blamontJe viens de finir « Réseaux, le pari de l’intelligence collective » de Jacques Blamont. Je l’ai croisé à quelques reprises dans la cadre du Club des Vigilants. Pour ceux qui ne le connaissaient pas, il est tout simplement l’un des pères de l’aventure spatiale française. Si vous êtes fan comme moi de ThinkerView vous savez que l’animateur le cite souvent comme un des « sponsors » de la chaine, et que l’interview de Jacques a été la première d’une longue série. Jacques Blamont est décédé aujourd’hui. Je poste ce compte rendu de lecture, écrit il y a une semaine, avant son décès, et donc en le citant au présent.

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Un premier chapitre est consacré aux moteurs de la révolution numérique, avec un focus particulier sur la conjecture de Moore. Vous la connaissez, cette « loi » empirique explique qu’il y aura un doublement du nombre de transistors dans les microprocesseurs tous les deux ans. Si elle concernait jusqu’à présent la puissance des microprocesseurs, Jacques Blamont prédit qu’elle sera applicable aux nombres d’applications dans les plateformes.

Un second chapitre concerne le monde de la donnée, avec une attention particulière aux risques de monopolisation du pouvoir par les GAFAM. Il consacre de nombreux chapitres à la conquête de l’espace, et développe l’idée que l’innovation verticale initiée par les grandes agences a été disruptée par les GAFAM (notamment Jeff Bezos) et NATU (notamment Elon Musk).

Il détaille ensuite la force d’internet, liée à la participation des internautes, les communs, les logiciels libres, les blogs et le 2.0, les mouvements de « makers », le modèle de Wikipedia, … Tout ceci qu’il rassemble sous la terminologie du pouvoir de la « Foule ». Et en conclue qu’il faut qu’au niveau européen nous soyons en mesure d’intégrer cette dimension participative, cette « Foule », sous peine de sclérose. Il a pour cela créé au sein du CNES une dynamique qu’il a baptisée la Fédération.

Jacques Blamont est un visionnaire. Il cherche à appliquer au domaine spatial très rigidifié par le souci de l’excellence, les leçons de la mutation structurelle qu’internet entraine. Sa vision m’a rappelé celle de Joël de Rosnay dans son ouvrage Symphonie du vivant (résumé ici) Les deux ont en commun d’avoir vécu de grandes réussites dans le monde d’avant. Et loin de se reposer sur leur laurier, de vouloir comprendre le monde à venir, et de vouloir donner du sens à l’émergence parfois brouillonne d’internet. Joël de Rosnay imagine par exemple que l’ensemble des codes et algorithmes qui constituent l’ossature d’internet soient une forme d’ADN. Et partant de là, il imagine une épigénétique des mèmes qu’il appelle épimémétique.

Les deux savants imaginent comment changer, améliorer, orienter positivement l’internet ! En cela, ils sont plus jeunes que les jeunes. Bravo ! Esprits brillants, ils ont une foi immense dans l’intelligence collective. J’espère que l’avenir leur donnera raison.

Acheter sur le CNRS, le Furet ou sur la FNAC.

Jérôme Bondu






web20 15ans et après coauteurs

J’ai eu le plaisir de participer à l’écriture du livre « WEB 2.0… 15 ans déjà et après ? » (déjà annoncé ici). 57 pionniers du web 2.0 ont été réunis par David Fayon et Fadhila Brahimi pour produire ce beau témoignage.

Je viens de lire le livre et ait découvert les autres contributions. Voici quelques notes en deux billets (voir le premier).

Les aspects juridiques sont notamment traités par Eric Barbry et Olivier Iteanu . Ce dernier rappelle une évidence « un seul État, les États-Unis, a pu pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, opérer au niveau mondial une surveillance des populations car il s’appuie sur une puissance industrie nationale qui collecte et stocke les données du monde entier, faisant des États-Unis le grenier des données personnelles du monde et de l’Europe en particulier ».  
Il rappelle que le respect de la vie privée tel que le droit français le défendait, est maintenant proche de ce que les Américains appelle la privacy. Or cette privacy « s’efface chaque fois que les propos sont tenus dans un espace public ». (voir p 103).

Anthony Poncier revient sur l’infobésité : « C’est donc une course contre notre « temps de cerveau disponible » est plus globalement notre niveau d’attention et de concentration qui est en jeu. Car avec l’augmentation constante de la production de contenus, c’est aussi celle des notifications, puisque nous sommes en moyenne interrompus toutes les trois minutes … ».

Cela revient comme une antienne dans beaucoup de témoignages. Olivier Berlingué cite Philippe Verdier qui confirme la chute d’attention à 8 secondes des personnes connectées » (voir à ce propos le livre de Patino La civilisation du poisson rouge).

Cyrille Frank rappelle les mécanismes de l’infobésité : « les réseaux sociaux sont passés maitres dans l’art de capter régulièrement cette attention par le système des rétributions symboliques. Les likes, retweets, favs qui récompensent nos publications entretiennent notre autosatisfaction et déclenchent ainsi des mécanismes hormonaux de plaisir, par production de dopamine ».  Si cela nous fait rester plus longtemps sur notre fil d’actualité, on voit plus de pub ! « voila pourquoi les algorithmes de Facebook se mettent à favoriser les informations les plus émotionnelles : émouvantes, choquantes, révoltantes… tout sauf la normalité trop fade du monde réel ». Et il enfonce le clou : « Pire, ils ont permis l’avènement de cette société de post-vérité où tout est relativisé, où les principes de la raison hypothéticodéductive sont remis en cause par le doute nihiliste, où les valeurs républicaines sont niées au bénéfice d’intérêts communautaires et religieux ». Et les sources d’informations sérieuses, mais ennuyeuses, disparaissent dans le fond du classement. Il conclut « Il y a donc un paradoxe assez surprenant : la technologie a permis l’explosion des sources d’information et de contenus via internet. Pourtant, c’est elle qui rétrécit aujourd’hui notre horizon informationnel ».

