saoudJ’ai lu le livre de Pierre Conesa « Dr. Saoud et Mr. Djihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite ». La problématique du livre est posée dans l’introduction « Y a-t-il une corrélation entre la diplomatie religieuse saoudienne et la propagation du salafisme ? ». Inutile de chipoter, la réponse sera affirmative. Le livre en est une longue démonstration.

Petite précaution liminaire vu le sujet :
-    J’ai essayé de faire le résumé le plus fidèle possible du livre. D’où de nombreuses citations (entre guillemet).
-    Ce texte reflète ma compréhension des propos de l’auteur.
-    J’ai néanmoins pu faire des erreurs d’interprétation. Ce résumé est donc in fine de ma responsabilité. Non celle de Pierre Conesa.

Le résumé est assez long et je le poste en trois billets successifs :
Article 1 : Wahabisme et le salafisme
Article 2 : Rouages de l’influence wahhabite
Article 3 : Cécités Occidentales sur le wahhabisme


Wahabisme et salafisme


Avant toute chose, Pierre Conesa définit le wahabisme et le salafisme. Accrochez-vous, il n’y va pas par le dos de la cuillère : « Il faut constater la totale similitude entre salafisme et wahhabisme sur le plan des idées politiques : sectarisme à l’encontre des autres pratiques du sunnisme, violence légale contre le chiisme, racisme à l’encontre des « mécréants », antisémitisme, obscurantisme, négation de la loi humaine par rapport à la loi divine, haine de l’autre quel qu’il soit, misogynie, homophobie, intolérance (liste non exhaustive). Ce sont des totalitarismes à base religieuse » p21. Et plus loin « Le wahhabisme est la forme musulmane du totalitarisme religieux ». Bon ça c’est fait …

La volonté de « purification » wahhabite est totalitaire … Ainsi en 1924 quand Abd al-Aziz Al-Saoud, fondateur de la dynastie, dépose le chérif Hussein, le nouveau souverain détruit les témoignages des premiers temps de l’islam qui ne conviennent pas à sa vision sectaire. Ainsi il détruit le premier mihrab de la mosquée al-Qiblatayn de Médine, utilisé lorsque la prière se faisait tournée vers Jérusalem (oui oui, avant que les marchands de la Mecque imposent que la prière soit tournée vers leur ville pour ne pas perdre les bénéfices de leurs petites affaires) ! Pour éviter une forme de culte des saints, Al-Saoud détruit les tombeaux de la mère et du père de Mahomet, la maison où aurait vécu Mahomet, la maison de sa première femme, la première école islamique où Mahomet enseigna … Et beaucoup d’autres lieux détaillés page 65.

Pierre Conesa évoque bien sûr le pacte du Quincy entre Roosevelt et Al-Saoud. Le premier apportant la sécurité et le second le pétrole. Mais est-ce pour autant que les autres pays Occidentaux vont freiner le déploiement de la diplomatie religieuse saoudienne ? Que nenni ! Avant les attaques terroristes de 2011, cette diplomatie a été « favorablement accueillie par les Occidentaux tant elle paraissait antinasserienne et antisoviétique ». Retour en arrière. Nous sommes durant la guerre froide. Nasser, proche du monde soviétique, était en effet fermement opposé à Ryad. Il avait par exemple déclaré que « Les Arabes devraient commencer par libérer Riyad avant de libérer Jérusalem ». Même animosité entre wahhabisme et chiisme. Selon les responsables iraniens « le wahhabisme se serait qu’une secte, intolérante et minoritaire, isolée et déconsidérée au sein du monde musulman » p87

La suite demain …

Le Club IES aura le plaisir de recevoir Pierre Conesa en conférence le 12 décembre. Inscriptions ici

Jérôme Bondu