halevy siteJ’ai lu « Réseaux. L'autre manière de vivre » de Marc Halévy. J'ai publié hier un permier article sur le début du livre. Voici aujourd'hui un second article qui reprend le chapitre « Quel avenir pour les réseaux ? ».

Quatre ruptures

« Quatre ruptures majeures et irréversibles se sont produites durant le XXème siècle qui marquent la fin de cette Modernité héritée de la Renaissance, et son culte du « Progrès » sans limite et de la « Croissance » sans fin. »
- Rupture écologique avec l’augmentation exponentielle de la population et donc de la demande.
- Rupture noétique avec la conquête de tous les territoires qui pouvaient l’être, avec la mondialisation d’une culture faite de marchandisation et de médiocratisation des activités humaines.
- Rupture technologique de la numérisation du monde, qui a totalement dépassé notre cerveau de Cro-Magnon.
- Rupture éthique avec l’effondrement des valeurs tant chrétiennes que modernes.
Face à ces quatre ruptures, il y a quatre solutions :
- Face à la rupture écologique : frugalité et simplicité, et donc un autre rapport à la nature.
- Face à la rupture noétique : immatérialité et intelligence. Les connaissances n’ayant pas de limite, ce seront les nouveaux territoires à conquérir. Par contre cela passera par une refondation du système éducatif qui empile des collections de savoirs, mais qui ne prodigue pas de connaissances.
- Face à la rupture technologique : fonctionnement en réseau. Remplacer le travail et les notions de contraintes, par des « activités » réalisées avec un maximum d’autonomie.
- Face à la rupture éthique : intériorité et spiritualité.
Il nous faut prendre en compte ces ruptures, et avoir le courage de changer de vie. Les cinq phases de la prise de conscience passent par le déni, la colère, la négociation, l’effondrement et la sublimation (passer outre et reconstruire).

Abandon des pyramides hiérarchiques

L’auteur désigne un ennemi : Le renouveau passera notamment par l’abandon des pyramides hiérarchiques qui sclérosent toutes initiatives. Dans l’article précédent, j’avais placé une interrogation de l’auteur sur la démocratie (lien). Le voici qui s’attaque à l’État.
- « L’échelon national n’a plus ni sens ni pouvoirs réels. Les grandes décisions sont prises à l’échelon continental et les problèmes réels trouvent leurs résolutions réelles à l’échelon local. Les niveaux intermédiaires sont devenus, déjà aujourd’hui, inutiles, encombrants, onéreux et superfétatoires. Ils doivent donc disparaitre ; ils disparaitront donc. Les institutions nationales n’ont plus qu’un seul pouvoir : celui de nuire. Nuire en freinant l’intégration continentale. Nuire en étouffant les résolutions locales ».

Economie immatérielle de la connaissance et de l’intelligence

« En conséquence, il faut préparer nos jeunes à cette économie immatérielle de la connaissance et de l’intelligence et les armer afin qu’ils ne soient pas, comme souvent aujourd’hui, relégués au rang d’handicapés culturels ». Marc Halévy propose ensuite six axes de développement mental :
- Réaliser sa vocation.
- Maîtriser ses énergies internes.
- Développer des territoires cognitifs.
- Construire une éthique comportementale.
- Elaborer des architectures mentales.
- Pratiquer une hygiène intellectuelle et mentale.
Actuellement, les structures éducatives font tout l’inverse : diplômisme, psychologismes, égalitarisme et centralisme. Les Universités qui étaient des temples dédiés aux savoirs devront devenir des réseaux de communautés dédiés aux intelligences. Voici un exemple édifiant que donne Marc Halévy entre savoir et intelligence : « savoir par cœur les équations et caractéristiques de la matière sombre ou de l’énergie noire est bien moins fécond que de savoir que ces deux hypothèses totalement artificielles n’ont pour seule justification que le sauvetage du modèle standard cosmologique et le refus, donc, de le remettre en cause dans ses fondements ».

Procès vivant de l’idéal de Progrès

Et il attaque à nouveau : « Tout le XXème siècle et toutes ses dérives (…) furent un procès vivant de l’idéal de Progrès. Après avoir cru avec les Grecs, que le bonheur viendrait de la Sagesse, avec les Romains qu’il viendrait de l’Ordre, et avec le Moyen-âge qu’il viendrait de Dieu et du Salut, l’homme occidental découvre avec stupéfaction que la promesse de la Modernité ne pourra pas non plus être tenue. Il découvre ébahi que la joie de vivre ne vient jamais de l’extérieur, mais qu’elle se désire, se veut et se construit de l’intérieur ».

L’ouvrage est centré sur les réseaux. Mais paradoxalement, c’est quand il s’écartait des réseaux que cela m’a le plus interpelé. Bravo Marc. Profond et irrévérencieux. Brutal et mais toujours structuré. J’ai aadooorééé.


Le livre est soutenu par de nombreuses structures où Marc Halévy intervient comme conférencier : les réseaux APM (Association Progrès du Management), GERME (groupe d'entraînement et de réflexion au management des entreprises), Réseau Entreprendre, Stratégie & Avenir, CJD (Centre des jeunes dirigeants d'entreprises). On pourra aussi regarder l’interview de l’auteur dans le cadre d’un extra-club de l’APM.


Jérôme Bondu