François Laurent et Damien Douani traitent des marques. Céline Crespin et Yann Gourvennec expliquent le combat des marques pour exister sur les réseaux sociaux. Yann a une belle métaphore pour fustiger ces réseaux qui tiennent les marques par la barbichette « c’est un peu comme si TF1 faisait payer ses annonceurs une première fois pour faire de la publicité et éteignait dans leur dos les postes de télé des spectateurs, forçant ainsi les annonceurs à remettre au pot pour rallumer les postes de TV » ! CQFD.

Mathieu Flaig traite de réalité virtuelle dans un article passionnant. Il évoque notamment l’intérêt des GAFAM. « Facebook annonce également que sa vision à 10 ans est basée sur la réalité augmentée et virtuelle (avec sa division Oculus), laissant penser que bientôt, on n’ira plus sur Facebook, mais dans Facebook ».

Serge Soudoplatoff revient sur les pouvoirs des algorithmes : « Une des grandes erreurs sur l’impact d’internet sur la société a été de croire que cela allait améliorer les rapports humains, et apporter de l’ouverture. (…) En fait, le net a favorisé les phénomènes de polarisation bien plus qu’il n’a effacé les différences ».

Mes deux articles sont en fin d’ouvrage et soulignent l’importance de reprendre la maitrise du web face aux acteurs hégémoniques.

L’ouvrage se conclut sur les manières de réenchanter internet. Et on en a besoin …

Au final, ce livre apporte une vision caléidoscopique des 15 ans du web 2.0 L’ensemble est très riche, profond, et passionnant. C’est une référence à lire et à avoir dans sa bibliothèque. Bravo David et Fadhila pour ce beau travail !

Le livre a été édité par Kawa et on pourra retrouver toutes les informations sur le site dédié réenchanter Internet

Bonne lecture !

Jérôme Bondu
Auteur de « Maîtriser Internet, … avant qu’internet ne nous maîtrise » Editions Inter-Ligere
Directeur du cabinet de conseil en Intelligence Economique Inter-Ligere.fr



web20 15ans et après

J’ai eu le plaisir de participer à l’écriture du livre « WEB 2.0… 15 ans déjà et après ? » (déjà annoncé ici). 57 pionniers du web 2.0 ont été réunis par David Fayon et Fadhila Brahimi pour produire ce beau témoignage.

Je viens de lire le livre et ait découvert les autres contributions. Voici quelques notes avec de bons extraits.

J’ai trouvé l’article de Jean-Pierre Corniou particulièrement intéressant.
- Il rappelle l’arrivée du web dans une France acquise au Minitel : « Aussi le web s’est-il installé par effraction, de façon marginale, dans le paysage économique français au milieu des années 1990. Le web n’a pas été immédiatement perçu comme une révolution, mais comme une alternative ouverte, libérale, voire libertaire, d’inspiration nord-américaine, à un système national, performant, mais couteux et fermé ».
- Il continue en pointant les faiblesses commerciales des inventions françaises : « La France avait connu une longue série de performances techniques sans retombées commerciales majeures. On peut citer le système SECAM de télévision couleur, le Minitel lancé dès 1982, mais aussi le Plan Informatique pour tous de 1985 avec les fameux ordinateurs M05 de Thomson. Dans ces trois cas, la technologie n’était pas en cause, mais le refus obstiné et orgueilleux de s’inscrire dans une logique de standards de faits internationaux a coupé les industriels de tout espoir d’exportation ».

David Fayon (avec qui j'échange régulièrement, via ses livres ou rencontres) rappelle entre autres que le web social repose sur quatre lois empiriques :
- La loi de la longue traine
- La loi de Metcalfe
- La théorie du petit monde
- La loi des médias participatifs 90/9/1

Henri Verrier commence par rappeler lui aussi que la France avait joué un rôle majeur dans la naissance d’internet avec le datagramme de Louis Pouzin (voir son livre, sa cofnérence sur RINA et son interview), une solide industrie informatique, de grandes sociétés de service, l’invention de l’ADSL, du triple play, …
Mais nous allons subir un décrochage lié à trois éléments :
- L’explosion de la bulle internet a semblé donner raison aux tenants de la vieille économie.
- La faiblesse du tissu français de capital-risque.
- La limite du marché français, alors qu’une croissance ultra rapide et internationale est un facteur clé de réussite.

Cyrille Chaudoit commence par une citation de Marc Dugain issu de son roman Transparence : « la révolution numérique a conduit à peu de dictatures, mais elle a vu éclore des démocraties autoritaires élues par des internautes manipulés sans conscience de l’être ». Et finit par La Boétie « il est moins utile de vouloir empêcher la tyrannie en luttant contre elle que d’en comprendre ses mécanismes pour parvenir à ne pas la subir, ni la désirer ». Chapeau !

