La civilisation du poion rougeJe recommande très chaudement La civilisation du poisson rouge - Petit traité sur le marché de l’attention, de Bruno Patino.

Livre très intéressant, très bien écrit et documenté. Il est rapide à lire avec moins de 170 pages. Je vous partage mes notes que je pense être assez fidèles à l’ouvrage. Comme c’est assez long je les publie en deux billets.
- Voici le résumé des 5 premiers chapitres.
- Billet suivant, les chapitres 6 à 11.
C’est parti …

Chapitre 1 : Neuf secondes
Bruno Patino ouvre son livre sur de tristes constats.
- Un poisson rouge aurait une mémoire de 8 secondes. Un internaute actuel aurait une mémoire de 9 secondes… « Nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés » (p15).
- Les jeunes Américains passent 5h par jour devant un écran pour se divertir.
- La peur de rater un message la nuit trouble le sommeil de ceux que l’on appelle désormais des « dormeurs sentinelles ».
Les coupables sont vite désignés : « cet effondrement de l’information est la conséquence première du régime économique choisi par les géants de l’information ».

Le chapitre 2 s’intitule justement Addiction !
Il pointe trois caractéristiques de notre comportement numérique :
- La tolérance (pas dans le sens positif évidemment !) est le fait que nous nous accoutumions à nos doses d’écrans, et que nous en voulions toujours plus.
- La compulsion est le fait que nous ne pouvions résister à notre piqure numérique.
- L’assuétude est le fait que cette servitude prenne de plus en plus de place dans nos vies.

Le NearFuture Laboratory a détecté quatre fragilités mentales associées à ces dépendances :
- Le syndrome d’anxiété.
- La schizophrénie de profil, pour ceux qui jonglent avec plusieurs profils.
- L’athazagoraphobie, pour ceux qui ont peur d’être oubliés par leurs pairs sur les réseaux.
- L’assombrissement, pour ceux qui suivent désespérément des personnes sur les réseaux. (p27)

Tout est bon pour capter notre attention et les plateformes n’hésitent pas à faire appel à la psychologie comportementale pour nous aliéner.
- Bruno Patino cite les travaux de Burrhus Skinner qui a mis « en lumière le biais comportemental que produisent les systèmes de récompenses aléatoires. Loin de faire naitre la distance ou le découragement, l’incertitude produit une compulsion qui se transforme en addiction (…) certaines plateformes numériques mettent en œuvre des mécanismes similaires, en captant l‘attention des utilisateurs par un système de récompense aléatoire, dont l’effet sur ceux qui y cèdent est comparable à celui des machines à sous » (p33)
- Il évoque la théorie de la complétude, ou effet Zeigarnik, qui fait que tant que l’on n’a pas le sentiment d’avoir fini quelque chose on ressent une incomplétude. C’est sur cet aspect que joue par exemple Netflix en faisant avaler à ses spectateurs des épisodes en série.
- Enfin la théorie de l’expérience optimale, fait que l’on se voit proposer des jeux qui correspondent parfaitement à notre niveau. Candy Crush en est un bon exemple.

Le chapitre 3 évoque l’utopie des créateurs de l’internet
Il évoque notamment longuement Barlow et sa déclaration d’indépendance du cyberespace. Une phrase résume bien son propos : « L’utopie initiale est en train de mourir, tuée par les monstres auxquels elle a donné naissance. Deux forces ignorées par les libertaires se sont déployées en l’absence d’entrave : l’empowerment collectif né des passions individuelles et le pouvoir économique né de l’accumulation » (p49)

Dans le chapitre suivant, Repentance, il met en avant les examens de conscience des anciens des GAFAM. Sean Parker ancien de Facebook « Dieu seul sait ce que nous sommes en train de faire avec les cerveaux de nos enfants ». Tristan Harris ancien de Google « Le véritable objectif des géants de la tech est de rendre les gens dépendant en profitant de leur vulnérabilité psychologique ». (p53) Tim Berneers-Lee créateur du web « Nous savons désormais que le web a échoué. Il devait servir l’humanité, c’est raté. La centralisation accrue du web a fini par produire un phénomène émergent de grande ampleur qui attaque l’humanité entière ».

Dans La Matrice, il présente les initiateurs de ce dévoiement au premier rang desquels J.B. Fogg et son Persuasive Technology Lab. C’est justement dans ce laboratoire qu’a été créé la magnifique discipline de la captologie ou l’art de capter l’attention de l’internaute ! Tout est dit ! Les outils de cette capture de votre esprit sont les interfaces hommes machines, le dark design et le brain hacking qui utilisent les recherches en neuroscience.

Jérôme Bondu


Sur le même sujet on pourra lire mes notes de lecture de :
- Lien vers la FNAC
- Les GAFAM contre l’internet, de Nikos Smyrnaios  
- Culture numérique, de Dominique Cardon