google du loup

Je recommande « Dans la Google du loup », de Christine Kerdellant. Bien qu’écrit en 2017, avec des références qui datent pour certaines de 2015 le livre est très intéressant et riche d’analyses pertinentes. Je vous partage mes notes de lecture en deux articles. Voici ci-dessous le premier. Et le second en suivant ce lien.

Ecrit d’une manière originale, chaque chapitre est divisé en deux parties :
- L’auteure commence d’abord par une continuation de l’ouvrage 1984. Elle imagine une suite à l’histoire des deux héros de l’uchronie de Georges Orwell, Winston et Julia, et les place dans un futur proche où Google est devenu une puissance dominatrice et impériale. Elle fait vivre aux deux héros des événements de tous les jours, en rapport avec les enfants, les déplacements quotidiens, le travail, la banque et l’assurance. On se projette facilement, et c’est le but. C’est une vision prospective de ce que pourrait être notre vie dans 10 à 20 ans. Et cela n’est pas drôle. Google, comme Big Brother dans 1984, est omniprésent et omniscient.
- Puis dans une seconde partie, l’auteure revient sur les points développés précédemment, ces événements de la vie de tous les jours réglés par Google, et explique que loin d’être de la science-fonction, nous sommes en réalité assez proche de ce qui a été décrit. C’est très bien vu. Cela incarne un avenir qui sinon pourrait sembler flou.

Suivant de modèle en deux parties, elle aborde six thématiques :
- La fin de la vie privée.
- Les dangers du transhumanisme.
- L’avènement de l’eugénisme.
- L’éradication d’un style de vie.
- Une entreprise totalitaire.
- Le coup d’Etat des robots.

Chapitre 1 : La fin de la vie privée

Le constat est simple :
- Google collecte tout : L’auteure rappelle un incident qui montre bien la capacité de collecte de Google. En 2010 Street View avait « involontairement rendu publiques des données récupérées sur les habitants des rues photographiées ». (p59) (pour plus d’informations)
- Google conserve tout : Elle rappelle par exemple que la suppression de votre historique de navigation ne l’annihile pas vraiment. Il n’est plus associé à votre compte mais Google peut toujours l’utiliser.
- Google est partout : L’emprise de Google sur l’internet mondial est illustrée par un chiffre. L’auteure se base notamment sur un buzz de 2013 : Une panne de quelques minutes a fait chuter le trafic internet mondial de 40% (attention voire la note de bas de page). A propos des cookies, ces petits mouchards, elle recommande l’installation du module « disconnect ». « Il vous permet de visualiser à chaque visite le nombre de sites avertis de votre présence ».
- Enfin, pour Google la vie privée est un concept dépassé. Elle rappelle que les Américains ne hiérarchisent pas comme nous les libertés fondamentales. Et que pour eux la liberté d’expression passe avant la vie privée.

Chapitre 2 : Les dangers du transhumanisme

Derrière l’image sympa que se donne Google, se cache des dirigeants avec une vision du monde et une stratégie long terme effrayante. Déjà en 2004 Larry Page et Sergei Brin expliquaient à Steven Levy du magazine Wired que Google serait dans le cerveau des internautes. Je recopie trois échanges de cette discussion :
- Larry Page : « Google sera inclus dans le cerveau des gens. Quand vous penserez à quelque chose que vous ne savez pas, vous recevrez automatiquement l’information. »
- Segei Brin : « C’est vrai. Je vois Google comme une manière d’enrichir votre cerveau avec tous les savoirs du monde. »
- Larry Page : « Vous aurez un implant cérébral, et quand vous penserez à quelque chose, vous aurez la réponse ».
- Dans la même veine Eric Schmidt dira plus tard « Google doit devenir le troisième hémisphère de notre cerveau » !
Et tant pis, rajoute l’auteure, si cette volonté de faire de nous des SURhommes commence en réalité par nous réduire à l’état de SOUShommes. Car force est de constater la baisse des capacité cognitives des internautes (j’en ai beaucoup parlé dans ce blog). L’auteure cite à ce propos l’étude de trois chercheurs de l’Université de Columbia publié en aout 2011 dans le journal Science et intitulé « Google effects on memory ». Cette étude prouve que l’on transfert à Google notre effort de mémoire, et que donc … nous perdons la nôtre.

L’auteur développe ensuite une importante partie sur les objectifs de Google dans la santé avec d’une part, la création de Calico dont l’objectif affiché est d’augmenter l’espérance de vie de 25 ans d’ici à 2035. Et d’autre part, la création de Verily Life Sciences dont l’objectif est de comprendre le corps humain. Verily mène trois programmes majeurs :
- Baseline Study pour travailler sur les génomes et faire de la médecine prédictive.
- Les lentilles de contacts intelligentes, avec une première application dans la mesure de la glycémie pour les diabétiques.
- Les nanotechnologies, avec là encore des premières applications dans la lutte contre les cancers et infarctus.
- Le corolaire de tout cela est l’appropriation de nos données médicales. Et que Google fasse dans la santé ce qu’il a fait dans les médias : C’est-à-dire capter une partie de la valeur ajoutée, par la connaissance la plus fine possible des clients. Google a des relais… en la personne des assureurs. Déjà ces derniers proposent des assurances moins chères pour les détenteurs d’objets connectés qui mesurent le nombre de pas quotidiens… Avec ces incitations financières proposées, le ver est dans le fruit, car les moins aisées accepteront volontiers cette démarche.

Un monde à deux vitesses se dessine entre ceux qui accepteront la perte de vie privée pour une vie « améliorée », et les autres.
- La quête de l’immortalité transhumaniste peut prendre ce premier chemin qui est celui de l’amélioration du corps.
- Il y en a un second : celui qui consiste à transférer à une machine notre savoir ! Et c’est ce que nous sommes en train de faire sans nous en rendre compte en acceptant la compilation de l’ensemble de nos activités en ligne.

La suite bientôt …

Jérôme Bondu

Notes :
- Présentation vidéo.
- L’auteure explique qu’en 2013 une panne de quelques minutes a fait chuter le trafic internet mondial de 40%. Attention ce chiffre est grossier comme l’explique ZDNet