Pierre Valet en rajoute une couche avec une question terriblement ironique sur la France : « comment un peuple de dépressifs notoires, le plus consommateur d’anxiolytiques au monde, est-il parvenu à confier à des pythies-algorithmiques, nourries par ses affres et noirceurs, son information, son avenir, ses choix de vie individuels comme collectifs ? ». Plus loin il lance que « au XXIème siècle, les nations sont devenues mortelles ». Et encore plus loin « la réalité n’est jamais qu’une perception manipulée par notre sérotonine et folle envie d’avoir raison, un champ de bataille, un théâtre d’ombres et d’opérations ». Et il évoque une pharmacopée :
- Retrouver notre capacité de concentration.
- Lutter contre notre indigence sémiotique, retrouver une richesse de vocabulaire.
- Renforcer le rôle de l’éducation nationale.
- Réenseigner la philosophie, en tant qu’outil permettant de penser par soi-même, et de jouer un rôle dans la fabrique du citoyen.
- Rendre nos outils d’observation du monde à nouveau intelligibles à tous.
- Nous redonner le pouvoir sur notre fil d’actualité, en pouvant réintégrer ou retirer des sources d’informations.
- Faire face aux prétentions démiurgiques d’un Google « souhaitant ordonner l’ensemble des informations du monde – tel un Jorgue de Burgos, le bibliothécaire aveugle du « Nom de la Rose » d’Umberto Ecco, qui seul connait le plan de la bibliothèque, seul en connait la géographie obscure, le système de classement, seul peut nous guider vers ses ouvrages ou les mettre à l’index des livres interdits »

C’est sur cette image sublime, forte et saisissante que je finis ce premier billet. Je m’en veux de ne pas avoir vu avant ce superbe parallèle ! Mais Pierre ne m’en voudra pas de lui piquer (en lui en attribuant bien sur la paternité ;-)

Comme on a pu le lire, ces pionniers du web sont aussi des fins lettrés, riche de plusieurs cultures, informatique, historique et littéraire.

Le livre a été édité par Kawa et on pourra retrouver toutes les informations sur le site dédié Réenchanter Internet

Bonne lecture !

Jérôme Bondu
Auteur de « Maîtriser Internet, … avant qu’internet ne nous maîtrise » Editions Inter-Ligere
Directeur du cabinet de conseil en Intelligence Economique Inter-Ligere.fr






ABD cahiers 2020 01 cover 725x1024

L’Association Belge de la Documentation publie un numéro spécial intitulé « La veille aujourd’hui » dans les Cahiers de la Documentation (numéro 2020/1 publié en mars 2020). J’ai eu le plaisir d’y participer avec un article sur la veille collaborative.

Cette participation fait suite à une conférence à Bruxelles le 9 mai 2019 sur le même thème dans le cadre de "Inforum 2019" séminaire intitulé "Stronger together : les pratiques collaboratives en Information & Documentation". Le colloque était aussi organisé par l'ABD Association Belge de Documentation.

Voici l’extrait de l’édito de Michèle ORBAN qui mentionne les co-auteurs :
« Notre itinéraire se poursuivra sous l’angle de la technologie et de l’intelligence artificielle. Cette étape incontournable sera assurée par Marc Borry, qui nous exposera les opportunités et les menaces que représentent les derniers développements de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement du ”deep learning”, pour les veilleurs. Et parce que la technologie ne fait pas tout, Jérôme Bondu enchaînera sur la nécessité de l’aspect collaboratif à toutes les étapes du processus. »

On y lira aussi un article de Véronique Mesguich sur les méthodes d’analyse de l’information stratégique, et de Christophe Deschamps sur le mindmapping.

Bonne lecture et bravo pour ce beau travail !

Jerome





carto ouvrages veille TOP 20

Pour finir ce panorama en 5 billets voici la cartographie des ouvrages qui m’ont le plus marqué sur les 20 dernières années. Je précise que ces sont des lectures professionnelles dans le domaine de la gestion des informations. Je précise aussi que cette sélection est totalement subjective car correspondant à mes besoins. Vous pouvez aussi consulter la liste de mes 200 dernières lectures, une cartographie des ouvrages en intelligence économique, une cartographie sur le numérique, et une cartographie sur les GAFAM.

Légende de la cartographie :
-    L’axe horizontal : date de publication.
-    L’axe vertical : des apports techniques vers les apports stratégiques.
-    Taille de la bulle : influence.
-    Couleur : regroupement par domaine
     Blanc : sociologie / divers.
     Orange : gestion des informations / numérique / souveraineté numérique.
     Rouge : intelligence économique / guerre économique.
     Vert : humanismes.


Sociologie / divers


Dans cette catégorie j’ai sélectionné Gérald Bronner et notamment son livre « La démocratie des crédules ». Son ouvrage m’a tellement intéressé que je l’ai résumé en trois billets
1- Les biais d’Internet 
2- Les biais démocratiques et médiatiques
3- Les biais cognitifs

Plus ancien (dans sa première édition) le très célèbre « Petit traité de manipulation » de Joules et Beauvois. Il a été réédité en 2014. Cet ouvrage m’a littéralement fait découvrir l’importance de la psychosociologie.

Les livres d’Olivier Charbonnier et de Sandra Enlart répondent à des questions fondamentales « Faut-il encore apprendre ? » Et quelles sont les compétences pour demain ?

Le Manuel d’autodéfense intellectuelle de Sophie Mazé est très bien. Ce petit ouvrage se lit vite et est très abordable. Il m’a fait penser au Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Joule et Beauvois. Ces deux ouvrages ont le mérite d’apporter au grand public des outils de compréhension des mécaniques de manipulation.

Mme Stéphane Horel a fait un pamphlet contre les lobbies. Son livre « Lobbytomie » est un réquisitoire important à lire, notamment contre les cigarettiers. Si le style laisse à désirer le fond est passionnant.

Michel Desmurget s’est fait connaitre par deux ouvrages « TV Lobotomie » en 2013 et « La fabrique du crétin digital » en 2019. Le contenu est très intéressant, mais malheureusement noyé dans un style d’écriture un peu difficile. L’auteur est revanchard, dans le sens où il a le sentiment que la réalité scientifique a du mal à se frayer un chemin vers le grand public.

