pitronJe recommande le passionnant livre de Guillaume Pitron « La guerre des métaux rares ».
On sait qu’il y a trois atouts essentiels dans la révolution numérique : la maîtrise de l’ordinateur quantique, la maîtrise de l’intelligence artificielle et la maîtrise de l’approvisionnement en métaux rares. Le livre porte entièrement sur ce troisième point.

On y découvre que la France a été un champion dans le domaine avec Rhône-Poulenc. Que la Chine a totalement accaparé ce marché (et les savoir-faire associés) avec des pratiques menées avec persévérance, mais pas toujours loyales. Qu’elle est aujourd’hui parvenue à une position monopolistique. Mais qu’en réalité beaucoup de pays possèdent un sous-sol riche, à commencer par la France « géant minier qui s’ignore ». On y découvre que l’extraction de métaux rares est extrêmement polluante. Que la révolution verte, qui veut par exemple que nous roulions avec des véhicules électriques, n’est verte que dans notre pré. Car elle consiste souvent à délocaliser la fabrication des éléments polluants dans les champs des voisins. L’auteur nous apprend à ce titre que la fabrication d’un véhicule électrique a un coût en termes de pollution bien supérieur à la fabrication d’un véhicule « conventionnel ». Rien que la batterie électrique d’une Tesla a un impact écologique négatif pratiquement égal à la construction d’un véhicule conventionnel en entier ! C’est simplement à l’usage, que la balance va pencher vers le véhicule électrique. Comme le véhicule conventionnel rejette du CO2, il va finir par avoir un bilan carbone moins intéressant que le véhicule électrique. Mais cette balance intervient après nombre de kilomètres…

Les derniers chapitres sont ceux qui (à mon avis) apportent le plus à la question. L’auteur y plaide pour un renouveau minier en France. Et son argumentation n’est pas basée sur une rechercher de souveraineté stratégique, ni sur une promotion de l’emploi ou sur un gain de croissance (même si de vous à moi, ces éléments sont déjà fort intéressants en tant que tels). Contre toute attente son argument est avant tout écologique ! Il explique qu’en rapatriant l’extraction et la transformation des métaux rares sur notre sol, et en respectant des normes environnementales strictes, nous allons imposer des standards que la Chine devra peu ou prou respecter. Ainsi le renouveau minier en France servira autant notre économie, ici, que la protection de l’environnement là-bas. Autre effet induit positif, cela rappellera à la réalité les bobos-écolos(1) qui imaginent que commander un panier repas vegan avec leur iPhone est écolo. Un ordiphone, et toute l’infrastructure internet associée, sont très gourmands en métaux rares et donc très polluants. L’auteur s’adresse donc frontalement aux ennemis du renouveau minier en retournant contre eux leur principale opposition. En stratégie, on appelle cela un « retournement du sens ».
Guillaume Pitron finit par rappeler le potentiel ultramarin de la France qui possède, grâce aux îles du Pacifique, le second domaine maritime au monde, derrière les Etats-Unis.

Cerise sur le gâteau, le livre se lit très bien. Le style est fluide et Guillaume Pitron ajoute çà et là quelques pointes de causticité qui égaient son ouvrage.

A lire donc…

Jérôme Bondu

(1) rien d'insultant dans cette appellation qui pourrait tout à fait m'être apposée ;-)