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Vincent Desportes durant le cocktail suite à sa conférence    

 

En plus de la vidéo, voici quelques notes personnelles sur la conférnece du général Vincent Desportes, intervenu au Club IES le 31 mars 2016. 

Ce compte rendu est parcellaire et ne reflète que ma compréhension de ses propos.


Introduction
Il y a une extravagante contradiction entre :
- Des menaces en hausse
- Des moyens militaires en baisse

Les menaces sont en hausse :
- Il y a moins de guerre, mais le monde est plus belliqueux.
- Le monde manque de régulation. L’Amérique ne joue plus son rôle régulateur (le G20 ne prend pas le relais).
- Entre deux périodes de domination par une superpuissance, on rentre toujours dans une période de trouble. Ce qui est le cas actuellement.
- Il y a un ré-enrôlement de Dieu dans la guerre. Ce qui provoque toujours de la « barbarie ».

Les moyens militaires sont en baisse depuis 25 ans :
- L’équipement de l’armée française est en dessous des normes de l’OTAN (un avion, un bateau, un char… sur deux ne peuvent pas être utilisés).
- Il y a une baisse de la formation des cadres (la formation est toujours une variable d’ajustement court terme, mais qui a des conséquences long terme).
- Le taux d’encadrement est deux fois inférieur aux armées anglaises ou américaines.
- Les budgets OPEX sont sous dimensionnés.
- Quand on dimensionne une opération, cela est fait non plus en fonction des besoins, mais en fonction du budget disponible.
- Il y a une discontinuité capacitaire : Par exemple il n’y a pas de capacité à détruire les forces anti-aérienne (en Lybie les Américains ont dû passer avant les Rafales pour les détruire) ; Par exemple sur l’utilisation des drones ; par exemple sur le ravitaillement - 80% du ravitaillement des avions est américain ; par exemple sur le renseignement qui est essentiellement d’origine américaine, …
Au final : Les missions demandées à l’armées sont difficilement remplies. Les soldats sont en danger.

Les Français ont deux illusions :
- La première est qu’en cas de conflit grave, les USA viendront les sauver. Les Etats-Unis sont venus deux fois dans un passé récent parce que nous partagions des valeurs communes et aussi par intérêt (car il fallait remettre de l’ordre dans « leur marché »). Or ces deux motivations ne seront bientôt plus : D’une part l’Europe ne sera bientôt plus leur marché principal. Et d’autre part en 2040 la majorité des américains seront d’origine africaine, Sud-américaine et Asiatique. Donc il n’y aura plus de tropisme vers l’Europe en tant que « mère patrie ».
- La seconde est qu’il y a une « force européenne ». Or accoupler des faiblesses ne produit par de force. Il n’y a pas de cohésion / intégration au niveau militaire en Europe.

La France a des valeurs et des intérêts à défendre :
- Une nation est posée sur des piliers : citons les médecins, les avocats, … et l’armée. C’est un pilier important qu’il ne faut pas perdre.
- Vis-à-vis du monde maritime : La France a la seconde zone économique maritime. C’est une richesse que la France doit protéger.
- Vis-à-vis de l’Afrique : S’il n’y a pas de développement économique en Afrique, nous pourrions faire face à un afflux important de migrants. De par sa présence historique en Afrique, la France a un rôle à jouer.

Parmi les solutions préposées par l’intervenant :
- Il faut qu’un budget militaire soit égal à 2% du PIB pour que l’armée ait des capacités convenables : Si l’on intègre les budgets des anciens combattant et de la gendarmerie nous sommes à 2,2%. Mais si l’on prend le périmètre « sec » de l’armée nous sommes à 1,5%. En outre, la France ne peut pas être comparée à des pays isolationniste (comme la Finlande ou la Suisse) dont l’empreinte internationale est moindre.
- Il faut arrêter la « réformite ». L’armée a réalisé toutes les réformes demandées par les politiques, et cela n’a pas été dans le bon sens : La LOLF a fait du mal en faisant disparaitre les chefs d’Etat-major. La RGPP a fait aussi beaucoup de mal avec la « civilianisation » à outrance, et la « matricialisation » des armées.
- Il faut arrêter de suivre le « technologisme » américain : on suit depuis longtemps le modèle américain. On l’a fait avec une bonne raison durant la guerre froide car il fallait une bonne intégration avec l’armée US. Mais maintenant la création d’engins toujours plus chers n’a plus de sens.
- Il faut que les militaires puissent s’exprimer : La société post-moderne ne veut plus voir le « soldat » qui rappelle le tragique du monde. On l’empêche donc de parler. Or l’expression des militaires est importante car elle permet l’innovation. En outre, on va vers une syndicalisation des armées, ce qui empêche l’action. C’est l’Europe qui l’impose à la France. Il faut que l’Etat écoute les militaires, qui sinon vont se syndicaliser.

Conclusion : face à cette montée en puissance des dangers, il faut redonner à l’armée une profondeur stratégique. La baisse des moyens face à la montée des menaces va avoir tôt ou tard un effet « ciseau » qui risque d’être dramatique.

Jérôme Bondu