J’ai lu trois ouvrages de Bernard Sablonnière : Les nouveaux territoires du cerveau, Le cerveau, La chimie des sentiments. Tous sont intéressants et permettent de mieux comprendre les ressorts chimiques du comportement. Bien qu’il ne figure pas dans cette liste, on peut aussi lire « Tout est chimie dans notre vie ».

Gestion des informations / numérique / souveraineté numérique

Le livre de Nicholas Carr « Internet rend-il bête ? » est devenu une référence. Il a été un des premiers à populariser les effets induits négatifs d’internet.

Pascal Perri, a écrit un très bon livre « Google un ami qui ne vous veut pas que du bien ». L’auteur est journaliste, bien renseigné, et décrypte les manipulations économiques et fiscales du géant.

Dugain & Labbé ont écrit « l’Homme nu ». On peut lire en 4ème de couverture « la révolution numérique a enclenché un processus de mise à nu de l'individu au profit d'une poignée de multinationales, américaines pour la plupart, les fameux big data. » Tout est dit.

Seth Stephens-Davidovitz, avec "Tout le monde ment", m’a confirmé dans l’idée que l’utilisation du moteur de recherche Google donnait à Alphabet (la maison mère) une puissance considérable. Cela lui permettait de savoir ce qu’avait en tête 90% des internautes du monde entier !

Dominique Cardon est le sociologue incontournable sur les aspects numériques.

Bruno Patino a écrit un très bon petit traité sur le marché de l’attention qui présente un miroir de notre utilisation d’internet.

Pierre Bellanger a écrit le livre de référence, qui a fait date « La souveraineté numérique ». Incontournable

Enfin Edward Snowden s'est expliqué dans « Mémoires Vives ». Il n’a pas été lanceur d’alerte pour le plaisir, mais parce que le système mise en place aux Etats-Unis viole délibérément la constitution américaine.


Intelligence économique / guerre économique


« La guerre des métaux rares » de Guillaume Pitron se lit comme un roman, même si le sujet est essentiel. La gestion des métaux rares fait partie des éléments essentiel d’une souveraineté numérique, avec la maitrise de l’intelligence artificielle ou la la blockchain.

Ali Laidi a écrit deux ouvrages passionnants « Histoire de la guerre économique » et « Le droit, nouvelle arme de guerre »

« Le piège américain » de Frédéric Pierucci est un livre incontournable pour comprendre les rouages de la guerre économique. http://www.inter-ligere.fr/index.php/fr/geopolitique/1437-a-lire-le-piege-americain-de-frederic-pierucci-livre-incontournable?

Humanismes


Deux livres pour finir qui sont comme une bouffé d’air pur.
Peter Wohlleben a écrit le très beau livre « Le réseau secret de la nature » qui rappelle que les arbres sont aussi en réseau !

Enfin, la meilleure lecture est sans conteste Sapiens de Yuval Noah Harari. Il retrace toute l’histoire de l’humanité, depuis l’évolution de l’Homo Sapiens à l’Âge de pierre jusqu’aux révolutions politiques et technologiques actuelles. Si cet objectif est ambitieux, il a néanmoins été parfaitement atteint.

Bonnes lectures !!!

Jérôme Bondu






carto ouvrages veille 5 GAFAM

Voici une sélection de livres sur l’omnipotence des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Cette sélection est bien sûr subjective, et je ne prétends pas que ce soient les meilleurs ouvrages « en valeur absolue ». Cette sélection est issue de mes 200 lectures professionnelles sur les 20 dernières années (voir la liste des 200 livres). Vous pouvez aussi consulter la cartographie des livres en intelligence économique  et sur la culture numérique.


Légende de la cartographie :
-    L’axe horizontal : date de publication.
-    L’axe vertical : des apports techniques vers les apports stratégiques.
-    Taille de la bulle : influence.

Pierre Bellanger a écrit le livre de référence, qui a fait date « La souveraineté numérique ». Incontournable.

Nous connaissons tous Assange et Snowden. Mais je suis sûr que peu d’entre vous les ont lus. Entre les deux livres, je recommanderais plutôt celui d’Edward Snowden « Mémoires Vives ».  Edward rappelle qu’il n’a pas été lanceur d’alerte pour le plaisir, mais parce que le système de surveillance mise en place aux Etats-Unis viole délibérément la constitution américaine.

Pascal Perri a écrit un très bon livre « Google un ami qui ne vous veut pas que du bien ». L’auteur est journaliste, bien renseigné, et décrypte les manipulations économiques et fiscales du géant américain.

L’ouvrage de Benjamin Loveluck "Réseaux libertés et contrôle" n’est pas facile à lire, mais est passionnant. Il présente la genèse d’internet et ses évolutions, jusqu’à tracer trois grands systèmes d’organisation et de contrôle : centralisation (Google, Facebook), dissémination (Perr-to-peer, Wikileaks) ou auto-organisation (Logiciels libres, Wikipedia).

Dugain & Labbé ont écrit « l’Homme nu ». On peut lire en 4ème de couverture « la révolution numérique a enclenché un processus de mise à nu de l'individu au profit d'une poignée de multinationales, Américaines pour la plupart, les fameux big data. » Tout est dit.

Tristan Nitot est bien connu du monde du numérique. Il est notamment fondateur de l’association Mozilla Europe. Son livre présente notamment les moyens de se protéger de la surveillance généralisée. Surveillance://

Scott Galloway a écrit The Four. Il s’agit évidemment de Google, Apple, Facebook, Amazon. J’ai lu la version en anglais. L’auteur détaille avec brio les modèles économiques des 4 géants.

