nicholas carrJ’ai lu le très bon livre "Internet rend-il bête ?" de Nicholas Carr. Le livre porte sur la transformation de notre cerveau avec la pratique d’internet. Je partage mes notes de lecture en trois billets distincts. Voici le premier.
« Internet rend-il bête ? »  est la version française du titre original The Shallows (les basfonds).

En introduction Nicholas Carr rappelle que l’on peut diviser nos inventions technologiques en quatre catégories selon qu’elles renforcent ou complètent nos capacités innées. Elles peuvent :
- Décupler notre force physique (charrue, voiture …).
- Élargir le spectre de notre sensibilité (microscope, télescope, ampli…).
- Remodeler la nature (pilule contraceptive, engrais …).
- Étendre ou soutenir nos capacités mentales (imprimerie, machine à écrire, ordinateur …).

Ces inventions technologiques ont un impact sur ce que nous sommes. Mais jusqu’à quel point ?
- Les tenants du déterminisme technologique pensent que le progrès technologique est une force autonome qui échappe au contrôle de l’Homme.
- Les tenants de l’instrumentalisme pensent que les innovations sont des artéfacts neutres que nous maitrisons.

L’instrumentalisme est l’opinion la plus répandue. Surtout, explique malicieusement l’auteur, parce que l’Homme a du mal à accepter de ne pas être maitre de ses propres innovations (question d’égo). L’auteur est consensuel quand il affirme que de nombreuses innovations technologiques ont marqué un tournant dans l’histoire. Par exemple la poudre à canon a changé la manière de protéger les châteaux forts. Mais le problème se complique quand il s’agit d’innovations intellectuelles qui ne laissent pas de traces visibles, et dont les modifications sont de l’ordre de nos manières de penser !

Par chance, l’analyse des impacts d’internet va être facilitée par les progrès en neuroscience. C’est cette analyse que va faire Nicholas Carr, en mesurant les impacts d’internet sur notre développement cognitif. Et le tableau n’est pas réjouissant comme le titre le laisse transparaitre !

L’auteur va démontrer sa thèse en plusieurs temps :
- Les technologies que nous utilisons changent ce que nous sommes. À fortiori les technologies informationnelles (écriture, impression) et leurs évolutions successives ont changé profondément nos civilisations. D’où l’intérêt de se pencher sur la dernière révolution en date, la révolution numérique.
- Dès le départ, la révolution numérique a posé le problème de l'attention. Internet a un modèle économique qui vise à capter toujours plus notre attention. Google en tant que champion du web est aussi le champion du vol de notre attention.
- Or notre cerveau est malléable et se modifie selon la manière avec laquelle nous l’utilisons. C’est ce que l’on appelle la plasticité neuronale.
- Les recherches scientifiques prouvent qu'une utilisation forte d'internet, avec ses sur-sollicitations constantes, a des conséquences fortes sur le cerveau.
- Notre cerveau se modifie dans un sens négatif : Perte de la capacité mémorielle. Perte de concentration. Perte de l'aptitude à lire « en profondeur » (par opposition à une lecture superficielle). Perte de la capacité d'analyse. Perte même de la compassion.

Suite de la note de lecture : demain
Jérôme Bondu