriss depuis quelques années. Il m’avait fait le plaisir d’intervenir au Club IES pour une conférence sur l’économie de la connaissance. Ecartons tout de suite la polémique qu’il y a eu sur ses diplômes (je suis personnellement assez en phase avec l'analyse du Précepteur/Youtube). Et voici une petite note de lecture très personnelle.

Ce qui m’a plu : Une vision positive et intéressante du monde de la Connaissance. Si je résume en quelques lignes : Baser notre système économique sur des matières premières épuisables (pétrole, charbon, …) n’est pas durable. Baser notre économie sur la connaissance rend le système pérenne. La connaissance ne se dévalorise pas en se partageant. C’est ce que l’auteur appelle la loi de Soudoplatoff en référence à Serge Soudoplatoff. Il développe en fin d’ouvrage les idées de la blue economy et de biomimétisme. On ne peut qu’être d’accord avec sa vision, qui porte en elle l’espoir d’un monde meilleur.

Mais si j’ai aimé ce livre, je me permets néanmoins de soulever trois petites critiques :

- Premier point : Le problème majeur est que la connaissance engendre des biens matériels ! Et que ces biens matériels ne sont pas « infinis » comme l’est la connaissance. Les conflits, liés à la possession de ces biens matériels dérivés de la connaissance, sont aussi durs que ceux pour la possession des ressources finies. La course à la bombe atomique en est un bon exemple : Pur produit de l’intelligence d’un homme, Einstein, puis développé par un formidable effort de 130 000 personnes dans le cadre du projet Manhattan, pour en faire un outil d’une puissance considérable réservée à une petite élite de pays. Et nous voilà revenus au point de départ d’un monde aux besoins basés sur des ressources limitées. La Connaissance n’est qu’un « état intermédiaire » instable. Assurer sa stabilité est le véritable enjeu ! Et pour cela il faut un effort et des ressources considérables. A mon très petit niveau, en tant que consultant en intelligence économique, j’essaye de mettre en place des flux d’informations pérennes dans les entreprises. Mais comprendre le besoin des managers, trouver les sources d’informations dans et hors de l’entreprise, créer les flux, s’assurer de la valeur des prises de décisions … tout cela requiert beaucoup d’énergie. Idriss pourrait aborder prochainement la problématique de la difficulté de garder la Connaissance dans un état « pur » : partageable et créateur de valeur ! Il y a là un bel enjeu de civilisation.

- Second point : Il vente la nature, qui par essai erreur, a produit les plus hautes technologies que nous peinons à reproduire et que nous ferions bien de re-découvrir et imiter. Il vente dans le même temps le système américain qui permet et valorise l’essai erreur. Le problème est que l’essai erreur dans la nature produit des morts (par exemple l’animal qui n’a pas réussi à échapper à son prédateur). Et que dans le monde de l’entreprise, un mort est un chômeur. Notre société vise justement à limiter les morts économiques. Donc l’essai erreur n’est pas possible. Ou alors avec un sacré parachute et un principe de précaution tel … que l’essai-erreur est vidé de toute substance.

- Dernier point : Il est très virulent sur l’éducation à la française. Il fustige par exemple « L’antique religion du reste-à-ta-place, sanctionnée par ses concours et sa bureaucratie, préférera toujours la conformité à la vérité, et n’aura de cesse d’offrir ses ressources et son autorité à des incompétents … » (p 132) On retrouve assez régulièrement des piques contre les « cadavres spirituels », « bas de plafond » et autres « âmes mortes » (p146). On le sent très revanchard. Son livre aurait mérité plus de nuance sur ce point car cela n’apporte rien à sa thèse sur l’âge de la Connaissance.

L’ensemble est très intéressant, agite les neurones, et mérite une lecture.

Jérôme Bondu