Christine Kerdellan a écrit « Dans la Google du loup ». Très bon livre de vulgarisation sur la dystopie Googlienne. Dans chaque chapitre, elle reprend d’abord 1984 en prolongeant le livre d’Orwell dans un futur proche. Puis dans elle continue en expliquant que cette dystopie est bien réelle.

Dans « Les gafam contre l'internet » Nikos Smyrnaios fait un exposé assez technique. Mais totalement passionnant. A lire obligatoirement.

Pour finir, je recommande l'étude de Douglas Schmidt « Ce que Google collecte ! ». Ce document est essentiel, car il permet de comprendre l’étendue de la collecte d’informations de Google. Si je connaissais déjà beaucoup d’éléments, ce travail apporte une assise technique précieuse. L’auteur et son équipe ont fait des tests, ont précisé les modes opératoires et les résultats, ont résumé les faits en graphes et tableaux. Bref, c’est un excellent travail et une référence solide.

Si je ne devais qu’en conseiller un, ce serait peut-être Bellanger !
Dans le prochain billet, je vous présenterai finalement le TOP 20 des livres sur mes 200 lectures ! Ce sera le dernier billet sur l’analyse d’une bibliothèque dans le domaine de la gestion des informations.

Jérôme Bondu





carto ouvrages veille 3



Voici une sélection des lectures qui m’ont permis d’acquérir une bonne culture numérique. Cette sélection est bien sûr subjective, et je ne prétends pas que ce soient les meilleurs ouvrages « en valeur absolue ». Cette sélection est issue de mes 200 lectures professionnelles sur les 20 dernières années (voir la liste des 200 livres).

Vous pouvez aussi consulter la cartographie des livres en intelligence économique.

Légende de la cartographie :
-    L’axe horizontal : date de publication.
-    L’axe vertical : des apports techniques vers les apports stratégiques.
-    Taille de la bulle : influence.


On peut commencer par le livre de Pascal Caillerez qui est généraliste, bien fait, concis et complet. Il offre un panorama global des SI.

David Fayon a écrit plusieurs livres sur le numérique (dont "Web 2.0 et au-delà", "Géopolitique d’Internet", "Made un Silicon Valley - Du numérique en Amérique") qui sont autant de bons ouvrages pour s'initier au web 2.0.

Dominique Cardon est le sociologue incontournable sur les aspects numériques.

Guillaume Sire (déjà cité dans la cartographie sur l’intelligence économique) est un spécialiste des moteurs de recherche. Son analyse est précieuse. Le livre est à lire car il propose une très bonne grille de compréhension de ce qu'est un moteur de recherche, de son fonctionnement technique, et de sa place dans la société.

Seth Stephens-Davidovitz m’a confirmé dans l’idée que l’utilisation du moteur de recherche Google donnait à Alphabet (la maison mère) une puissance considérable. Cela lui permettait de savoir ce qu’avaient en tête 90% des internautes du monde entier !

Luc de Brabandere casse les idées reçues sur l’informatique et internet. Rafraichissant.

Le livre de Nicholas Carr « Internet rend-il bête ? » est devenu une référence. Il a été un des premiers à populariser les effets induits négatifs d’internet.

L’ouvrage de Benjamin Loveluck n’est pas facile à lire, mais est passionnant. Il présente la genèse d’internet et ses évolutions, jusqu’à tracer trois grands systèmes d’organisation et de contrôle : centralisation (Google, Facebook), dissémination (Perr-to-peer, Wikileaks) ou auto-organisation (Logiciels libres, Wikipedia).

Bruno Patino. Ce petit traité sur le marché de l’attention présente un miroir de notre utilisation d’internet.

Nikos Smyrnaios a fait une analyse des modèles économique des GAFAM qui permet de comprendre le dessous des cartes. Sa démonstration est claire : il y a une prise de conscience collective que la direction prise par l’internet n’est pas la bonne : marchandisation accrue, concentration des ressources, surveillance omniprésente.

Jean-Philippe Rennard figure dans cette cartographie pour son éclairage sur le dark web et les dark net. A lire pour ceux qui s'interrogent sur cette face cachée du net, et qui voient dans la marchandisation du web un danger au moins aussi redoutable que son utilisation à des fins illégales.
Patrick Engbretson a sa place dans cette liste pour son livre « Les bases du hacking ». Même si l’ouvrage présente des éléments techniques bien au-delà de mes compétences, sa lecture a été très enrichissante.

Luc Julia est un expert en intelligence artificielle. Il bat en brèche des idées reçues sur l’intelligence artificielle. Il rassure, aussi, sur un futur qui peut paraitre parfois anxiogène.

Et pour finir, Joel de Rosnay est un visionnaire qui très tôt avait parlé de "pronétaire". Son livre porte sur l’épigénétique de l’internet ! J’ai été très intéressé par le parallèle imaginé par l’auteur entre ADN biologique et ADN numérique.

Si je ne devais qu’en conseiller un, ce serait peut-être Dominique Cardon… mais le choix est rude tant ces auteurs sont tous excellents !!

Dans le prochain billet, je vous présenterai une sélection de livres spécifiquement sur les GAFAM  !

Jérôme Bondu




J’ai eu le plaisir de participer au livre « WEB 2.0 15 ans déjà et après ? »   à l'initiative de David Fayon et Fadhila Brahimi. J’en profite pour faire un petit billet rétrospectif sur mon activité de bloggeur. J’ai créé le blog Inter-Ligere le 13 septembre 2005 ! Pratiquement 15 ans ! Et ce billet est le 1508 ème (100 billets par an, pratiquement un tous les quatre jours). Un âge vénérable qui me permet de faire un retour d’expériences et une petite analyse de mon lectorat.

