démocratieJ’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de Gérald Bronner "La démocratie des crédules". Beaucoup de ses conseils rentrent directement dans le champ de l’intelligence économique. 

Voici en trois articles ce que j’en ai retenu.

1- Les biais d’Internet
2- Les biais démocratiques et médiatiques
3- Les biais cognitifs

Je précise que ces articles ne reflètent que ma compréhension de l’ouvrage et n’engagent que moi. 

Si le sujet vous intéresse, Gérald Bronner intervient au Club IES le 16 mai à 19h30 sur le thème La société de l’information a-t-elle noyé notre esprit critique ? Voir l'annonce et vous inscrire.

 

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Seconde partie : les biais de la démocratie


L’idée selon laquelle, plus on augmente le nombre de votants sur une question plus les décisions seront justes (phénomène appelé « sagesse des foules ») se révèle fausse dans bien des cas. Les processus de décision en groupe sont soumis à des multiples biais.

- « Biais d’ancrage » : il suffit dans le cadre d’un débat d’établir une fixation sur une donnée, pour que cela influence l’orientation du débat et donc la décision qui va suivre.

- On parle « d’effet de polarisation » quand un groupe prend des décisions qui sont plus radicales que la moyenne des positions individuelles.

- « L’effet de cascade » fait que l’on va suivre l’avis des autres, surtout s’ils sont de bons communiquants. Ce suivisme va nous éviter le « cout social » que subissent les contestataires.

- Il y a une « méfiance envers l’expertise », et notamment l’expertise scientifique.

- En parallèle il y a une surpondération et survalorisation des ressentis au détriment de l’analyse.

 

La démocratie fonctionne suivant le principe que les votants/citoyens sont informés. Mais cela dépend de la qualité du travail des médias. Or ces derniers sont aussi soumis à des forces « perverses » :

- Ainsi, dans la situation concurrentielle dans laquelle se trouve la plupart des médias, les journalistes subissent « le dilemme du prisonnier » : c’est le premier qui va sortir le scoop qui gagnera en visibilité. Dans ce contexte, le temps laissé à l’analyse est de plus en plus réduit. Et cela incite les journalistes à se fier à des intuitions trompeuses. 

- Ce manque d’analyse est générateur de nombreuses erreurs comme celle qui consiste à négliger la « taille de l’échantillon ». Si sur une population donnée il y a une forte augmentation du nombre de cancer… c’est inquiétant. Si cette population est de 10 personnes… cette inquiétude n’a plus de sens. 

- Dans le même ordre d’idée le « choix d’un segment temporel » peut aussi complètement modifier la perception d’un problème. Pour reprendre l’exemple précédent, on peut avoir des données en baisse sur une décennie, puis en hausse sur les six derniers mois. Mais selon le segment temporel que vous prendrez, vous n’aurez pas la même perception.

- Les journalistes vont compenser les lacunes de leur réflexion en scénarisant la présentation de leurs informations. C’est le « story telling » qui va augmenter la crédibilité des informations.

- Tout cela va finalement renforcer « l’effet Othelo » (ne plus croire celui en qui on pourrait avoir confiance) et renforce notre défiance envers le monde médiatique.

 

Il faut donc limiter certains lests qui pèsent sur la rationalité des foules. D’autant que l’esprit humain (pris isolément) a aussi ses biais. Les erreurs de jugement contaminent nos décisions.

 

Lire la suite : 3- Les biais cognitifs

 

Jerome Bondu

 

Sur le même sujet on pourra lire dans ce blog les deux comptes rendus d'ouvrage :

- "La trahison des médias, le dessous des cartes" de Pierre Servent 

- "La république du copinage" de Vincent Nouzille