Le Point dans son édition du 13 septembre 2007 annonce que le « Maroc achète des Rafales ». Il s'agirait d'une commande de 12 Rafales et autant de Mirages 2000-9. Ce serait la première fois depuis sa création, en 1986, que cet avion développé par Dassault serait acheté par un pays étranger !
 
Mais La Tribune du 17 septembre (source Dow Jones) tempère la nouvelle en annonçant que les Etats-Unis cherchent à bloquer cette vente. Les Etats-Unis auraient fait une « nouvelle proposition ahurissante » (propos d'Hervé Morin lors de l'université d'été de la défense à Toulouse) pour équiper l'armée marocaine en proposant des F-16 d'occasion prélevés sur les forces américaines.
 
On ne peut qu'être étonné de la difficulté de ventre cet avion, « sophistiqué et formidable » (Hervé Morin) ! Ce ne serait pas la première fois qu'un fleuron technologique français, vitrine de notre savoir faire en innovation, se heurterait à une dure réalité commerciale. Entre le France et le Concorde, le Rafale va-t-il rejoindre le cimetière des prouesses technologiques mal commercialisées ?
 
Outre le Maroc, le Suisse et la Libye pourraient être intéressés. Il semble que Nicolas Sarkozy, dont les grands patrons disent qu'il « leur ressemble », se soient saisi de l'affaire. Et que la vente pourrait être conclue lors de son déplacement mi-octobre dans l'Etat chérifien.
 
Le rôle de l'Etat ne sera pas inutile dans ces tractations au plus haut niveau. Les contacts avec l'Arabie Saoudite (même s'ils ne sont pas mentionnés dans les deux articles cités plus haut) pourraient être utiles. Un article d'Elisabeth Studer du 22 octobre 2006* mentionne le pays Wahhabite comme un probable intermédiaire pour une vente au Maroc. On peut lire dans son article (qui cite notamment La Tribune) « La négociation est réalisée par l'Arabie Saoudite qui financera les avions Rafale pour le Maroc. (?) les Saoudiens auraient visiblement sous-évalué l'énorme « déception » des Français à la suite de leur décision d'opter pour l'Eurofighter. L'échec du Rafale aurait été très durement ressenti en France. En conséquence, les missions diplomatiques françaises auraient fini par « ébranler les esprits saoudiens » qui n'avaient pas pris la mesure des enjeux du Rafale pour la France ».
 
Un gigantesque effort est à fournir à tous les niveaux, notamment face au F-35 de Lockheed Martin (issu du programme Joint Strike Fighter - JSF), plus technologique car plus récent. Son prix de vente  sera par ailleurs sans doute moins élevé que celui du Rafale car il devrait être produit en plus grand nombre dés le départ. La grande réussite de l'industrie aéronautique militaire américaine est d'avoir associé financièrement, par voie d'influence, de nombreux pays au développement du JSF, lui assurant ainsi, avant même sa mise en production, un marcher considérable, et par voie de conséquence un prix de revient par appareil compétitif.
 
Tous les réseaux français (politiques, économiques, diplomatiques, relationnels, ?) doivent s'unir dans cette mêlée (coupe du monde de rugby oblige) car dans ce genre de sport, c'est la motivation, l'engagement et la cohésion qui priment, ... parfois sur la technologie. 

L'un des principaux arguments de ventes du Rafale restant, par rapport à l'Eurofighter et au F 35, son label "Combat Proven" acquis en Afghanistan fin 2006, que Dassault a par ailleurs fort bien su mettre en avant dans son marketing, très visible, lors du dernier Salon du Bourget.

 
Jérôme Bondu

 
* Source : http://www.leblogfinance.com/2006/10/dassault_vendra.html