1/ Retour d’expériences

Début 2005 un ami m’a conseillé d’ouvrir un blog. Ma première publication était le compte rendu d’une conférence du Club IES sur la géopolitique du pétrole. C’était un test. J’ai attendu quelques semaines puis j’ai consulté les stats. Et j’ai eu la surprise de voir que j’avais quand même eu une petite centaine de lectures ! Cela peut paraitre bien faible, mais ce chiffre m’a semblé à l’époque suffisamment probant pour continuer.

Le blog a grandi doucement. Mais j’ai par la suite subi une double hémorragie de lecteurs. D’une part, lorsque je suis passé d’Over-Blog à Inter-ligere.fr Je n’ai pas su récupérer l’adresse inter-ligere.com (qui était la propriété d’Overblog). Et d’autre part, parce que mon webmaster n’a pas réussi à recréer un flux RSS.

Le développement des outils de curation a aussi porté un coup dur à ceux qui, péniblement, publiaient du contenu. Et l’on a vu apparaitre des stars de la curation, qui n’écrivaient rien, mais qui gagnaient énormément en visibilité en relayant. Ça a été l’apogée d’outil comme Scoop.it. Outil que j’ai par la suite aussi adopté, avant de le laisser tomber à cause de leur changement tarifaire.

Aujourd’hui je publie toujours avec obstination, des réflexions, notes de lectures, compte rendu de conférences. L'audience se maintient et certains billets ont une bonne résonnance ;-) Mais la recherche de l'audience n'est pas l'objectif. Publier demande un effort intellectuel certain : s’assurer que le propos a du sens, et que cela apporte un élément de réflexion, même minimes … Et c’est cet effort qui est ma gymnastique hebdomadaire. En fait j’écris autant parce que cela me force à sortir du piège de la facilité intellectuelle, que pour « enrichir » (même de manière minimaliste) la Toile.

2/ Analyse du lectorat

Voici quelques vues de Google Analytics (oui je sais, c’est Google :-)

On voit un pic de consultation le 29 février 2016. Il s’agissait d’un article sur Qwant qui a été particulièrement relayé. Malgré les défauts réels du moteur Qwant (dont son adossement à Bing, la faiblesse de son indexation) j’ai toujours défendu une pluralité de la recherche sur le web, et le danger d’une monopolisation de la recherche par Google. L’actualité donne plutôt raison à ceux qui prédisaient la mort inéluctable de Qwant. Mais je ne change pas de vision. Qu’un seul moteur de recherche concentre 80% de parts de marché dans le monde me semble totalement dystopique. Si Qwant meurt, il aura néanmoins aidé à la prise de conscience…
 

blog1


Des lecteurs dans presque tous les pays.

blog2
 

Hors de la France qui contient 67% des lecteurs, il y a 8% des lectures au Maroc et 6% aux États-Unis (on verra plus bas où exactement).

blog3
 

On trouve mon blog avec les requêtes suivantes … Certaines sont étonnantes ;-)

blog4
 

Les pages les plus vues selon Analytics.
En position numéro 3, on trouve un billet que j’ai fait pour promouvoir une vidéo qui démontre que si l’on peut lancer une requête vocale sur son téléphone, c’est que le micro fonctionne en permanence. C’est une évidence, mais il semble que beaucoup l’ignorent. Cette vidéo a été vue plus de 10 millions de fois (essentiellement sur Facebook, Instagram, Twitter … et un peu Youtube) !

blog5
 

Voici pour finir la liste des villes qui consultent le plus mon site sur les derniers mois. En troisième position apparait Ashburn, en Virginie près de Washington ! Après quelques recherches, il apparait qu’il y a une grosse concentration de data center (La région d’Ashburn, dans le comté de Loudoun, est le centre névralgique du cloud computing. Surnommée « Data Center Alley », elle accueille la plus grande concentration de data centers du monde).


blog6

Mais ce n’est pas tout. En creusant un peu j’ai trouvé deux articles de cryptome.org/ (source similaire à Wikileaks) sur Ashburn daté de 2006 et 2008 :
- Verizon Business Opens Government Network Operations and Security Center  
- Verizon Secret Spying Facilities
C’est peut-être cela le plus intéressant dans la tenue d’un blog. C’est l’agilité informationnelle que cela impose.

Jérôme Bondu

 

 

 

tout est chimie dans notre vieJ’ai lu « Tout est chimie dans notre vie » de Mai Thi Nguyen-Kim  . Lire un livre de vulgarisation scientifique de temps en temps ne fait pas de mal. Celui-là est passionnant et se lit très facilement. D’autant que quelques passages du livre justifient ce petit billet dans ce blog consacré à la gestion des informations et à l’intelligence économique. En effet au travers d’explications sur les molécules, atomes et autres réactions chimiques, on y découvre des réflexions sur l’accès aux informations, leur analyse, la créativité … Et c’est vraiment sympa!

Inhibition aux informations   


L’ouvrage de Mai Thi Nguyen-Kim donne les principales clés de compréhension des phénomènes chimiques. À ce titre j’ai particulièrement été intéressé par le neurotransmetteur GABA (ou acide gamma-aminobutyrique) qui agit sur le cerveau avec la consommation d’alcool. Quand on boit de l’alcool, on sécrète plus de GABA qu’en temps normal. Le neurotransmetteur se fixe sur un récepteur, inhibe la communication, et réduit le nombre des signaux transmis. Elle explique « En temps normal, le GABA est un neurotransmetteur très important par son activité inhibitrice. Il est évident que nous avons besoin de neurones actifs. Mais il faut savoir que dans notre cerveau, « plus » ne signifie pas forcément « mieux ». Le GABA nous aide aussi à trier les informations et à distinguer les différents stimulus ».
Intéressant… Et je me demande s’il n’y aurait pas des parallèles à faire entre le développement d’une activité d’intelligence économique dans une organisation et le fonctionnement d’un cerveau. La mise en place d’une veille serait assimilée au fonctionnement du GABA qui filtre mieux les informations pour permettre de mieux décider. Sauf évidemment en cas d’excès de GABA où l’entreprise deviendrait soule et incapable de décider convenablement :-)

