google du loupJe recommande « Dans la Google du loup », de Christine Kerdellant. Voici ci-dessous la seconde partie de mes notes de lecture (lire la 1er partie).

Chapitre 3 : L’avènement de l’eugénisme

- Avec la société 23andMe, Google construit la plus grande base de données d’ADN au monde. En 2017, date de l’écriture du livre, Google avait déjà les empreintes génétiques de plus d’un million de personnes. Et là encore on peut compter sur les assureurs pour inciter le public à entrer dans la danse. Au Canada ou en Angleterre les informations génétiques peuvent être prises en compte dans les calculs des très grosses primes d’assurance (p146). On peut imaginer que dans un avenir proche pouvoir se faire soigner dans certaines cliniques ne soit possible que si l’on a fait décoder son ADN. Georg Church pense que modifier son ADN sera bientôt aussi banal que faire de la chirurgie esthétique.
- Le monde où des « SURhommes » destinés à gouverner des « SOUShommes » car non améliorées est … en route. Cela rejoint tout à fait le discours de Laurent Alexandre.

Chapitre 4 : L’éradication d’un style de vie

- Transférer la domination du smartphone à la voiture, faire de la viande sans viande, ringardiser les relations hommes-femmes, … voila l’avenir triste promis par les magnats des nouvelles technologies américaines et notamment Google.

Chapitre 5 : Une entreprise totalitaire

- L’auteure commence ce chapitre par reproduire in extenso la lettre du patron de Springer, Mathias Dopfner, à Eric Schmidt dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et cela vaut le coup de la lire. On lit sous la plume du patron allemand « il n’y a pas d’alternative à Google … Nous avons peur de Google … abus de position dominante … un modèle d’entreprise que l’on appelle du racket » ! Chapeau. Si nos dirigeants européens avaient eu son courage nous n’en serions pas là aujourd’hui.
- L’auteure rappelle ensuite les secteurs et entreprises qui ont subi une « stratégie générale d’élimination » pour reprendre les mots du tribunal de commerce de Paris. Le journaliste américain Chris Thompson rappelle que « Google est devenu un danger mortel pour les médias, l’industrie du spectacle, les télécommunications, la publicité classique… ou l’extraction du charbon ».
- Tout ceci n’est pas due au hasard. Eric Schmidt n’a-t-il pas expliqué au Times en 2006 « Nous nous efforçons, avec beaucoup de minutie, de donner le sentiment d’être une entreprise fourre-tout. En fait, tout cela est très rigoureusement piloté… ».
- L’auteure rappelle aussi la duplicité d’Obama qui a défendu Google contre la commission Européenne. L’ex-président américain a ainsi faussement expliqué à l’endroit de l’Europe « leurs entreprises, parfois, ne peuvent pas lutter contre les nôtres et essaient seulement d’empêcher nos entreprises d’opérer en Europe ».
- L’auteur finit sur l’évasion fiscale de grande ampleur opérée par Google avec la technique du sandwich hollandais. Et évoque les idées des patrons des techs américains d’expatriation en haute mer, dans des zones non soumises à des juridictions, ce qui leur permettrait de s’affranchir de tous contrôles politiques ou démocratiques.

Chapitre 6 : Le coup d’Etat des robots

- De ce chapitre je retiens surtout que Google peut influencer une élection présidentielle. Cela a été prouvé par une étude de Robert Epstein et Ronald E. Robertson parue dans l’Académie des Science des Etats-Unis (The search engine manipulation effects -SEME- and its possible impact on the outcomes of elections 2015).

Conclusion !

- Dans une conclusion, qui est en soit plus un dernier chapitre qu’une ouverture finale, l’auteure rappelle que derrière des algorithmes il y a des personnes et une vision. Celle messianique des fondateurs de Google est fort éloignée de notre idéal de vie. On peut se demander d’ailleurs si l’incitation à toujours plus d’exhibitionnisme numérique ne fait pas leur jeu et facilite la récupération des données. Sommes-nous les idiots utiles de leur volonté de construire une intelligence artificielle qui ne servira qu’eux ?
- Drôle de destin pour un moteur de recherche, qui est devenu moteur de recommandation de nos vies. Plus que nous informer, Google nous prescrit de plus en plus ce que nous devons faire et comment le faire.
- Effet aggravant : Sa collaboration avec la NSA est avérée. Pour ceux à qui il faudrait une preuve de plus : en 2015 Google a donné à la centrale de renseignement les comptes de trois membres de Wikileaks. En outre le gouvernement américain lui demande de surveiller 1000 à 2000 comptes par an. Google est donc clairement un auxiliaire de la sécurité américaine. L’image d’entreprise sympathique est donc encore une fois une construction. D’ailleurs sa crainte ultime est que le grand public la voit pour ce qu’elle est : le Big Brother des temps modernes.
- Parmi les solutions esquissées : L’utilisation massive par le grand public des outils concurrents. La scission de Google organisée par les autorités américaines. La transformation de Google en un bien commun. La règlementation, notamment portée par l’Europe. (voir mon article dans Usbek et Rica "Peut-on créer un nouveau moteur de recherche aujourd’hui ?")
- Mais il est probable qu’il ne se passe rien de tout cela. L’auteure déplore que nous soyons touchés d’une anesthésie cognitive. Et les services rendus au jour le jour sont immédiats alors que les dangers de monopolisation du pouvoir sont lointains. Je développe pour ma part l’idée que nous vivions à crédit numérique. Nous empruntons gratuitement des services numériques. Le coût du crédit nous semble ridiculement bas, et nous laissons le soin de rembourser aux prochaines générations. En somme, ce que nous avons fait à la nature, nous le faisons maintenant à nos données. Avec notre incapacité à comprendre les exponentielles, nous rentrons sans nous apercevoir dans la Google du loup !

Jérôme Bondu

Dans le même esprit, on pourra consulter les liens suivants :
- Les GAFAM contre Internet, de Nikos Smyrnaios.
- Souveraineté numérique, de Pierre Bellanger.
- Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien, de Pascal Perri