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pratiquedesreseauxJ’ai lu « Pratique des réseaux – dix pistes pour progresser » de Marc Halévy. Ce petit livre de moins de 100 pages fait suite à « Réseaux – l’autre manière de vivre ». (voir mes deux notes de lecture précédentes 1  et 2 ).

Je reprends ci-dessous quelques passages particulièrement intéressants (citation entre guillemets) :

Sur les avantages et inconvénients du management pyramidal et en réseau.

Sa démonstration est un peu technique si vous êtes fâché avec les math. Mais en réalité elle est simple et limpide.
« Le modèle organisationnel traditionnel, la pyramide hiérarchique, est le modèle le plus pauvre en connexion entre acteurs. Mathématiquement, l’arborescence linéaire – c’est le nom savant de la pyramide – répond à l’exigence d’assurer la cohérence d’un système avec le nombre minimum de liens (L) entre les nœuds (N), alors L = N-1.
Si, en revanche, tous les nœuds (N) sont reliés dans les deux sens à tous les autres (c’est la définition du réseau maximal), le nombre total de liens (L) passe à L = N(N-1).
Le nombre de liens varie linéairement comme le nombre de nœuds, dans le premier cas, et exponentiellement comme son carré, dans le second. Tout le secret est là. Plus une organisation est pauvre en lien, plus elle est facile à contrôler et à diriger, mais plus elle est rigide et bureaucratique. Au contraire, plus elle devient riche en lien, plus elle devient réactive, créative, souple et agile … mais bien plus difficile à piloter »
Simple et génial n’est-ce pas ?

Sur les canaux informels

« Empiriquement, on a observé que 60% des messages au sein d’une organisation passent par des canaux informels. »
Encore un point qui me semble avoir été oublié dans l’organisation d’une veille ou d’une dynamique d’intelligence économique !

Sur la richesse informationnelle d’un réseau

La richesse globale d’un réseau (K) est le produit de six paramètres : le nombre d’entités (N), le nombre de canaux (L), l’intensité du flux (I), la fréquence du flux (F), la structuration utile des échanges (S), le contenu des échanges (C).
Soit la formule K = N x L x I x F x S x C

Sur la bureaucratie

« Dans son livre fameux, Le phénomène bureaucratique, dès 1971, Michel Crozier avait magistralement démontré qu’une bureaucratie développe, comme le cancer, une stratégie de croissance interne et de fermeture externe ».
Marc ne mâche pas ses mots.

Sur l’importance du passage à la stratégie réseau

« Ce qu’il faut retenir de toutes ces théories, c’est ceci : plus le milieu est instable, complexe et turbulent, plus la survie des organisations passe par une fractalité grande (…) et plus le passage à un fonctionnement très réticulé est vital, indispensable, incontournable. Notre monde réel d’aujourd’hui atteint des paroxysmes d’instabilité, de complexité et de turbulence. Donc … »
Je m’étais fait il y a pas mal de temps cette réflexion, mais avec une métaphore un peu différente.

Sur la dépendance aux États-Unis

« Le tout numérique n’est ni faisable, ni souhaitable (aujourd’hui, la plus grande part des moyens numériques est sous tutelle américaine et les États-Unis ne veulent pas que du bien aux entreprises européennes, comme on s’en rendra de plus en plus compte : l’Europe est l’ennemi économique n°1 des États-Unis … et réciproquement). »
C’est la dernière belle surprise du livre de Marc Halevy. Dans l’effervescence de sa pensée féconde, il a même intégré les notions de souveraineté numérique ! J’avoue que je suis totalement séduit.

Pour finir quelques pistes opérationnelles pour continuer :
- Présentation d’une de mes formations sur les réseaux humains 
- Présentation de la reconstitution d’un réseau de managers d’une entreprise
- Sur la souveraineté numérique, on pourra voir la vidéo de la conférence avec Alain Juillet, Ali Laidi et votre serviteur
  

Jérôme Bondu