Exploitation des travailleurs du savoir


Elle présente les relations au sein des universités et l’esclavage des postdocs. Elle publie in extenso la lettre d’un professeur de chimie de l’université Catech… Ce dernier tance vertement un de ces postdocs et lui explique qu’il doit travailler soir et weekends s’il veut garder sa place. Extrait « outre le programme quotidien habituel, j’attends de tous les membres du groupe qu’ils travaillent le soir et le weekend. Tu constateras que c’est la norme ici à Caltech. (…) J’ai remarqué que tu ne t’étais pas présenté au labo pendant plusieurs weekends, et plus récemment le soir (…) J’attends de toi que tu corriges immédiatement ton éthique professionnelle ».
Là encore il y a des parallèles à faire. L’exploitation n’est pas uniquement le fait des travailleurs manuels et sous-qualifiés. Elle se porte aussi sur les sur-qualifiés.

Perception de la vérité


Elle rappelle la parabole des aveugles et de l’éléphant, si importante en recherche.

« Les aveugles et l’éléphant » est une fable indienne issue du jaïnisme qui a été rendue célèbre par le poète américain John Godfrey Saxe. Elle met en scène six aveugles qui en touchant des parties différentes d’un éléphant se font des idées différentes et toutes fausses de ce qu’est en réalité l’animal. Cette fable nous conduit à réfléchir sur notre perception de la vérité, forcément partielle et partiale, et nous invite à plus d’ouverture et d’humilité. L’auteure explique : « Pour s’approcher de la réalité, il faut d’abord être en mesure de percevoir l’animal dans son ensemble, en assemblant toutes les observations – même celles qui sont contradictoires au premier abord – pour former une image cohérente ». Je copie-colle en bas de l’article le poème complet de John Godfrey Saxe sur la parabole des aveugles et de l’éléphant.

Créativité


Elle rappelle l’expérience de Kathleen Vohs qui montre qu’une pièce mal rangée permet plus de créativité. « Le chaos nous encourage donc à nous tourner vers l’inconnu, le non conventionnel, la nouveauté. »


Affaire du cheeseburger qui ne pourrissait pas


Elle s’appuie sur des scènes de la vie de tous les jours pour présenter les interactions chimiques. Elle fait référence aussi à des faits qui ont défrayé la chronique comme cette drôle d’affaire du cheeseburger qui ne pourrissait pas.
En bon scientifique elle explique que le cheeseburger « s’est juste desséché tellement vite que les bactéries et les champignons n’ont pas eu assez d’eau pour entamer leur travail de décomposition ». Il n’empêche, elle déconseille quand même la malbouffe.
 

Mai Thi Nguyen-Kim termine l’ouvrage sur une référence à Richard Feymann qui expliquait que les scientifiques voient les choses différemment. 
Le livre se conclut avec une ode à l’esprit scientifique, à la recherche, à la soif de découverte, et l’émerveillement que procure le fait de voir la beauté à l’intérieur des choses.
A lire

Jérôme Bondu


Voici le résumé de la 4ème de couverture :
« Comment le dentifrice agit-il sur nos dents, les effets du café sur notre cerveau, l’incroyable chimie des odeurs corporelles, les molécules du stress, pourquoi dit-on « bruler ses graisses »… La chimie est partout et personne ne vous l’avait dit ! Mai Thi Nguyen-Kim, jeune chimiste passionnée, nous invite, le temps d’une journée, à parcourir le laboratoire de chimie qu’est notre vie, jusqu’à notre propre microbiome, un écosystème encore plus fort que le microbiote. L’occasion de découvertes surprenantes sur ce qui se passe dans la salle de bain, la cuisine, à la salle de sport ou la cafétéria, et sur les outils et produits que nous utilisons tous les jours. Des connaissances parfaitement accessibles, illustrées par 40 dessins. Attention, ce livre exerce une attraction chimiquement pure ! »

 elephant


Je copie-colle ci-dessous le poème de John Godfrey Saxe sur la parabole des aveugles et de l’éléphant :

Six hommes d’Hindoustan, très
enclins à parfaire leurs connaissances,
allèrent voir un éléphant (bien que
tous fussent aveugles) afin que
chacun, en l’observant, puisse
satisfaire sa curiosité.
Le premier s’approcha de l’éléphant et
perdant pied, alla buter contre son flanc
large et robuste. Il s’exclama aussitôt :
« Mon Dieu ! Mais l’éléphant ressemble
beaucoup à un MUR ! »
Le second, palpant une défense, s’écria :
« Ho ! qu’est-ce que cet objet si rond, si
lisse et si pointu? Il ne fait aucun doute
que cet éléphant extraordinaire
ressemble beaucoup à une LANCE ! »
Le troisième s’avança vers l’éléphant et,
saisissant par inadvertance la trompe
qui se tortillait, s’écria sans hésitation :
« Je vois que l’éléphant ressemble
beaucoup à un SERPENT ! »
Le quatrième, de sa main fébrile,
se mit à palper le genou. « De toute
évidence, dit-il, cet animal fabuleux
ressemble à un ARBRE ! »
Le cinquième toucha par hasard à
l’oreille et dit : « Même le plus aveugle
des hommes peut dire à quoi ressemble
le plus l’éléphant; nul ne peut me
prouver le contraire, ce magnifique
éléphant ressemble à un ÉVENTAIL ! »
Le sixième commença tout juste à
tâter l’animal, la queue qui se balançait
lui tomba dans la main. « Je vois,
dit-il, que l’éléphant ressemble
beaucoup à une CORDE ! »
Ainsi, ces hommes d’Hindoustan
discutèrent longuement, chacun faisant
valoir son opinion avec force et
fermeté. Même si chacun avait
partiellement raison, tous étaient
dans l’erreur.
MORALE :
Trop souvent dans les guerres théologiques,
Les parties en conflit, je crois,
Se moquent dans la plus totale ignorance
De ce que veulent dire leurs opposants,
Et palabrent à n’en plus finir sur un Éléphant
Qu’aucune d’entre elles n’a jamais vu !

John Godfrey Saxe, poète américain (1816-1887)





archimag prospective2Archimag publie mon dernier article "Les veilleurs doivent faire de la prospective". Cet article est le résultat 15 interviews de veilleurs, qui m’ont partagé leurs visions et leurs pratiques en matière de prospective. Un grand merci à ces derniers (je les cite par ordre alphabétique) :

- Christophe Audouin, Délégué Veille et Intelligence Economique -SUEZ France
- Anne Beaufumé, Associée fondatrice chez Vision & Talents
- Elodie Boutemy, Chargée d'études BI et de veille stratégique chez Bel
- Laurent Couvé, Responsable Veille Technologique et Stratégique chez CETIM
- Frédéric Donnini, consultant en intelligence économique
- Myriam Dormoy, Responsable Support Innovation & veille prospective chez Clarins
- Hélène Fasquel, Responsable Etudes et Prospective chez Oney
- Débora Firley, Marketing, Digital & Innovation Strategist
- Kenza Gassib, Intitulé du poste Responsable Intelligence Competitive & Veille Stratégique chez Up Coop
- Siham Harroussi, Prospective and Innovation Culture Director chez Malakoff Médéric Humanis
- Elisabeth Lavigueur, consultant en Veille, Science de l'info et processus.
- Claire Maurice Market, Intelligence Manager at Sopexa
- Yasmina Radulovic, Market Intelligence Manager chez La Poste Group
- Thibault Renard, Responsable Data Intelligence - Prospective chez CCI France
- Jean-Luc Theus, Global Security Consultant

Voici quelques courts extraits de l'article … pour vous donner envie de vous plonger dans l’article complet.
Bonne lecture
Jerome Bondu

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Le concept de prospective est assez peu présent dans la veille et l’intelligence économique. Pourtant ces deux concepts sont assez proches. Il m’a semblé intéressant de se pencher sur le sujet, et de se poser plusieurs questions : Qu’est-ce que la prospective ? Est-ce que les veilleurs en font ? Quels sont les outils et méthodes ? Et enfin, est-ce que les veilleurs auraient intérêts à rajouter plus couramment cette corde à leur arc ? J’ai interviewé une vingtaine de veilleurs qui font aussi de la prospective pour recueillir leurs visions.

Qu’est-ce que la prospective par rapport à la veille ?
Toutes les personnes interviewées ont du mal à dénouer ces deux activités tant elles sont entrelacées. Tous expliquent que la veille nourrit la prospective. Myriam Dormoy traduit cette idée en quelques mots « Pour faire de la prospective il faut faire d’abord de la veille. La veille est en amont. La prospective découle de la veille. ». (…)

Quelles sont les méthodes en prospective ?
La prospective sourd littéralement du travail de veille. Et tous ont souligné que la première méthode de prospective … est justement de faire de la veille. Elodie Boutemy explique ainsi « La prospective s’est ajoutée de manière très naturelle à la veille. Chaque semaine nous faisons une newsletter et nous avons intégré naturellement les tendances qui se dégagent. En plus de cela, tous les trimestres nous réalisons un travail prospectif : nous relisons nos newsletters des derniers mois, pour analyser sur le long terme les tendances importantes. Il y a ensuite une présentation au COMEX de cette synthèse. » (…)

Quelles sont les outils en prospective ?
On l’a vu plus haut, tous soulignent l’importance des outils de veille classiques. Elisabeth Lavigueur énumère une multitude d’outils : « Les outils d’analyse de texte ou, d’analyse cartographique, comme Xmind ou Gephi. Des outils d’analyse sémantique. Tropes, et QD Miner ». Mais elle va plus loin « L’analyse de données structurées est ancienne. L’analyse de données non structurée est plus récente et plus difficile. (…)

Quelles sont les livrables en prospective ?
La question des livrables est épineuse. Pour beaucoup de veilleurs, il n’y a pas de livrables spécifiques en prospective. Bien sûr on trouvera des notes, rapports, cartographies, … rien de bien différents avec les livrables de veille. Et comme pour la veille, la mise en forme est importante. Hélène Fasquel estime « que le travail d’analyse représente 80% du temps, et le travail de présentation 20%. La capacité à transmettre les informations et de bien présenter nos résultats est très importante. Il faut savoir sublimer les analyses pour avoir un impact sur nos clients internes. » (…)

Finalement, faut-il plus largement investir ce champ d’activité ?
Oui, mais ayons une vision stratégique. Nous allons certainement utiliser de plus en plus d’algorithmes et de solutions d’intelligence artificielle qui permettront de gagner en efficacité pour la collecte et une forme de pré-analyse des informations numériques. L’augmentation exponentielle de données va nous y contraindre. (…)

Il ne tient donc qu’à nous de proposer à nos clients de la prospective. La marche à gravir n’est pas si haute. Nous avons un fond commun en matière d’outils, de méthodes, de clients, de livrables … a nous de jouer.

Jérôme Bondu

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